CANCER DU TESTICULE
plèvres et des poumons, et à la surface interne des côtes. Leur tissu était d'un jaune pâle homogène, dépourvu de tout suc cancéreux, et formé par un tissu fibreux , gélatiniformê par place, et offrant surtout des éléments fibro -plastiques. La tumeur principale de l'abdomen , sans compter celle qui se trouvait au-dessus de l'anneau inguinal et qui lui faisait suite , avait 35 centimètres d*e haut sur 33 de large et 73 de circonférence. Les glandes lymphatiques , le foie, la rate, les reins, le cœur et les centres nerveux étaient sains. Nous avons donc ici un exemple fort remarquable d'un sarcocèle fibreux et fibro-pl astique qui a donné lieu à une infection générale; mais ce qui, pour ces sortes de tumeurs, est une exception infiniment rare, est la tendance générale pour les tumeurs cancéreuses ordinaires.
Avant de terminer ce que nous avons à dire sur l'anatomie pathologique de ces tumeurs , il nous faut dire deux mots du fongus bénin du testicule , affection souvent confondue avec le cancer , et qui n'a été bien décrite que dans ces derniers temps par M. Jarjavay (Archives générales de médecine , 1849), quoique déjà signalée par Lawrence , A. Cooper et d'autres chirurgiens.
M. Jarjavay distingue deux formes de fongus bénin du testicule, dont l'une a son siège à la face interne de la tunique vaginale , et l'autre provient du testicule lui-même et bourgeonne sous forme de champignons, après avoir traversé la tunique albuginée. L'étude microscopique de ces tumeurs lui a appris qu'elles étaient essentiellement composées de tissu fibro - plastique assez vasculaire , ce que nous avons pu pleinement confirmer dans deux cas de ce genre que nous avons eu occasion d'observer. Ces fongus, en effet, ne nous paraissent être autre chose qu'un produit organisé de l'inflammation chronique , et avoir beaucoup d'analogie avec ces bourgeons charnus et ce tissu fongueux que l'on observe autour des fistules de carie, autour de certaines maladies articulaires. Cette variété du tissu fibro-plastique est riche en cellules , noyaux et vaisseaux sanguins»
§ II. Pathologie du cancer du testicule.
Le cancer de la glande séminale n'affecte qu'un seul testicule, et le second n'est guère pris que lorsqu'il y a récidive, après que le testicule pris en premier lieu a été enlevé par la castration , et encore les récidives sont -elles plus fréquentes dans le moignon du cordon ,
et surtout ail delà de l'anneau, que dans te testicule du côte opposé.
Le testicule droit paraît être le siège de prédilection de ce cancer ; car dans les 4/5cs de nos observations c'était le testicule de ce côté qui était pris , et dans l/5e seulement le cancer affectait la glande séminale gauche. Il est possible que le hasard y soit pour quelque chose, et nous n'attacherions pas une grande valeur à ce résultat si d'autres auteurs n'avaient déjà signalé cette fréquence plus grande du cancer dans l'organe droit.
Le début de la maladie est difficile à préciser, car non seulement l'affection paraît peu grave pendant quelque temps encore après que les malades se sont aperçus de l'existence d'une tumeur, mais même au moment où ils constatent pour la première fois l'engorgement de leur testicule, la tumeur a déjà ordinairement le volume d'une noisette et même d'une petite noix, et doit, par conséquent, déjà exister depuis quelque temps.
Le début apparent de la maladie est donc caractérisé par l'engorgement que le malade perçoit dans le testicule , qui est alors plus gros et plus pesant, et partiellement induré. Bientôt des tiraillements se manifestent le long du cordon ; et au bout de six mois à un an de durée , des élancements et des douleurs passagères commencent à s'y faire sentir. En thèse générale, pendant la première année la maladie n'est pas bien douloureuse ; et au moyen d'un bon suspensoir , ainsi que des ménagements pour les fatigues , le malade ne souffre pas beaucoup. Nous avons cependant observé des sarcocèles à marche beaucoup plus rapide. C'est cette apparente bénignité qui fait souvent confondre cette affection avec l'hydrocèle ; mais bientôt le mal local prend un accroissement plus rapide , la tumeur offre une consistance plus notable , une surface souvent inégale , des dimensions de plus en plus considérables , et une forme plutôt ovoïde que pyriforme. Lorsqu'on cherche à voir le jour à travers, comme dans l'hydrocèle, on constate l'absence de toute transparence. Si, en palpant , on perçoit par places la sensation trompeuse d'une fluctuation obscure, on trouve, en examinant attentivement , d'autres endroits où la consistance est évidemment solide. La présence du testicule , que l'on constate toujours aisément dans l'hydrocèle, est difficile à retrouver dans le cancer lorsqu'il a déjà fait de grands progrès. Nous avons vu plus haut que ces tumeurs dépassaient bien souvent la longueur d'un décimètre, et pouvaient acquérir les dimensions d'une tête de fœtus et au delà , et c'est alors que la peau de la surface devient plus rouge et que ses veines sont plus développées j des adhérences s'établissent aussi dans ces cas entre la surface
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interne de la peau et les tuniques d'enveloppe du testicule ; mais la grande extensibilité des parties superficielles , ainsi que la résistance de la tunique fibreuse, oppose un obstacle au travail ulcéreux qui , dans d'autres parties du corps , accompagne si volontiers le cancer superficiel. Nous avons vu deux fois des abcès se former dans le testicule cancéreux , une fois s'ouvrir au dehors et se fermer plus tard , tandis que, dans le second cas, l'abcès n'a été trouvé que par la dissection de la pièce enlevée. Lorsque la tumeur est volumineuse, la sensation de pesanteur qu'elle donne , en la soulevant avec la main, est très caractéristique. Lorsque l'engorgement s'étend au cordon, et que l'on constate l'existence de tumeurs intra-abdominales , ou que l'on trouve des glandes inguinales très engorgées , la maladie a dépassé cette seconde période de l'accroissement pour passer à la troisième , celle de l'infection. On peut alors suivre l'extension successive de ces tumeurs dans la cavité abdominale et dans les glandes. Après les kystes de l'ovaire et des cas rares de tumeurs fibreuses très étendues, nous n'en connaissons point qui donnent lieu à des engorgements abdominaux sous - ombilicaux plus étendus que le cancer du testicule lorsqu'il arrive à la période d'infection. Nous avons vu des malades en proie à une gêne très grande de la respiration , consécutive au développement énorme de ces tumeurs qui , en refoulant le diaphragme en haut, avaient diminué la capacité de la cavité thoracique. La compression des voies digestives donne lieu à des troubles de leurs fonctions , ainsi que celle des vaisseaux abdominaux provoque des épanchements séreux dans le péritoine et Tanasarque dans les membres inférieurs.
Lorsque la tumeur des bourses prend un très grand accroissement, le raphé du scrotum est déjeté de la ligne médiane, la peau du pénis se rétracte et ce membre disparaît en partie , comme dans les cas d'hydrocèle volumineux. Dans le cas où la fausse fluctuation d'une tumeur de nature douteuse tiendrait le jugement du chirurgien en suspens, il faudrait avoir recours à la ponction exploratrice, qui donne lieu à l'écoulement d'un liquide limpide, lorsqu'il s'agit d'un amas de liquide ; si , au contraire, la tumeur est solide, il sort une bouillie jaune ou rougeâtre dans laquelle l'examen microscopique peut faire reconnaître les cellules d'une manière non douteuse ; s'il s'agit d'une tumeur hématique consécutive à des caillots, il ne sort que des éléments hématiques. Deux fois j'ai pu établir le diagnostic du cancer avant l'opération par celte exploration , après laquelle la nature cancéreuse du tissu ne pouvait plus rester douteuse.
Dans la seconde et la troisième période de la maladie, les douleurs , peu considérables au début , méritent toute l'attention du chirurgien. On sait que l'hydrocèle ne gêne que par des tiraillements et par son poids , et que les autres affections chroniques du testicule ne sont généralement pas très douloureuses. Il n'en est plus de même pour le cancer confirmé , dans sa seconde période ; mais ici encore il ne faut pas être trop absolu , car, dans l/5e de nos cas, les douleurs ont été peu considérables , et une fois même nulles jusqu'au moment de l'opération , qui fut pratiquée quinze mois après le début apparent de la maladie. Deux fois, les souffrances ont été peu vives. Une fois l'opération n'est devenue nécessaire qu'au bout de dix ans de durée , et ce n'est que pendant les derniers quatre mois que les souffrances ont été vives. Nous venons de citer les cas exceptionnels ; mais ordinairement les douleurs lancinantes, d'abord rares, deviennent de plus en plus fréquentes , en même temps des douleurs gravatives , un sentiment habituel de pesanteur , une tension douloureuse qui s'étend le long du cordon à la région inguinale , aux lombes , aux reins , aux cuisses , et qui remontent même dans la fosse iliaque correspondante , donnent lieu à des souffrances habituelles qui, pendant quelque temps encore, se font de préférence sentir pendant la marche et la station et diminuent pendant le séjour au lit, mais que bientôt la position horizontale ne calme plus. Le sommeil alors fuit ces pauvres malades ; ils deviennent inquiets et moroses, et leur position devient de plus en plus pénible. Il arrive que les douleurs présentent les caractères d'une névralgie à accès périodiques. Nous avons observé des douleurs plus constantes sur le trajet du nerf sciatique pendant la période de l'infection ; elles reconnaissaient pour cause la compression du plexus sciatique par des tumeurs cancéreuses. Nous les avons vues une fois à une période moins avancée de la maladie, suivre le trajet du nerf crural et s'étendre d'abord sur la partie moyenne et antérieure de la cuisse et s'irradier ensuite le long du côté interne de la jambe. Dans une seule de nos observations , les douleurs étaient déjà très intenses après quatre mois de durée; mais le plus souvent ce n'est que dans la seconde année que les malades en ont été le plus incommodés. Ici encore, comme pour la plupart des affections cancéreuses , les douleurs constituent un des symptômes les plus pénibles et les plus fréquents. Cela se comprend ; car, à mesure que le mal s'étend, il exerce des tiraillements et de la compression sur les filets nerveux provenant des plexus spenrjatiqûes et des branches du nerf honteux in-