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CHAP. III. — AUSCULTATION OBSTÉTRICALE

Dans la grossesse, passé la première moitié delà gestation, on entend plusieurs bruits dont l'un se lie à la circulation de la mère {souffle utérin), et dont les autres dépendent du fœtus : ceux-ci sont produits ou par les battements du cœur de l'embryon (bruits du civur fœtal), ou par ses mouvements dans la matrice [bruits de déplacen\ent du fœtus). — Parfois encore on perçoit un souflle synchrone au pouls fœtal, et qui paraît se passer dans le cordon lorsque cette tige vasculaire est entortillée autour du cou du fœtus, ou seulement comprimée entre le dos de l'enfant et les pai'ois utérines [souffle ombilical); ce dernier bruit est beaucoup plus rare et beaucoup moins important que les précédents.

A. — Le souffle utérin est un sourile doux, synchrone au pouls de la mère, plus ou moins prolongé, d'un timbre tantôt sonore, tantôt plus aigu, et quelquefois même un peu musical. — Kntendu le plus ordinairement vers les régions inguinales, il est cependant mobile, et peut disparaître momentanément et se reproduire ensuite sans aucune règle lixe. — Il se montre d'ordinaire vers le quatrième

AUSCULTATION OBSTÉTRICALE.

mois, et, au delà du cinquième, il manque rarement.

Comme le souffle utérin est un phénomène à peu près constant dans la grossesse et fort rare dans d'autres conditions, il est un signe très probable mais non pas certain de la gestation ; et comme aussi il manque dans quelques cas, son absence ne suffit point pour exclure l'idée d'une grossesse.

B. — Bruits de déplacement du fœtus. — Tantôt c'est un choc unique ou redoublé, tantôt un bruit de frottement lent et prolongé, donnant la sensation évidente d'un corps qui se déplace. — Ces phénomènes commencent d'ordinaire à être perceptibles vers le quatrième mois, et quand ils sont bien manifestes, ils annoncent certainement l'existence d'un fœtus vivant.

C. — Bruits du cœur fœtal. — Ce sont des battements doubles, semblables à ceux que l'on perçoit en auscultant le cœur d'un nouveau-né. — C'est habituellement vers le cinquième mois que l'on commence à les entendre; d'abord faibles, ils augmentent de force graduellement et se répètent d'ordinaire de 130 à 140 fois par minute. Leur fréquence et leur intensité éprouvent d'ailleurs des variations momentanées indépendantes de la circulation maternelle.

Leur siège correspond, chez les différentes femmes, à des points très variés de l'abdomen; de plus, il change souvent chez la même femme. Mais, en général, vers la fin de la grossesse, le double bruit devient plus fixe, et on le trouve le plus communément vers la fosse iliaque gauche. — Outre ses variations momentanées d'iuten-sité et de caractère, il peut, dans les cas de maladie du fœtus, se convertir en souffle, et il cesse définitivement à la mort de l'enfant.

Comme ce signe ne manque presque jamais après le cinquième mois, il a une grande valeur. Toutefois l'absence des pulsations doubles ne prouve point qu'il n'y ait pas grossesse : elle a peu d'importance dans les quatre premiers mois; mais, à partir du cinquième, elle fortifie chaque jour davantage la présomption de la non-existence du fœtus, sans toutefois rétablir positivement jusqu'au terme. Leur présence, au contraire, est le signe le plus certain de la grossesse.

Leur perception très manifeste en deux points éloignés l'un de l'autre, rendrait probable l'existence d'une grossesse double, et il y aurait certitude si le nombre des battements était toujours différent à droite et à gauche.

La netteté, la force et la régularité des bruits annoncent que le fœtus est bien portant; leur altération, leur affaiblissement et leur intermittence révé- Jeraient qu'il est dans un état de souffrance ou de maladie; enfin l'accroissement de ces troubles et la cessation complète des doubles bruits seraient l'indice que l'enfant a cessé de vivre.

Dans l'état normal, on n'entend guère, en auscultant sur le ventre, que les bruits des gaz qui se déplacent dans le tube digestif, et les battements aortiques déjà signalés : la plupart des actes qui s'accomplissent dans l'abdomen ne se traduisent par aucun bruit appréciable. — Dans l'élat pathologique les mouvements des parties revêtues par le péritoine, qui normalement s'opèrent en silence, peuvent donner lieu, quand le péritoine est tapissé

de pseudo-membranes, à un bvuit de frottement qui est d'ailleurs beaucoup plus rare et plus faible que le frottement pleurétique, et qui ne se produit guère qu'au niveau des organes un peu résistants, le foie par exemple.

Des secousses communiquées au tronc font naîlre quelquefois dans l'estomac un bruit de pictuation très disiinct, dans les cas de dilatation gastrique avec ou sans rétrécissement du pylore. — Dans le rétrécissement de l'intestin, on entend souvent aussi un bruit de flot dû au déplacement des liquides et (les gaz par les fortes contractions de l'intestin bypertrophié. — Un gargouillement perçu dans une liernie annoncerait l'existence d'une enlérocèle. — Un frémissement développé par la percussion dans une tumeur de l'hypocbondre droit signalerait la présence d'un kyste bydatique. — Un bruit de crépitation produit par une pression sur la région de la vésicule pourrait faire soupçonner une accumulation de calculs biliaires. — La pression sur les lombes déterminerait peut-être un bruit de frottement analogue dans des cas de concrétions rénales multiples. — Dans certaines tumeurs volumineuses du rein, la production d'un tintement métallique annoncerait que les calices et le bassinet, considérablement distendus, contiennent à la fois des liquides et des gaz. — La présence d'un ou de plusieurs calculs dans la vessie se reconnaîtrait également à an cliquetis particulier du au choc du cathéter, et transmis à l'oreille par le siélhoscope appli(|ué sur le pubis ou par la sonde elle-même garnie d'un tube acoustique. — Enfin, si l'on venait à distinguer des doubles jmlsations dans une tumeur volumineuse du bas-ventre, on devrait conclure qu'il s'agit d'une grossesse extra-utérine.

Eli aiisciillant sur la lêle, chez des sujets bien portants, on perçoit le bruit respiratoire et larésonnance vocale laryngée qui consonnent dans les fosses nasales; on entend aussi les bruits de la déglutition, de la succion, et le tic-lac du cœur propagé.

L'auscultation du crâne, chez les jeunes enfants dont les fontanelles ne sont point fermées, révèle parfois, à l'état pathologique, un bruit de souffle syslolique, doux, presque toujours intermittent, très rarement continu, avec ou sans renforcements.

Le souffle céphaliqite ne se montre guère que dans une seule maladie cérébrale, 17iydrofép/(a//e chroni- ([iie (et encore dans un petit nombre de cas).

Mais il se rencontre fréquemment, comme les bruits des vaisseaux du cou, dans les altérations du sang ; de sorte que si sa valeur sémiotique est nulle dans les maladies de l'encéphale, il doit du moins être considéré comme un signe tïanémie, soit simple, soit liée à quelque autre aiîection, le rachitisme principalement.

Lorsqu'on ausculte la cavité de l'oreille moyenne à l'aide d'un petit stéthoscope de forme particulière introduit dans le conduit auditif, et qu'en même temps on insuffle de l'air par la trompe d'Kustache, on entend dans l'état normal un bruit de souffle doux; celui-ci se transforme en sifflement, si la trompe est rétrécie, et en râle bulleux si elle contient des liquides que l'air traverse en y pénétrant.

Quand il y a perforation de la membrane du tt/mpan, l'insufflation d'air par la trompe d'Eustacho

détermine des phénomènes perceptibles à distonce ; c'est un bruit de sifflet d'autant plus aigu que la perte de substance est plus petite et accompagné de gargoinUement s'il y a du catarrhe de l'oreille moyenne.

Outre les bruits fournis par les altérations des artères, dont nous avons parlé plus haul, on entend sur certaines limeurs érediles un bruit de souffle manifeste. Il en est de même sur le goitre exopJitalmiqiie.

Les bruits que détermine le choc d'une sonde contre un corps étranger au fond d'une plaie pourraient révéler la nature de ce corps. — Chez certains malades atteints d'arthrite, le glissement des surfaces articulaires opposées fait entendre un hruit de frottement analogue à celui de la plèvre. — Dans des cas douteux, l'application du stéthoscope sur le lieu d'une fracture permettrait de percevoir, au moindre mouvement, une crépitation qui aurait échappé à l'oreille, même avec des mouvements beaucoup plus considérables.

Dynamoscopie. — Lorsque, à l'aide du dynamoscope, on ausculte les diverses parlies du corps, on entend un bourdonnement sourd entremêlé de pétillements : ce bruit, perceptible sur toutes les régions, est toujours plus manifeste à l'extrémité des doigts que partout ailleurs.

Dans l'état pathologique, le bourdonnement devient plus fort et plus rude au début des affections fébriles; il est plus faible et môme nul dans les membres paralysés; il diminue dans le cours des

maladies graves et cesse presque toujours d'être perçu aux doigts, cinq ou six heures avant l'agonie. — li ne disparaît tout à fait, à la région précordiale, que douze ou quinze heures après le décès, et sa cessation complète et définitive est un signe de plus qui permet d'affirmer la mort réelle.

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