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CHAPITRE V

INFLUENCE OU INDUCTION ÉLECTROSTATIQUE. 929. Électrisation par influence OU par induction. — NOUS avons

vu précédemment deux modes d'électrisation des conducteurs : l'un direct, par frottement, et l'autre indirect, parle contact d'un corps électrisé. Il en existe un troisième : c'est l'électrisation à distance, qu'on réalise en plaçant un corps conducteur neutre dans un champ électrique suffisamment intense, c'est-à-dire dans le voisinage de corps conducteurs électrisés. C'est ce phénomène qui constitue Yin/luence ou Y induction électrostatique.

On nomme induisant on inducteur le corps qui électrise par induction, et induit celui qui est électrise.

950. Influence sur les corps bons conducteurs. — Etude expérimentale. — On montre l'électrisation par influence, dans le cas des corps bons conducteurs, à l'aide des expériences suivantes, dues à .Epi nus.

On prend un cylindre de laiton A, isolé sur un pied de verre, et portant à ses extrémités deux petits pendules électriques. Ces pendules sont formés de balles de sureau suspendues par des fils

Fig. 868.

de chanvre, qui sont conducteurs et fixés à des tiges métalliques (fig. 868). Lorsqu'on place ce cylindre aune certaine distance d'une source d'électricité positive M, on observe la série de phénomènes suivants :

1° Les deux pendules divergent immédiatement, ce qui prouve une électrisation instantanée.

2° Si l'on présente au pendule le plus rapproché de la source un bâton de cire d'Espagne électrise négativement, on observe une répulsion ; donc ce pendule est chargé de la même électricité que la cire, c'est-à-dire d'électricité négative. En présentant à l'autre pendule un tube de verre frotté, il y a également répulsion ; donc ce pendule est électrise positivement. Par conséquent, un corps électrise par influence et isolé possède à la fois,

INFLUENCE ÉLECTROSTATIQUE. 1129

sur ses extrémités opposées, les deux espèces d'électricités à l'état libre,

3° Ligne neutre. — Entre ces régions électrisées en sens contraires se trouve nécessairement une zone à l'état neutre. On le vérifie en disposant plusieurs pendules le long du cylindre : leur divergence décroît rapidement en s'éloignant des extrémités, et devient nulle en un certain nombre de points qui constituent la ligne neutre. Cette ligne n'est jamais au milieu du cylindre; sa position dépend de la charge électrique et de la distance du cylindre au corps induisant ; mais elle est toujours plus rapprochée de l'extrémité voisine de l'inducteur.

4° Aussitôt que l'influence cesse, les deux électricités se recombinent, et le corps revient à l'état neutre. En effet, les pendules retombent dès qu'on éloigne A de Yinducteur, ou dès qu'on ramène celui-ci à l'état neutre.

Cela prouve aussi que les charges électriques, positive et négative, aux deux extrémités du cylindre, étaient égales. Toutefois ceci n'est exact qu'autant que l'action induisante a été peu prolongée, parce que, la déperdition par l'air et par les supports étant plus forte pour l'électricité repoussée que pour l'électricité attirée, le cylindre reste chargé d'électricité contraire à celle de l'inducteur.

5° Lorsque le conducteur est encore électrisé par influence, si on le touche en un quelconque de ses points avec une tige métallique ou avec le doigt, V électricité de même nom que celle de la source s'écoule dans le sol et F électricité de nom contraire est retenue parcelle de la source. Par exemple, dans le cylindre A, c'est l'électricité négative qui reste, soit qu'on touche l'extrémité positive, la négative, ou la partie médiane.

6° Inductions successives. — Un corps électrisé par influence agit à son tour sur les conducteurs voisins pour y séparer les deux électricités : c'est ce que montre la disposition des signes + et — sur un second cylindre B placé à la suite du cylindre A.

7° Théorie. — La théorie de Symmer permet de se rendre aisément compte de tous les détails de ce phénomène. On peut d'ailleurs les expliquer et les calculer rigoureusement en considérant l'influence comme un cas particulier de la distribution de l'électricité sur un conducteur placé dans un champ électrique déterminé (873).

931. Appareil de Riess pour constater l'influence. — On a objecté à l'appareil d'iEpinus qu'il ne démontre pas l'électrisation de l'extrémité la plus rapprochée de la source, puisque la divergence du pendule correspondant pourrait s'expliquer par l'attraction directe de celle-ci.

Pour éviter cette objection, Riess a employé un cylindre de laiton, muni d'un manche de verre, et armé, dans toute sa longueur, de petits pendules de moelle de sureau (fig. 869). Tenant

le manche à la main, on présente verticalement le cylindre à une source électrique, par exemple à un gâteau de résine électrisé négativement.

Les pendules divergent aussitôt; mais ici l'écart du pendule inférieur ne saurait être attribué à l'attraction de l'électricité delà résine, car cette attraction tendrait évidemment à maintenir le pendule vertical. Donc l'extrémité A est bien électrisée. On vérifie d'ailleurs, comme pour le cylindre horizontal, qu'elle est électrisée positivement, et B négativement.

Fig. 869.

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