‹ Traité pratique d'auscultation, suivi d'un précis de percussion [electronic resource]Chapitre 44 sur 81 · AUSCULTATION APPLIQUÉE AUX MEMBRES ET A DIVERSES PARTIES DU CORPS · texte numérisé non relu

AUSCULTATION APPLIQUÉE AUX MEMBRES ET A DIVERSES PARTIES DU CORPS

Maladies du système vasculaire.

Dans les anévnjsmes des membres , comme dans ceux de l'aorte ou des autres artères situées dans les grandes cavités, l'auscultation fournit des signes précieux pour le diagnostic. Le stéthoscope révèle tantôt un battement simple, beaucoup plus intense que la pulsation normale, tantôt un bruit de souffle ou de râpe; tantôt enfin on perçoit une espèce de frémissement^ de bruissement particulier. Ces dilTérences dans les phénomènes acoustiques dépendent de la disposition du vaisseau, de celle du sac anévrysmal et de l'ouverture de communicalion.

On conçoit combien la perception de l'un ou de l'autre de ces signes sera avantageuse dans quelques cas de diagnostic douteux, oîi man- ([uent les phénomènes fournis par la vue et le toucher, soit parce que l'anévrysme est situé

profondément, que ses parois sont épaisses ou que sa cavité est presque remplie de couches fibrineuses, soit parce que le membre est infiltré, tuméfié;, ou qu'une certaine quantité de sang s'est épanchée dans le tissu cellulaire environnant, après la rupture de l'artère.

Dans quelques circonstances, l'auscultaliuu ne sera pas moins utile par ses résultats négatifs, puisqu'elle servira, par l'absence même de tout phénomème sléthoscopique, à distinguer d'un anévrysme quelque autre tumeur qui, située au voisinage d'une artère, pourrait offrir des pulsations et des soulèvements (1).

Dans la varice anévrysmale, comme dans certains anévr^'smes, en même temps qu'on sent un frémissement à la main, l'oreille perçoit un bruissement produit par le passage du sang artériel à travers l'ouverture de la veine, et qui se propage plus ou moins loin du point de communication des deux ordres de vaisseaux.

(1) D'après Wah\ {St-Petursbt/rger mccl. Wochenschr., n" 1, 1884), lorsque sur le trajet d'un tube artériel il existe une solution de continuité qui n'est pas complètement obturée par un 'caillot sanguin, le stéthoscope ferait entendre au niveau de la blessure un bruit de souffle très net, à timbre parfois métallique, isochrone à la pulsation artérielle et se propageant plt:s ou moins en amont et en aval sur le trajet du vaisseau lésé. Ce symptôme permettrait au chirurgien de prévoir dans les cas de plaies artérielles, les hémorrhagies secondaires, et de les conjurer par une ligature.

ANÉVRYSMES, TUMEURS ÉRECTILES. 609

L'un de nous a vu, en 1847, un malade qui portail sur le bras droit une varice anévrysmale, développée à la suite d'une saignée, lin plaçant la main sur la tumeur du pli du bras, on sentait un frémissement très marqué coïncidant avec chaque pulsation de l'artère ; à l'auscultation, on entendait sur la tumeur un souffle frémissant, vibrant, très manifeste, synchrone à la diastole artérielle, qui ressemblait à un bruit de forge lointain et qu'on percevait s'affaiblissant, en haut jusqu'à l'aisselle, et en bas jusque sur le tiers inférieur de l'avant-bras.

Parfois aussi il arrive qu'on entende un bruit de souffle dans les tumeurs érectiles. Nous avons observé chez un malade de l'Hôtel-Dieu deux tumeurs placées, l'une au-devant du sternum, et l'autre à l'extrémité supérieure du bras gauche, celle-ci formée aux dépens de la partie externe de l'humérus. Toutes deux offraient des soulèvements visibles, synchrones au pouls, et un mouvement d'expansion accompagné d'un frémissement sensible à la main : par l'auscultation on y constatait, à chaque soulèvement, un souffle très intense. A l'autopsie, on trouva que ces tumeurs étaient formées par un tissu encéphaloïde très vasculaire, et qu'elles contenaient de petits épanchemenls sanguins.

A c6té de ces tumeurs érectiles, se placent

naturellement ces hypertrophies vasculaires du corps thyroïde qui concourent, avec la saiUie des yeux et certains troubles cardiaques, à constituer cette maladie singulière décrite sous le nom de goUre exophtalmique (maladie de Basedow). Sur ces tumeurs, en efTet, l'on perçoit, avec le stéthoscope, un bruil de souffle systolique d'une intensité souvent très remarquable, et, au cœur, un souffle concomitant (1).

Maladies des parties molles, des articulations et des os.

Dans son mémoire, Lisfranc avait montré l'utilité de l'emploi du stéthoscope pour reconnaître au fond d'une plaie (de même que dans une cavité naturelle, comme l'œsophage , le rectum) des corps étrangers, dont la présence serait révélée par le son particulier que produirait le stylet en les frappant. Laennec confirma la justesse de cet aperçu : « Je ne doute

(I) Le IG février 1872, chez uue jeune fille d'une vingtaiue d'années, atteinte de goîlrc exophlalmique, le stéthoscope étant appliqué sur In moitié droite du corps thyroïde, on entend un souffle très bruyant, très intense; ou le perçoit même eu éloignant quelque peu l'oreille de la plaque de l'instrument ; seulement il va faiblissant à mesure que l'éloigneuicnt de roreillc augmente; maison le distingue encore à 15 centimètres de dislance. Le doigt appliqué sur la carotide sent un frémissement des plus manifestes.

MALADIES DES ARTICULATIONS ET DES OS. Gli

pas, dit-il, que les bruits différents donnés par le choc de la sonde contre une balle, une pointe d'épée, un éclat d'obus, placés profondément auprès d'un os, ou implantés dans sa substance, ne fassent reconnaître ces corps étrangers beaucoup plus facilement que la sensation transmise à la main par la sonde. »

Laennec, de son côté, avait pensé qu'on pourrait, avec le cylindre mieux qu'avec la sonde, avoir une idée de la situation et de l'étendue des trajets fisluleux et des clapiers, en y développant, à l'aide d'injection de liquide et d'air, un gargouillement analogue au râle des cavernes pulmonaires.

L'auscultation ne devait pas rester étrangère au diagnostic des maladies des articulations . Cette application nouvelle, que Lisfranc avait indiquée à propos des hydarlhroses et des corps étrangers, a été faite aussi à quelques cas d'inflammation articulaire. Andral [Œuv. de Laennec. t. I, p. 148) dit avoir constaté, eu imprimant des mouvements à la rotule, un bruit de frottement analogue à celui de la plèvre, dans l'articulation fémoro-tibiale d'un homme chez lequel cette partie offrait tous les autres signes d'une inllammation commençante. Marjolin a observé un fait absolument semblable.

On conçoit également qu'on appréciera mieux

avec le stéthoscope des craquements produits par les extrémités articulaires usées, érodées, etc. On admettra aussi sans peine, avec Lisfranc et Laennec, que certaines maladies des os, la nécrose, la carie, se révèlent par quelques sons particuliers perçus avec le cylindre au moment où la sonde heurte, soit un séquestre, soit une portion d'os cariée, dans des cas où la sensation tactile laisserait du doute.

Mais l'une des applications les plus importantes de l'auscultation aux maladies du système osseux consiste dans l'emploi du stéthoscope pour le diagnostic des fractures ; c'est encore à Lisfranc que l'on doit des recherches dont Laennec vérifia l'exactitude, qu'il reproduisit dans son ouvrage, et dont voici le résumé.

L'instrument, placé sur le lieu d'une fracture, fait percevoir, sous l'influence du plus léger mouvement que l'on communique au membre, une crépitation plus manifeste que ne l'est à l'oreille nue celle que l'on obtient par les mouvements les plus étendus.

Le stéthoscope devra, en général, être appliqué sur le lieu même de la fracture ; mais quand les parties molles seront très épaisses, et gonflées en outre par l'inflammation, on placera l'instrument sur le point de l'os fracturé le plus voisin de la peau, ou même sur l'un

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