X INTRODUCTION
meurs faites de mélancholie : la première est le scirrhe vray et légitime , qui est une tumeur dure , sans douleur , avec petit sentiment , fait de mélancholie naturelle ; la seconde est le scirrhe non vray , qui est dur, sans douleur et sentiment , lequel est fait par trop grande résolution ou réfrigération ou quasi lapidifiée ; la tierce est le scirrhe chancreux, fait par adustion et corruption ; la quatrième est faite de mélancholie naturelle meslée avec les autres humeurs , comme de mélancholie et de sang , et d'icelle est fait le scirrhe phlegmonodes : et ainsi des autres tumeurs meslées avec icelle. »
D'une classification aussi défectueuse il ne pouvait résulter pour le traitement que des indications bien vagues. Entre autres exemples, At Paré cite la guérison de tumeurs scirrheuses par la « fiante de chéure », d'après Christofle Landré, qui s'appuie sur l'autorité et les conseils de Galien. Personne n'a, à coup sûr, poussé plus loin la comparaison du cancer avec le crustacé connu sous le nom de cancre de mer.
Rendons cependant cette justice au grand chirurgien du xvie siècle, qu'il connaissait mieux que ses prédécesseurs le cancer des organes internes. Il savait déjà aussi que les femmes étaient plus sujettes à cette maladie que les hommes ; il donne une description succincte , mais tout à fait caractéristique , du cancer de la matrice ; il décrit d'une manière nette et précise l'opération encore aujourd'hui en usage du cancer de la lèvre. Il discute le traitement des ulcères chancreux par l'arsenic , mais il le rejette à cause de l'abus qu'on en avait fait de son temps (1). En un mot, le grand praticien y apparaît partout, même à travers les doctrines les plus défectueuses.
Les auteurs du xvn6 et du commencement du xviir6 siècle ajoutent peu de chose à nos connaissances sur le cancer. Les guérisons surprenantes citées par Tulpius, Fabrice de Hilden et d'autres, reposent sur des erreurs de diagnostic; personne n'ajouterait foi aujourd'hui à la guérison d'une tumeur cérébrale au moyen de substances aromatiques, obtenue en quelques semaines parle chirurgien dePayerne. Aussi les doctes compilateurs du xvm* siècle , dont Manget est le représentant le plus laborieux, ne nous apprennent-ils à peu près rien sur la maladie qui fait le sujet de ce livre.
Le plus grand progrès de l'art à cette époque, est sans contredit l'acquisition que fit le frère Côme de sa fameuse pâte arsenicale qu'il acheta d'un charlatan, et dont il fit généreusement hommage à
(I) OEiwres d'Anibroise Paré. Paris, 1 8 40, t. I, p. 361,