‹ Traité pratique des maladies cancéreuses et des affections curables confondues avec le cancer [electronic resource]Chapitre 8 sur 116 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

ni des cancers, ni des corps greffés sur la dure-mère , ce travail n'était pas moins remarquable pour le temps où il a paru, et il est devenu le point de départ de recherches nombreuses et importantes sur ce sujet. Dans ce même volume, nous trouvons un autre mémoire de Louis sur plusieurs maladies du globe de l'œil (1), travail qui renferme des remarques fort judicieuses sur le cancer. Les réflexions qui précèdent et celles qui suivent l'observation citée de Reusner prouvent combien l'auteur avait à cœur de distinguer du cancer les tumeurs qu'un examen superficiel pouvait faire confondre avec lui ; il insiste surtout sur la nécessité de séparer du cancer de l'œil les fongosités de sa surface.

Nous arrivons au commencement de ce siècle sans avoir à signaler des progrès notables dans les doctrines sur le cancer. La fin du xvme siècle est une époque trop orageuse pour que les sciences d'observation, la médecine surtout, aient pu réaliser alors de grands progrès. Aussi les travaux importants, en France, ne datent-ils que de l'époque de la réorganisation des écoles en 1811. D'après les traditions de ce temps, Corvisart est à nos yeux un des hommes qui ont le plus fait avancer à cette époque l'anatomie pathologique. Après lui, vient Laënnec, que nous regardons aussi bien comme le réformateur de l'anatomie pathologique moderne, que comme le fondateur de nos connaissances actuelles sur les maladies des organes de la respiration et de la circulation. Nous trouvons ses doctrines sur le cancer dans deux articles remarquables du Dictionnaire des sciences médicales i2) . Dans ces publications, il indique la place qu'il assigne au cancer parmi les tissus qui n'ont point d'analogue dans l'économie. Il décrit bien les caractères physiques delà matière cancéreuse, mais à côté de progrès réels et de généralités fort avancées pour soii temps , que d'imperfections, que d'erreurs! Pour n'en citer que deux exemples, nous signalerons ses opinions sur les phases d'évolution qu'il assigne à l'encéphaloïde , celle de crudité , celle de développement complet et de ramollissement. Cette doctrine, répandue encore aujourd'hui dans ]a science est tout à fait inexacte et déduite d'une fausse analogie entre le tubercule et le cancer. Un second exemple est celui des altérations composées , à l'occasion desquelles l'auteur dit qu'on rencontre très fréquemment réunis, et presque toujours par juxtaposition, les tissus cérébriformes et tuberculeux, le tissu tuberculeux et l'ossification terreuse. Laënnec a été un des premiers fondateurs de cette

(4) Op. cit., t. V, p. 161-224.

(2) T. II , art. Anatomie pathologique, et t. VII, art. Encéphaloïde.

INTRODUCTION. XIÎI

brillante école anatomique, à laquelle nous sommes redevables de tant de progrès réels, et dans laquelle nous rencontrons à chaque pas , pour tout ce qui se rapporte à nos connaissances sur le cancer, les noms respectés de Lobstein , d'Andral , de Cruveilhier, de Velpeau. Laënnec et ses successeurs ont surtout perfectionné les doctrines sur cette maladie dans une double direction , savoir, dans l'examen plus attentif des caractères physiques et dans l'étude plus approfondie de la connexion des productions cancéreuses avec les tissus et les organes dans lesquels elles se sont développées. Un autre mérite est d'avoir suivi la maladie dans tous les organes de l'économie jusque dans l'intérieur des vaisseaux sanguins et du canal thoracique. L'étude approfondie de l'infection cancéreuse appartient également à ces laborieux investigateurs ; ce sont eux qui nous ont montré de quelle façon et de combien de manières ce mal , en apparence primitivement local, s'emparait de l'économie tout entière et entraînait fatalement la mort.

Fidèles à des traditions antérieures , les deux auteurs de l'article Cancer , dans le Dictionnaire des sciences médicales , Bayle et Cayol, ont insisté sur la manière différente dont marchent le cancer de la peau et celui des autres organes , et la distinction qu'ils ont faite des ulcères de mauvaise nature , en cancer ulcéré et en ulcère cancéreux sans base cancéreuse proprement dite , est à la fois ingénieuse et perspicace. La distinction des tumeurs du sein en cancéreuses et non cancéreuses n'est également entrée dans la pratique que de notre temps ; et Astley Cooper en Angleterre, MM. Cruveilhier et Velpeau en France, ont le mérite incontestable d'avoir énergiquement insisté sur ce point. Nous dirons à cette occasion que ce sont surtout les deux chirurgiens que nous venons de citer , A. Cooper et M. Velpeau, qui ont fait le plus d'efforts pour élucider le diagnostic des tumeurs et pour séparer du cancer ce qui ne lui appartient pas en propre. L'auteur qui, en Allemagne, a travaillé avec le plus de zèle et de succès dans cette direction , est sans contredit Walther, qui a le grand mérite d'avoir été aussi en Allemagne un des maîtres distingués de la physiologie positive.

Mais toute cette école s'arrêtait devant des obstacles matériels , qu'elle ne pouvait pas vaincre avec les ressources dont elle disposait. Lorsqu'on n'a pas d'autre terme de comparaison en anatomie morbide, que l'aspect, la couleur, la consistance, le volume, en un mot les caractères purement extérieurs, on doit nécessairement confondre entre elles des lésions foncièrement différentes , et séparer au con-

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