CARACTÈRES AN ATOMIQUES DE LA PERICARDÏTÉ
Nous poursuivrions encore nos réflexions sur cet intéressant sujet, s'il ne constituait une question de l'histoire générale de l'inflammation, bien plus qu'une question spéciale de l'histoire de la péricardite. C'est pour la mênle raison que dans le paragraphe qui va suivre nous nous abstiendrons de longs commentaires.
§ II. Périodes de l'organisation définitive et des diverses transformations de l'élément plastique ou pseudo-membraneux sécrété par le péricarde enflammé.
Nous réunissons dans un même paragraphe ces deux périodes , sur chacune desquelles nous avons rapporté des faits particuliers multipliés, attendu qu'elles ne sont réellement que la continuation l'une de l'autre, et qu'elles diffèrent moins par le fond que par la forme, moins par leurs caractères essentiels que par les circonstances accidentelles dont elles peuvent être environnées.
i° Dans ces périodes qui appartiennent surtout à la péricardite chronique, le péricarde s'épaissit, s'hypertrophie comme presque tous les autres tissus chroniquement enflammés; toutefois, cet épaississement a bien plus souvent son siège dans le tissu cellulaire sous-péricardique ou dang le feuillet fibreux sous-jacent au péricarde, que dans cette? membrane elle-même. D'autres fois, l'épaississement tien! à l'organisation d'une couche pseudo-membraneuse, tellement adhérente au péricarde , qu'elle semble , au premier abord, faire corps avec lui. Mais on peut, au moyen de la pince, enlever cette fausse membrane organisée, ainsi que la couche celluleuse qui l'unit au péricarde , et l'on voit alors que celui-ci a conservé son épaisseur normale.
Lorsque le péricarde a été chroniquement enflammé, non seulement les vaisseaux capillaires sous-jacents, mais aussi les branches vasculaires dont ils naissent, sont beaucoup plus développés qu'à l'état normal,
2° Quelquefois, outre les fausses membranes organisées
4c)6 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA PERICARDITE.
déjà en partie ou en totalité, on trouve une certaine quan» lité de pus dans la cavité du péricarde chroniquement enflammé. Souvent, au lieu d'un véritable pus, on y rencontre une sérosité , tantôt plus ou moins floconneuse et trouble, tantôt claire et limpide , mêlée ou non d'une certaine quantité de sang.
Quant à la matière plastique, dont nous avons précédemment parlé, elle éprouve diverses métamorphoses dans le cours, ou, si l'on veut, clans l'évolution complète de la péricardite. A sa place, il n'existe parfois que des adhérences cellulaires générales ou partielles, ou bien de simples brides s'étendant d'un des feuillets du péricarde à l'autre.
Au lieu de brides et d'adhérences , on rencontre chez d'autres sujets de véritables fausses membranes organisées, qui doublent en quelque sorte le péricarde et en augmentent l'épaisseur, ainsi qu'il a été dit plus haut. Ces fausses membranes sont ordinairement partielles : elles ont, pour la plupart, une teinte opaline, blanchâtre, laiteuse, qui tranche sur le fond transparent du péricarde. On désigne vulgairement ces fausses membranes partielles sous le nom de taches ou plaques laiteuses : ce n'est pas seulement à la surface du cœur lui-même qu'on les observe, on les trouve fort souvent sur la portion des gros vaisseaux autour de laquelle le péricarde se déploie, et particulièrement sur l'origine de l'aorte. Ces lausses membranes sont ordinairementcellulo-fibreuses ou fibreuses; mais elles passent quelquefois h l'état fibrocartilagineux ou même osseux, calcaire, comme la matière gela lin iforme sécrétée par le périoste enflammé. Il y a des cas dans lesquels le cœur semble enveloppé d'une sorte do coque osseuse. Parfois la cai tilaginificalion et l'ossification s'opèrent directement, immédiatement, dans le tissu fibreux du péricarde. Les lois de cette transformation sontsans doute à peu près les mêmes que celles qui, dans l'évolution normale, régissent le passage successif de certains tissus, tels que le périoste, etc., à l'état cartilagineux et osseux.
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Au lieu des adhérences et des fausses membranes cidessus indiquées, le péricarde offre quelquefois des granulations comme tuberculeuses et de petites végétations de forme diverse.
L'épanchement liquide ou même la simple exsudation de fausses membranes très épaisses exercent quelquefois sur le cœur une compression qui en détermine l'atrophie. Nous avons rapporté des cas dans lesquels cet organe, pressé de toutes parts et comme étouffé par les énormes masses pseudo-membraneuses qui pesaient sur lui, avait perdu la moitié ou plus encore de son volume , et se trouvait atrophié comme un poumon long-temps comprimé par un épanchement pleurélique.
Je ne ferai que rappeler ici quelques unes des altérations que l'on rencontre à l'intérieur des cavités du cœur, dans beaucoup de cas de péricardite aiguë. La membrane interne du cœur est quelquefois rouge , peut-être légèrement épaissie et tomenteuse; la rougeur occupe surtout les valvules, qui sont boursouflées , sensiblement épaissies ou même fongueuses, principalement à leur bord libre. En même temps on rencontre des caillots de sang plus ou moins abondants, et dont quelques uns sont manifestement antérieurs à la mort.
Dans la péricardite chronique, rien n'est plus commun que de trouver sur le tissu séro-fibreux intérieur du cœur, des altérations essentiellement les mêmes que celles du tissu séro-fibreux externe. ( Voir nos nombreuses observations particulières (1). )
(1) Il y a long-temps que j'avais conçu le projet de produire artificiellement des péricardites chez les animaux, pour voir si , dans ces cas , il survenait plus ou moins fréquemment des endocardites. Les circonstances ne m'ont pas permis jusqu'ici d'exéculerce projet. Mais un des meilleurs élèves de notre clinique, M. Desclaux, a fait, en 1834, les expériences dont il s'agit. Or, il résulte de ses recherches, que constamment , ou à peu près , il a rencontré chez les lapins dont il a enflammé le péricarde les caractères analomi- I. 3 2
Le tissu musculaire du cœur peut, comme les tissus séreux, fibreux et cellulaire du même organe, s'épaissir, s'hypertrophier, et l'on n'a pas oublié sans doute que nous avons rapporté quelques cas où l'épaississement, l'induration comme squirrlieuse du feuillet viscéral du péricarde avait envahi les couches musculaires les plus voisines. Au lieu d'une hypertrophie pure et simple , ou d'une sorte de cartilaginification , le tissu musculaire du cœur offre quelquefois un ramollissement, une friabilité plus ou moins considérables. Tantôtce ramollissement est accompagné d'une teinte d'un rouge foncé de la substance musculaire (ramollissement rouge ou brun) ; tantôt , au contraire, il coïncide avec une notable décoloration de cette substance (ramollissement jaunâtre ou blanchâtre ).
Laënnec n'a signalé que cette dernière espèce de coloration. «Dans la péricardite chronique, dit-il, quelquefois la
ques d'une endocardite.il me montra, le 24 novembre 1834, un cœur de lapin qui avait suecombéau cinquième jour d'une péricardite expérimentale. La face interne du péricarde était recouverte de toutes parts par une fausse membrane aréolée , villeuse , rude comme la langue du chat , et déjà l'on y voyait dés vaisseaux de nouvelle formation et des adhérences filamenteuses. La membrane interne élait d'un rouge vif et les valvules ^surtout les gauches) étaient sensiblement épaissies : la valvule bicuspide élait même véritablement boursouflée et fongueuse à son bord libre. Ces expériences sur les animaux viennent donc confirmer ce que la clinique nous avait appris, savoir que dans presque toutes les violentes péricardites il survient aussi une endocardite. Nous aurons occasion de revenir plus loin sur l'importante loi dont il s'agit.
Tout récemment (1840) M. Leblanc, l'un de nos médecins-vétérinaires les plus distingués, a produit cbez des chevaux et des chiens des péricardites artificielles par l'injection d'une dissolution d'acide oxalique dans le péricarde. J'ai assisté â l'ouverture de deux des chevaux sur lesquels M. Leblanc avait expérimenté, et celte ouverture a fourni des résultats conformes à ceux obtenus par M. Desclaùx. Dans l'opuscule, déjà cité, où il a rendu compte de ses expériences, M. Leblanc dit positivement que cbrz les animaux, Comme chez l'homme, les lésions de l'endocarde compliquent presque toujours celles du péricarde , et que eelui-ci est rarement enflammé sans que l'endocarde le soit plus ou moins.