‹ Traitâe clinique des maladies du cœur (volume 2)Chapitre 112 sur 142 · CARACTÈRES ANATOMIQUES DE LA P^RICARDITE · texte numérisé non relu

CARACTÈRES ANATOMIQUES DE LA P^RICARDITE

§ Ier. Période de congestion sanguine et de sécréiion pscu;!o-membraneuse ou purulente,

Pour connaître complètement les caractères anatomiques de la j)éricardite , il faut examiner successivement et les modifications survenues clans la membrane enflammée, et celles du liquide qu'elle sécrète à l'état normal.

I. Le péricarde offre ordinairement une injection capillaire plus ou moins prononcée et par suite une rougeur plus ou moins vive. Toutefois, il est des cas où celle injection et cette rougeur sont presque nulles : ces cas sont surtout ceux où la mort est survenue avec une grande rapidité. Sans doute, la rougeur et l'injeclion existaient pendant la vie ; mais comme l'inflammation n'avait pas duré assez longtemps pour /Lier une partie du sang dans les parties où il avait afflué, elles avaient disparu après la mort, comme on voit certaines rougeurs des joues ou des conjonctives, et même des rougeurs érysipélateuses, par exemple, se dissiper entièrement quelques instants après la mort. Il ne faut pas oublier de noter que la rougeur et l'injection , quand elles existent, occupent plus encore le tissu cellulaire sousjacent à la membrane séreuse , que cette membrane ellemême.

On voit des cas où la rougeur n'est pas le résultat d'une simple injection, mais bien de l'effusion, de l'infiltration d'une certaine quantité de sang, soit au-dessous de la membrane séreuse, soit dans son propre tissu. Alors la rougeur se présente sous l'aspect de taches, de plaques plus ou moins étendues , de bandes ou de rubans plus ou moins larges et plus ou moins longs. Il semble ici que la membrane soit teinte ou imbibée de sang (i). Au reste, je ne crois pas devoir insister plus long-temps sur les nombreuses variétés que peuvent présenter et la rougeur et l'injection dans la

(1) Dans les cas de péricardite hèmorrhagique , le péricarde offre parfois une véritable imbibition sanguine.

péricardite , variétés dont on trouvera des exemples dans les observations particulières rapportées précédemment. De plus amples considérations ne seraient convenablement placées que dans l'histoire des caractères anatomiques de l'inflammation des membranes séreuses en général.

L'épaisseur du péricarde, sa transparence, sa consistance n'offrent, en général, aucun changement bien notable. Toutefois, le péricarde paraît, dans certains cas, un peu plus épais et moins transparent qu'à l'état sain. Lorsque l'épanchement est presque nul, le péricarde est moins poli, moins doux au toucher qu'à l'état normal; quelquefois , il est tout-à-fait sec, luisant et comme poisseux au toucher.

Le péricarde se détache plus facilement aussi de la surface du cœur; et c'est après l'avoir ainsi séparé, que l'on trouve une injection , une rougeur plus ou moins prononcée , et quelquefois même de l'infiltration sanguine dans le tissu cellulaire sous-péricardique.

Le péricarde est plus ou moins distendu , d'ailleurs , suivant la quantité de la matière épanchée , dont nous allons maintenant exposer les caractères.

II. Le liquide que sécrèle normalement le péricarde est modifié par la péricardite aiguë , sous le double rapport de sa quantité et de sa qualité ou de sa composition. C'est sous ce dernier rapport que se distingue surtout la péricardite de l'hydro-péricarde , qu'il soit actif ou passif, puisque dans celte dernière maladie la qualité du liquide contenu dans le péricarde , est sensiblement la même que celle de la sérosité normalement sécrétée par cette membrane.

Quoi qu'il en soit, le produit sécrété par l'effet de la péricardite offre plusieurs différences, que nous allons étudier tour à tour.

\° Ordinairement le produit pérîcardîtîque se coagule bientôt à l'instar du sang, c'est-à-dire qu'il se sépare en deux parties, l'une liquide, plus ou moins trouble et floconneuse , l'autre concrète , fibrineuse , qu'on désigne gé-

CARACTÈRES A1NAT0MÏQTJES DE LA PÉRICA.RDITE. fyl

néraîement sous le nom de pseudo-membrane ou fausse membrane , lymphe plastique , coagulable , organisable. Dans quelques cas, celte coagulation est pour ainsi dire confuse , et l'épanchement se présente alors sous la forme d'un liquide caillebolê.

Cette espèce d'épanchement comprend deux variétés : dans l'une de ces variétés, la partie liquide de l'épanchement n'est autre chose que de la sérosité; dans l'autre variété, le liquide est rouge , sanguinolent, et plusieurs auteurs ont désigné sous le nom de péricardile hémorrhagique cette variété de la péricardite pseudo-membraneuse, dans laquelle effectivement une quantité plus ou moins considérable de sang se trouve mêlée à la partie séreuse de l'épanchement.

Les rapports proportionnels de la partie liquide et de la partie concrète de l'épanchement péricarditique sont assez variables. Quelquefois l'épanchement est presque uniquequement composé de masses pseudo-membraneuses, imbibées d'un liquide séreux ou séro-sanguinolent : mais dans le plus grand nombre des cas , ces masses pseudo-membraneuses baignent au milieu d'une quantité assez considérable du liquide dont il s'agit. Cette quantité peut n'être que de quelques décagrammes, ou bien, au contraire, s'élever à un ou plusieurs hectogrammes. Dans une observation que j'ai sous les yeux et qui m'a été communiquée par M. Saussier, elle fut portée à deux bouteilles environ. Dans quelques unes des observations que contient le mémoire de M. Louis, la quantité du liquide a été évaluée à quatre livres. Dans un cas rapporté par Corvisart , le péricarde renfermait près de deux pintes de liquide scropurulent.

2° Dans quelques cas de péricardite, l'épanchement, au lieu de se partager en deux parties, comme il vient d'être dit, est formé par un liquide homogène, bien lié, inodore, crémeux , d'un blanc grisâtre ou verdâlre , qui n'est autre

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chose que du véritable pus. La quantité de l'épanchement purulent varie d'ailleurs, comme celle de l'épanchement séro-pseudo-membraneux dont il a été question plus haut.

Occupons-nous maintenant de la matière plastique, concrescible et organisable, que l'on rencontre si souvent à la suite de lapéricardite.

La quantité de la matière pseudo-membraneuse est très variable. On en trouve quelquefois à peine quelques grammes, tandis que dans d'autres cas on en recueille plusieurs décagrammes. La fausse membrane se dépose parfois en masses confuses et pour ainsi dire amorphes , mais le plus suvent elle revêt les deux feuillets du péricarde , le feuillet cardiaque surtout, et y adhère plus ou moins intimement, selon l'époque de sa formation , et selon qu'elle est naturellement plus ou moins glutineuse. L'épaisseur de la fausse membrane varie entre une fraction de millimètre et quelques millimètres.

La disposition, la configuration de la surface libre de la fausse membrane offre, dans la péricardite , quelques particularités que l'on ne trouve pas dans les pseudo-membranes produites par l'inflammation des autres membranes séreuses. Cette surface est inégale, aréolée , disposition qui n'avait point échappé à la sagacité de Corvisart , et dont cet illustre observateur croyait avoir donné l'idée \a plus exacte , en la comparant à la surface interne du bonnet ou second estomac du -viau. Lorsque le cœur est enveloppé de toutes parts par la fausse membrane rugueuse , inégale , chagrinée , dont il est ici question, son aspect rappelle assez bien , ainsi qu'on l'a déjà dit, celui d'un ananas ou d'une pomme de pin. La disposition réticulée est plus ou moins régulière : dans certains cas , cette régularité est telle , qu'elle ne saurait être mieux comparée qu'à celle des cellules d'un gâteau de miel. Quand la disposition réticulée est moins régulière , M. Hope l'a comparée , avec assez de bonheur, à ce qu'on observe lorsque l'on vient à séparer

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deux assiettes plates qu'on avait appliquées l'une contre l'autre après les avoir préliminairement enduites de beurre mou. La rudesse et la villosité de la surface du péricarde lui donnent aussi , dans certains cas , beaucoup de ressemblance avec la langue du chat.

Pour expliquer les remarquables dispositions que nous signalons ici et que ne présentent pas, du moins au même degré, les fausses membranes des autres membranes séreuses, il faut, je crois, faire intervenir la condition des mouvements continuels dont le cœur est agité, ce qui doit amener des froncements, des dépressions et des saillies dans la pseudomembrane qui l'enveloppe. Ne trouve-t-on pas ici une sorte de répétition sans cesse renouvelée del'expérience indiquée par M.Uope, savoir la séparationbrusque de deux surfacesenduites d'une matière molle ou de consistance de beurre mou?

La matière ps udo-membraneuse récente est d'une consistance assez faible, semblable à celle de l'albumine coagulée, ou mieux encore à celle de la croûte récemment formée que l'on trouve à la surface du caillot du sang retiré des veines d'un individu affecté de quelque inflammation aiguë, telle qu'une pleuro-pneumonie, un rhumatisme articulaire intense, etc. La couleur de la matière pseudomembraneuse est jaunâtre (couleur de paille claire, selon M. Iiope) ou d'un blanc grisâtre. Elle est quelquefois rougeâtre. Dans ce dernier cas, suivant M. Hope, cette fausse membrane sécrète ordinairement un liquide sanguinolent. Cela ne peut avoir lieu à une époque où la pseudo-membrane n'est pas encore organisée. Mais ce qu'il y a de certain, c'est que le plus souvent la couleur rouge de la fausse membrane est due à son imbibition par le liquide sanguinolent que contient le péricarde. La pseudo-membrane jouit d'une certaine élasticité et offre quelquefois une ténacité comparable à celle du gluten.

C'est une chose vraiment extraordinaire que la rapidité avec laquelle s'opère l'épanchement péricarditique, comme

le démontrent plusieurs de nos observations, et particulièrement les deux premières.

Un phénomène également bien digne de remarque , c'est la presque instantanéité avec laquelle commence à s'organiser la matière plastique de l'épanchement , surtout dans les cas de péricardite modérée : il semble alors que les faces opposées du péricarde s'agglutinent à l'instar des lèvres d'une plaie récente , et que l'espèce de colle vivante ou du moins viable qui les unit, passe avec la même facilité que dans ce dernier cas , de l'état amorphe à l'état de vascularisation d'abord, puis de cellulosité.

Les observations multipliées que nous avons faites sur la couenne du sang inflammatoire nous ont pour ainsi clive permis de prendre la nature sur le fait dans ses opérations d'organisation des fausses membranes. Nous nous sommes convaincu par d'innombrables expériences que la couenne vraiment inflammatoire du sang (celle qu'on observe, par exemple, dans un violent rhumatisme articulaire aigu) offre, sous divers rapports, la plus grande ressemblance avec la matière glutineuse ou concrète d'un épanchement produit par l'inflammation des membranes séreuses. Hé bien, au bout de quelques heures de repos du sang, la couenne inflammatoire présente l'aspect membraneux, et nous avons même cru, dans quelques cas, y reconnaître des rudiments de vaisseaux, analogues à ceux qu'on découvre dès les premiers jours de sa formation dans la matière plastique de l'épanchement inflammatoire des membranes séreuses.

L'adhérence de la face inférieure de la couenne inflammatoire avec la surface du caillot peut è!re comparée à l'adhérence de la face externe de la fausse membrane avec la face libre de la membrane séreuse enflammée, et la rétraction de la couenne produit le renversement des bords du caillot, comme la fausse membrane qui se forme à la surface d'une plaie qui suppure en tire peu à peu la circonférence vers le centre.

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