DU CANCER DU TESTICULE
On désigne ordinairement le cancer du testicule sous le nom de sarcocèh, terme essentiellement vicieux, et qui, littéralement, exprime l'idée absurde d'une hernie charnue. Dans son acceptation pathologique, ce terme comprend également des affections bien diverses : le véritable cancer, le fongus bénin , les affections tuberculeuses , les tumeurs fibreuses, les affections syphilitiques du testicule, sans compter les erreurs de diagnostic qui peuvent faire confondre ces diverses affections avec l'hydrocèle et l'hématocèle. Nous préférons donc de beaucoup le terme de cancer du testicule , et si nous employons quelquefois celui de sarcocèle , ce ne sera absolument que pour ne pas répéter trop souvent le même mot.
§ Ier. Anatomie pathologique du cancer du testicule.
La classification anatomique des formes diverses de cette affection , telle que nous la trouvons dans plusieurs auteurs , n'est guère
soutenable aujourd'hui. C'est ainsi que dans la distinction , par exemple , entre le cancer occulte et le cancer ulcéré, il ne s'agit que des degrés différents de la même maladie; de plus , la terminaison par ulcération, dans le cancer de la glande séminale, est rare et exceptionnelle ; la différence entre le squirrhe et l'encéphaloïde du testicule est également plutôt théorique que pratique , car le squirrhe est si rare dans le testicule , qu'il n'y a peut-être pas d'organe dans l'économie où le cancer revête plus constamment la forme médullaire que dans la glande séminale. On a parlé aussi de tumeurs mixtes du testicule , en partie cancéreuses et en partie tuberculeuses ; mais nous démontrerons bientôt que la matière décrite comme tuberculeuse, dans l'encéphaloïde du testicule, n'est autre chose qu'un tissu phymatoïde , c'est-à-dire du tissu cancéreux qui a subi la transformation granuleuse et graisseuse.
Le cancer du testicule est ordinairement constitué par une tumeur ovoïde allongée, à surface régulière, de consistance élastique , qui ne prend une forme arrondie que lorsqu'elle acquiert des dimensions très considérables. La surface de l'enveloppe propre du testicule est, dans ces cas , très injectée , et lorsque les deux feuillets de la tunique vaginale ne sont pas soudés ensemble , il y a amas de liquide, une véritable hydrocèle. Les adhérences entre ces deux feuillets peuvent être complètes ou seulement partielles , et c'est dans ce dernier cas que l'on observe des accumulations partielles de liquide qui ressemblent quelquefois à des kystes. C'est à la résistance qu'offre la tunique albuginée qu'il faut attribuer la rareté de l'ulcération dans ce cancer. Ces tumeurs offrent généralement une pesanteur notable. Nous avons vu la longeur varier entre 9 et 17 centimètres, la largeur entre 5 et 8, l'épaisseur entre 4 et 8. La plus grande tumeur de ce genre que nous ayons observée avait les dimensions d'une tête de fœtus à terme.
Sur une coupe fraîche , ces tumeurs , lorsqu'elles sont encore de date récente , offrent un aspect lobulé , les lobes se subdivisant en lobules et en grains. Plus tard , cette texture devient plus homogène et des intersections fibreuses indiquent seules encore les vestiges des lobes , si toutefois la consistance n'est pas celle d'une pulpe molle et cérébriforme. La teinte du tissu encéphaloïde proprement dit est d'un jaune rosé ou d'un jaune pâle légèrement grisâtre , luisant ; il est infiltré d'un suc cancéreux très abondant. Cette teinte est d'un jaune pâle et tout à fait terne dans le tissù d'apparence tuberculeuse qui forme le plus souvent des îlots
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multiplet, au milieu du tissu médullaire; la teiiiie &autkique 5 d'un jaune ocracé, est très fréquente également et traverse la tumeur par traînées irrégulières. Les épanchements sanguins avec toutes leurs transformations s'observent à peu près dans toutes celles de ces tumeurs qui ont acquis des dimensions notables. Lorsque l'épanchement est plutôt infiltré , le tissu en devient d'un rouge livide ; si au contraire, les épanchements existent par masses plus considérables, on les observe sous forme d'un caillot, lorsqu'ils sont récents ; sous celle d'une masse grumeleuse en partie décolorée ou sous cette autre forme d'un liquide brun et poisseux comme entouré d'un kyste, lorsque l'épanchement est plus ancien. Un dernier résidu enfin de ces apoplexies cancéreuses est tantôt un amas diffus de fibrine décolorée et granuleuse , tantôt un kyste rempli de sérosité. Nous n'y avons guère observé de cicatrices d'anciens épanchements. On trouve parfois le tissu cancéreux d'un aspect demi-transparent et comme gélatineux , contenu dans une trame fibreuse , on a alors affaire au colloïde du testicule. La vascularité est inégale et généralement peu notable , elle n'affecte qu'exceptionnellement la richesse du cancer hématode. Nous avons vu deux fois un travail phlegmasique au milieu de ce tissu hétéromorphe , provoquer la formation d'un abcès entouré d'infiltration purulente, mais ici encore nous devons faire remarquer que la marche ordinaire de ce cancer ne tend ni vers l'inflammation , ni vers le ramollissement. Bien au contraire, cet encéphaloïde, primitivement mou et pulpeux, se durcit plutôt avec le temps dans les points où il subit l'infiltration granuleuse et graisseuse qui constitue sa transformation phymatoïde ; c'est ce que les auteurs allemands regardent comme un cancer rétrograde. Parmi les substances que l'on rencontre quelquefois dans ces tumeurs, il faut signaler le tissu fibro-plastique qui se trouve surtout au pourtour des intersections fibreuses et à la périphérie du côté de l'albuginée. Nous avons observé une fois, dans une loge d'un de ces cancers , une matière d'un jaune pâle et comme cireuse, qui était constituée par un amas de cristaux de cholestérine entremêlés de cellules ressemblant au tissu cellulaire végétal , éléments que nous avons trouvés dans certaines formes d'athéromes. Une fois, nous avons trouvé aussi dans plusieurs points d'un cancer du testicule , des îlots cartilagineux du volume d'un pois et au delà , offrant à la coupe leur aspect caractéristique d'un blanc mat et comme lacté, et montrant au microscope les éléments propres au cartilage , et morne des réseaux osseux distincts. Nous avons rencontré une se-
conde fois ces mêmes plaques cartilagineuses dans un testicule tuberculeux et nous avons trouvé des exemples analogues dans la description de pièces présentées à la Société anatomique. A . Cooper et J. Millier signalent même des tumeurs cartilagineuses plus étendues dans la glande séminale, et, à coup sûr, cette disposition du testicule à renfermer de la matière cartilagineuse, dans ses diverses altérations morbides, doit faire réfléchir les physiologistes sur les éléments qui, à l'état normal, entrent dans la nutrition du testicule.
Le sort que subit le testicule et ses diverses parties constituantes dans le cancer, est important à connaître pour déterminer à la fois le point de départ et le mode d'envahissement de cet organe. Nous avons toujours vu le mal prendre son origine dans une portion du testicule lui-même, et la seule fois que nous l'avons vu prendre pour point de départ l'épididyme, le tissu n'était pas cancéreux, mais fibro-plastique. Pour l'ordinaire, une portion de la glande s'infiltre de suc cancéreux qui bientôt occupe un ou plusieurs de ses lobules. Par les progrès du mal , la glande peut être envahie en totalité ou seulement d'une manière partielle , et , en faisant une dissection attentive de ces tumeurs , il n'est pas rare de rencontrer sur un point de leur circonférence des restes non douteux du testicule. Quant au mode d'envahissement des canaux séminifères , nous les avons d'abord vus s'entourer de suc cancéreux , perdre plus tard la netteté de leurs contours, renfermer ensuite des cellules cancéreuses mêlées à leur épithélium normal, et finir par disparaître complètement.
Voici ce que l'observation nous a appris sur les éléments microscopiques de ces tumeurs : Dans tous les cas que nous avons observés, et sur 18 de nos observations l'examen microscopique a été fait 12 fois avec soin et détail, les cellules cancéreuses étaient des mieux caractérisées , et proportionnellement , nous y avons trouvé même plus souvent les types de cellules complètes que dans le cancer des autres régions. Ce n'est que deux fois en tout que nous avons vu les parois cellulaires n'exister qu'en petit nombre ; une fois , nous avons pu observer toute la filiation du développement entre les cellules jeunes et naissantes et celles qui étaient complètement développées. Dans une de nos tumeurs, nous avons rencontré des cellules à membranes cellulaires doubles. Les membranes d'enveloppe étaient généralement pâles et rondes, et variaient en moyenne entre 0mm,02 et 0mm,025 de largeur, nous les avons vues atteindre jusqu'à 0mn\033 ; d'un autre côté, nous les avons vues une fois de 0mm,015 seulement ,
CANCER DU TÊStlCÙflÉ. 403 et une fois, de 0mm,0175. Nous avons, de plus, rencontré quelquefois un certain nombre de noyaux renfermes dans une expansion membraneuse. Les noyaux avaient généralement des contours très marqués, sphériquesou ovoïdes, variant en moyenne entre 0mm,012et 0mm,02; nous avons observé quelquefois de très jeunes noyaux qui avaient deOum\006 à 0,nm,008. Les nucléoles au nombre de 1 à 3, ternes, très marqués , avaient de 0mm,0025 à 0n,n,,()033, et dans quatre de nos observations, nous les avons vus atteindre 0n,m,005, c'est alors surtout, que nous avons constaté la présence de nucléoles secondaires dans leur intérieur. Ces cellules offrent l'infiltration granuleuse et graisseuse dans bien des endroits, et d'une manière plus marquée dans le tissu phymatoïde. Cette infiltration occupe le plus souvent la cellule tout entière ; et quelquefois de préférence le noyau, Nous avons encore constaté ici la petitesse et le développement arriéré des cellules , dans un cas d'infection prompte et très générale de toute l'économie.
La charpente fibreuse de ces tumeurs se compose essentiellement de fibrilles pâles , souvent ondulées et fasciculaires. On y voit en outre du tissu fibro-pl astique , quelquefois assez abondant , avec ses noyaux et ses corps fusiformes caractéristiques. Nous avons déjà indiqué plus haut la nature des éléments gras : granules, vésicules, cristaux. Nous n'avons point rencontré lamélanose dans le testicule cancéreux. Quant à la xanthose, nous l'avons vue infiltrer des cellules et des noyaux d'une manière uniforme, ou affecter l'aspect de granules moléculaires. Nous insistons de nouveau ici sur le fait que nous avons vu des traînées de cette substance en dehors de tout épanchement sanguin, et sa combinaison fréquente avec les éléments gras nous fait plutôt pencher pour l'opinion que c'est une espèce d'huile colorée dans le genre de celle qui donne sa coloration au tissu adipeux et au jaune d'œuf, qu'une matière hématique.
Nous n'avons rien à ajouter aux détails déjà donnés sur la composition microscopique des matières d'épanchements sanguins , sur celle des restes du testicule , de la substance cartilagineuse et des éléments de la suppuration.
L'infection de l'économie tout entière n'est pas rare dans le sarcocèle, pour peu qu'on lui laisse le temps d'arriver à sa terminaison naturelle. Nous ne l'avons observée pour notre compte avec détail que dans 6 cas ; mais nous ne donnons nullement ce chiffre comme proportionnel, vu que dans la moitié de nos observations nous avons perdu les malades de vue après une première opération. Du reste ,
Wl GAN.CRK DES OHUANËS DK LA GÉNÉRATION.
te témoignage de tous les grands chirurgiens est ià pour prouver que le cancer du testicule est un de ceux qui tendent le plus constamment à infecter l'économie. Le mal s'étend d'abord le long du cordon ; il franchit bientôt l'anneau inguinal ; des tumeurs cancéreuses et des glandes infiltrées de cancer apparaissent dans le petit bassin , et s'étendent en haut vers l'angle sacro - vertébral et le long des gros vaisseaux ; des tumeurs qui atteignent jusqu'au volume d'une tête de fœtus et au delà , englobent les divers organes de l'abdomen , qui , quelquefois , est au tiers ou à moitié rempli par d'énormes productions encéphaloïdes. Souvent le cancer reste ainsi borné à l'abdomen, et il fait périr avant de s'étendre plus loin. D'autres fois les tumeurs de l'abdomen sont un peu inoins volumineuses , mais par contre on trouve des cancers secondaires dans les poumons et le foie, plus rarement dans les centres nerveux et le système osseux ; nous en avons vu une fois dans les reins. Nous citerons à cette occasion un des cas les plus remarquables d'infection fibro-plastique qui aient été observés. Dans le cas dont il s'agit (nous ne donnons ici que le résumé très succinct de l'observation que nous avons recueillie avec beaucoup de détails), un jeune homme de dix-sept ans portait dans le testicule une tumeur ovoïde du volume du poing, qui fut extirpée par M. Velpeau. Déjà, pendant l'opération, on s'aperçut que le cordon était pris au delà de l'anneau inguinal. La tumeur extirpée montra à la dissection que le mal avait pris son origine dans l'épididyme ; son tissu était élastique, d'un jaune pâle; il offrait une vascularité inégale , et montrait par places quelques épanchements sanguins , mais il était dépourvu de suc cancéreux , de tissu phymatoïde et de xanthose , et n'offrait au microscope d'autres éléments que ceux du tissu fibro-plastique. Après l'opération , les tumeurs intra-abdominales se développèrent avec une extrême rapidité , et le malade succomba 13 mois après le début de la maladie. A l'autopsie , nous trouvâmes le péritoine adhérent à d'énormes tumeurs contenues dans sa cavité ; il était , de plus , le siège d'un dépôt mélanique et d'un épanchement noirâtre ; sa surface interne était parsemée de tumeurs d'un blanc tirant sur le jaune. Au-dessus de l'anneau inguinal droit existait une tumeur fibreuse énorme lobée, jaunâtre, mélanotique par places , et faisant suite à une tumeur semblable qui occupait une grande partie de l'abdomen. Les intestins étaient rejetés dans le flanc droit, le côlon privé de ses plis transversaux, et les plis longitudinaux avaient pris un aspect ligamenteux ; de petites tumeurs fibreuses existaient du côté du diaphragme , à la surface des