RETENTISSEMENT EXAGÉRÉ DE LA VOIX
A. Retentissement exagéré de la voix (1).
Synonymie. — Bronchoplionie légère.
Caractères. — Le retentissement de la voix est plus ou moins fort, et peut s'élever jusqu'à la bronchophonie vraie. On suit quelquefois celte gradation à mesure que les altérations anatomiques parcourent leur période ascendante. — Souvent limité au sommet ou à la base de la poitrine, il peut occuper une plus grande étendue, soit d'un seul côté, soit des deux. — C'est un phénomène permanent, que l'on retrouve chaque fois que le malade parle.
Diagnostic différentiel. — Puisqu'on ne saurait décider d'une manière absolue où finit la
(I) Les altérations d'intensité que les vibrations sonores de la voix présentent dans l'état pathologique ont des degrés nombreux, depuis une légère augmentation du retentissement normal jusqu'à la résonnance éclatante qui fait véritablement mal à l'oreille. On ne saurait dénommer et décrire toutes ces nuances; mais on ne peut non plus passer sans transition du retentissement physiologique au maximum de la résonnance morbide. Nous avons cru devoir admettre un premier degré sous le nom de relenlissement exagéré, et un deuxième sous la dénomination de voix bronchique ou bronchophonie. Comme d'ailleurs ces deux modiQcations se rapprochent l'une de l'autre par leurs caractères, et ne diffèrent dans leur valeur que par le degré et l'étendue des lésions qu'elles représentent, nous dirons peu de chose sur le retentissement exagéré de la voix, et le chapitre suivant servira de complément.
résonnance normale delà voix, et où commence la résonnance morbide, à cause des nombreuses différences qui existent à l'état naturel (voy. p. 190), il faudra, comme nous l'avons dit plus haut, explorer attentivement les deux côtés de la poitrine sur des points exactement correspondants, pour lâcher de trouver un terme de comparaison dans le côté sain ; et comme il se pourrait que les deux poumons fussent affectés également, il faudra considérer avec soin les diverses conditions physiques de la cavité pectorale et de la voix, avant de prononcer qu'il y a maladie. — Le retentissement exagéré se distinguera d'ailleurs des autres modifications morbides de la résonnance vocale, en ce qu'il est plutôt, comme la bronchophonie vraie, une altération d'intensité, tandis que l'égophonie et la pecloriloquie sont surtout des altérations de timbre et de caractère.
Cause physique (voy. Voix bronchique, p. 202).
Signification pathologique. — Elle est la même pour le retentissement exagéré, et pour la bronchophonie (1) : les lésions sont semblables, seulement, dans le premier cas, elles sont en général moins marquées et moins étendues que dans le second.
(I) Voyez plus loin, p. 203.
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B. Voix bronchique ou bronchophonie.
Synomjmie. — Voix tu b aire ; voix bourdonnante.
Caractères. — La bi'onchophonie est une résonnance très forte de la voix clans l'intérieur de la poitrine. Elle n'est qu'un degré de plus du retentissement simple, et elle offre ellemême plusieurs variétés d'intensité. — Elle n'a pas toujours le même caractère : tantôt la vibration vocale est nette et franche, il y a bronchophonie pure ; tantôt son timbre est plus aigre, et elle a quelque chose de tremblotant : c'est la bronchophonie chev7'otante. — Elle peut occuper tous les points du thorax, mais la partie postérieure plus souvent que l'antérieure; lorsqu'elle a son siège en avant, c'est d'ordinaire sous les clavicules. — Son étendue est variable. Quelquefois le retentissement a des limites bien tranchées, au delà desquelles on retrouve la résonnance normale de la voix; ailleurs il s'affaiblit et se perd insensiblement. — 11 est d'ordinaire permanent dans les régions oii on l'a constaté. — Le plus souvent il commence par une légère exagération de la résonnance naturelle, et gagne peu à peu en intensité; puis, arrivée à un certain degré, la voix bronchique peut rester stalionnaire ou faire
place plus tard à la voix caverneuse; ou bien elle diminue au bout de quelques jours, et perd graduellement de sa force. — La bronchophonie coïncide la plupart du temps avec la respiration bronchique.
Diagnostic différentiel. — La bronchopkonie ne diffère du retentissement exagéré de la voix que par son intensité plus grande ; elle se distingue de la pecioriloquie par son caractère diffus, sans mélange de soufffe ou de râle caverneux, par une articulation beaucoup moins nette des mots ; de Y égophonie, par sa résonnance plus forte, son timbre moins aigre, son caractère moins chevrotant, par son siège plus varié, assez fréquent au sommet de la poitrine, et par sa fixité dans le point oi\ on la constate.
Cause physique . — Los coiidilions nialérielles qui coïncidenL le plus habituellement avec la hroncbophonie sont, d'une pari, un diamètre plus large des bronches où elle se forme, et d'autre pari, une densité plus grande du tissu pulmonaire environnant. On conçoit, en elTel, la production du phénomène, si la voix, au lieu de vibrer dans des tubes à parois molles et flexibles, de s'all'aiblir en se propageant dans des ramifications de plus en plus lénues, et de s'amoindrir en traversant un lissu souple eL spongieux, retentit dans des conduits plus larges, ou se concentre dans les bronches par suite
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de roblitératiou des vésicules, el si les vibrations, renforcées dans des tuyaux à parois fermes, élastiques, se propagent à travers un tissu devenu meilleur conducteur du son. Plus ces conditions morbides seront nombreuses, plus les lésions physiques seront prononcées et plus le phénomène sera marqué : il aura son maximum d'intensité dans les cas d'agrandissement du diamètre des tuyaux coïncidant avec une augmentation de densité du tissu environnant, comme dans certaines dilatations des bronches avec induration du parenchyme pulmonaire : dans ces cas, le retentissement est quelquefois si fort qu'il affecte péniblement l'oreille.
Signification pathologique. — Lel voix bronchique a presque la même signification morbide que la respiration bronchique, de sorte que l'on peut rapprocher ce chapitre de celui où nous avons étudié cette modiQcalion du bruit respiratoire (voy. p. 100). Induration du poumon soit par inflammation du parenchyme (ce qui est le cas le plus fréquent), soit par tubercules ,crus, par apoplexie ou par cancer; dilatation des bronches avec augmentation de densité du tissu pulmonaire environnant : telles sont les lésions anatomiques dont la bronchophonie est ^ l'expression. — On perçoit encore la voix bronchique dans quelques cas de pleurésie avec épanchement liquide.
Diagnostic raisonne. — Si la bronchophonie
existe sans matité notable à la percussion, si elle dure des semaines, des mois, des années, sans fièvre, sans influence trop fâcheuse sur la santé générale, elle est un indice de dilatation des bronches. — Si elle est accompagnée de matité, elle annonce une induration pidmonaire ; si, occupant n'importe quel point du poumon, le phénomène est très limité et peu intense, s'il persiste longtemps sans changement marqué, l'induration se lie plutôt à l'existence de ■produits accidentels très rares, cancer, sarcome, etc. — S'il débute brusquement chez un individu atteint d'afTection du cœur, avec crachats de sang pur, oppression extrême, etc., il constituera un des signes de Y apoplexie pulmonaire. — S'il est constaté au sommet du poumon, chez un malade qui a eu des hémopt}'sies, qui tousse habituellement, qui maigrit, etc., s'il a une marche progressive, commençant par un léger retentissement simple, pour se transformer insensiblement en une plus forte résonnance, il indique une agglomération considérable de tubercules crus. — Si la bronchophonie, survenue dans le cours d'une affection aiguë, a une grande intensité, si elle occupe la partie postérieure et surtout inférieure de la poitrine, si elle coïncide avec du souffle lubaire, on diagnostiquera une hépatisation du poumon; plus tard, si elle diminue à mesure
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que le souffle fait place au râle crépitant de retour, elle annonce que la phlegmasie est en voie de résolution. Si, au contraire, la résonnance persiste avec la respiration bronchique et la matité du thorax, elle marque le passage de la pneumonie à l'état chronique.
La bi'onchophonie peut exister dans la -pleurésie avec épanchement ; mais dans cette afFection elle est perçue plus rarement que dans la pneumonie, et quand elle existe, elle a une durée moindre et ne persiste point aussi longtemps que la maladie ; en outre, elle a des caractères qui lui sont propres et qui la font distinguer de la bronchophonie de l'hépatisation pulmonaire. En effet, les conditions anatomiques du phénomène diffèrent notablement dans la pneumonie et dans la pleurésie : dans la phlegmasie parenchymateuse, le poumon est dense et plutôt augmenté que diminué de volume : les bronches sont environnées et soutenues par un tissu solide qui renforce les vibrations sonores et en favorise la transmission ; leur calibre n'est pas changé, et elles ne sont point éloignées des parois thoraciques. Dans l'épanchement pleurétique, au contraire, le tissu est seulement comprimé et non pas induré; son volume est diminué; les bronches sont aplaties, leur cavité est plus ou moins c ffacée, et elles sont éloignées de l'oreille quand Uahtk et RoGEu. 12c cdit. 12
la collection du liquide est considérable. Ces dissemblances matérielles font déjà pressentir que les phénomènes vocaux ne sauraient être identiques dans ces deux maladies, et qu'ils doivent présenter des différences analogues à celles que nous avons signalées entre la respiration bronchique de la pleurésie et le souffle tubaire de l'hépatisalion.
L'expérience conûrme encore cette donnée, et l'observation prouve que le retentissement vocal de l'épanchement pleurétique diffère de la bronchophonie vraie par son siège et ses caractères. Ainsi la résonnance est plus circonscrite, limitée ordinairement à la région interscapulaire qui correspond aux grosses bronches, et elle semble se produire dans le lointain, pour peu que l'oreille s'écarte de cette région. D'ailleurs, un autre retentissement plus remarquable par son timbre que par sa force, Yégophonie, est le signe caractéristique de la pleurésie; ajoutons que souvent même l'auscultation de la voix, dans cette dernière affection, ne révèle qu'une diminution de la résonnance vocale. — Il résulte de là que si, dans un cas où l'on aurait par d'autres signes constaté un épanchement pleural, on entend la voix bronchique, avec un caractère de force et de proximité, dans un point éloigné de la bifurcation des bronches, il y a lieu de
penser qu'il existe simultanément une indurelion pulmonaire; et si ce phénomène se montre dans une affection aiguë, on pourra diagnostiquer une pleuro-pneumonie ; s'il est perça dans le cours d'une pleurésie chronique, on soupçonnera que le poumon est induré par des tubercules.
Conclusion : valeur sémiotigue. — En raison de la rareté de la dilatation des bronches, c'est presque toujours une induration pulmonaire qu annonce la bronchophonie ; or, de toutes les altérations où la densité du poumon est augmentée, la pneumonie les tubercules sojit incomparablement les plus communes. Les conditions de la voix bronchique étant mieux remplies dans la pneumonie que dans les tubercules, elle est plus prononcée dans cette première maladie que dans la seconde; on 1 observe aussi dans certains cas de pleurésie, et si alors elle est forte et étendue, elle doit faire penser que l'épanchement pleurétique est compliqué d'induration pneumonique ou tuberculeuse.