EXPOSITION DES CAUSES DE LA PERICARDITE
cédant à une copieuse transpiration et à un travail, à un exercice fatigant, est la cause la plus commune de ces maladies. Dès lors on ne doit pas être surpris si la péricardite est la compagne si ordinaire, je ne dis pas seulement de la pleurésie et de la péripneumonie , mais aussi d'un rhumatisme articulaire sur-aigu. Qui ne sait, en effet, que celte dernière fluxion inflammatoire reconnaît précisément pour cause principale les vicissitudes que nous venons de signaler?
On est étonné que Corvisart, dans son exposé des causes de la péricardite, n'ait pas amplement développé la question de coïncidence que nous abordons en ce moment. Il n'ignorait point absolument un certain rapport des affections rhumatismales avec l'inflammation du tissu séro-fibreux du péricarde. Dans la 6e observation déjà citée, il ne manque pas, en effet, de noter que la péricardite s'était développée à la suite de douleurs rhumatismales très aiguës. Enfin, dans l'article qu'il a consacré à l'adhérence du cœur, divisée par lui en plusieurs espèces, il dit , en parlant d'une de ces espèces : « Je suis tenté de regarder, entre autres, comme «cause fréquente de cette adhérence , les affections rhumatismales et goutteuses. » C'est là un de ces lumineux éclairs que le génie observateur de Corvisart faisait briller sur la plupart des sujets auxquels il s'appliquait.
Trois des malades des observations de notre première catégorie ; sept des sujets des observations qui seront rapportées à l'article Traitement, étaient à la fois atteints et de rhumatisme articulaire aigu et de péricardite, sorte de rhumatisme du péricarde. Telle est, d'après notre expérience , la fréquence de la péricardite chez les individus rhumatisants, qu'on pourrait affirmer à priori que sur vingt sujets atteints d'un rhumatisme articulaire aigu général, et accompagné d'une vive réaction fébrile, il y en aura la moitié, au moins, qui offriront des symptômes d'une péricardite
ou d'une endocardite, et souvent de ces deux phlegmasies réunies (1).
Jusqu'ici les phlegmasies aiguës du cœur concomitantes du rhumatisme, avaient été entièrement méconnues dans la très grande majorité des cas; et comme elles n'avaient point été combattues convenablement, plusieurs ont dû passer et sont effectivement passées à l'état chronique. De là ces lésions organiques du cœur, sur l'origine desquelles les auteurs ne nous avaient fourni aucunes données satisfaisantes , et que certains praticiens avaientnéanmoins vaguement rattachées, dans 'quelques cas, à je ne sais quel principe , vice ou virus rhumatismal et goutteux. Les considérations et les faits qui précèdent répandront, j'ose l'espérer, quelque lumière sur celte question éminemment pratique.
Et qu'on ne croie pas que la dissertation à laquelle nous venons de nous livrer soit une de ces oiseuses théories auxquelles les bons esprits ont désormais renoncé sans retour. Non, non; et chaque jour, au lit des malades, les vrais observateurs pourront apprécier à leur juste valeur les réflexions que nous soumettons en ce moment à leur jugement éclairé. Qu'ils assistent à ces cliniques où l'on voit les rhumatismes articulaires aigus durer 3o, 4° jours et audelà, et ils verront si, comme le soutiennent quelques classiques praticiens, la réaction fébrile qui survit à la période inflammatoire du rhumatisme est une nouvelle espèce de fièvre essentielle , ou si elle ne se rattache pas , au contraire, dans un grand nombre de cas, à une péricardite, à une endocardite, à une endo-péricardite méconnues.
Une pleurésie plus ou moins violente alimente aussi
(1) Pour des développements plus étendus et des résultats plus précis, numériques, nous renvoyons au chapitre Endocardite de cet ouvrage, ainsi qu'à notre Traité clinique du rhumatisme articulaire. Paris, 1840, in-8°.