EXPOSITION DES CAUSES DE LA PÉRICARDITE
quelquefois la prétendue fièvre essentielle rhumatismale de certains auteurs; mais cette complication est plus rarement méconnue que celle indiquée plus haut (1).
On a fait jouer un grand rôle au phénomène désigné sous le nom de métastase dans le développement de la péricardite rhumatismale. Je n'ai point l'intention de nier tout ce qui a été dit sur le transport , le déplacement d'un rhumatisme , ni de faire le procès à la théorie un peu surannée des métastases; mais je crois pouvoir affirmer sur la foi d'observations nombreuses, recueillies avec le soin le plus minutieux à la fois et le plus consciencieux, que les péricardites ne sont pas ordinairement l'effet d'une métastase rhumatismale proprement dite ou d'un transport cle rhumatisme d'une articulation sur le péricarde. La péricardite , il est vrai, n'a été souvent constatée (quand elle l'a été) chez des individus rhumatisants, que plusieurs jours après le début de la phlegmasie articulaire. Pveste à savoir si la péricardite, jîour n'avoir été reconnue qu'à cette époque, n'était pas en quelque sorte née en même temps que le rhumatisme. Quoi qu'il en soit, je ne conteste pas que la péricardite ne puisse survenir pendant le cours d'un rhumatisme , comme elle survient pendant le cours d'une pleurésie ou d'une pleuro-pneumonie, soit en vertu delà tendance à l'extension , à la diffusion qui caractérise l'inflammation rhumatismale, soit sous l'influence d'une cause accidentelle. Mais je n'insisterai pas plus long-temps ici sur une ques-
(1) Le passage suivant de l'introduction de l'ouvrage de M. le docteur Hope, sur les maladies du cœur, confirme la doctrine ci-dessus développée. « Dans » le rhumatisme aigu, il n'y a pas de danger plus commun et plus formi- » dable que l'inflammation du cœur et de ses membranes. Si on la néglige » quand elle existe à un haut degré ( et même alors elle constitue une des «maladies les plus obscures et les plus insidieuses), le malade succombe « presque toujours aux effets immédiats de l'attaque, ou vit encore un peu » de temps, martyr d'une incurable affection organique du cœur. »
lion que j'ai approfondie dans mon Traité du rhumatisme articulaire (i).
Je terminerai en faisant remarquer que la similitude d'organisation qui existe entre le péricarde et l'endocarde d'une part, et le tissu séro-fibreux qui est le siège essentiel du rhumatisme articulaire aigu d'autre part, est une condition qu'il ne faut pas perdre de vue pour se rendre compte de ce que nous venons de dire sur la coïncidence de celte dernière maladie avec la péricardite et l'endocardite.
Les causes prédisposajites de la péricardite ne nous occuperont que quelques instants : on observe cette maladie dans tous les âges, et chez les deux sexes; elle règne dans tous les climats , dans toutes les saisons ; néanmoins les sujets de 10 à 5o ans y sont plus exposés que ceux des autres âges ; elle est plus commune dans les périodes de l'année où se rencontrent les grandes alternatives de chaud et de froid , que dans les autres, etc. II me paraît, d'ailleurs, que pour cette maladie , comme pour tant d'autres, certaines conditions individuelles, personnelles, constituent un état de prédisposition qu'il ne faut pas négliger. Plusieurs faits me portent à croire que cette prédisposition est héréditaire,
(1) Je regrette sincèrement que mes recherches sur les causes de la péricardite ne s'accordent pas tout-à-fait avec celles d'un observateur tel que M. Louis. « Les causes de la péricardite, dit-il, ne sont pas une des parlies
» les moins obscures de son histoire Les causes excitantes sont inconnues
» dans la plupart des cas. » Il est vrai que plus loin M. Louis convient qu'on peut croire qu'elle reconnaît les mêmes causes que la pleurésie et la péripneumonie. Le lecteur pense probablement que cette sorte d'amendement est un trait de lumière pour l'étiologie delà péricardite. Oui, sans doute, si M. Louis n'ajoutait aussitôt: « Combien de fois la péripneumonie elle— » même survient sans cause appréciable ! » Quiconque aura lu altentivemenl nos observations et s'appliquera, pour son propre compte , à étudier profondément la question qui nous occupe , remplacera cette exclamation par la suivante beaucoup plus exacte: Combien de fois la péripneumonie ellemême survient après les brusques et grandes alternatives de chaud et de froid, à la suite d'exercices fatigants !
PRONOSTIC ET COMPLICATIONS DE LA PERICARDITE. 5qÔ
ARTICLE QUATRIEME
PRONOSTIC , MORTALITÉ , MARCHE , DUREE ET COMPLICATIONS DE LA PÉRICAREITE.
I. La péricardite aiguë intense est sans contredit une grave maladie , vu l'importance des fonctions de l'organe dont elle affecte l'enveloppe externe ; mais Corvisart et plusieurs autres observateurs moins célèbres nous paraissent avoir beaucoup exagéré les dangers de la péricardite considérée d'une manière générale. Pour principale preuve de celte assertion, qui paraîtra peut-être assez étrange à quelques lecteurs , il me suffira de rappeler combien il est fréquent de rencontrer des traces d'une ancienne péricardite (adhérences, plaques laiteuses , etc.), à l'ouverture d'individus qui ont été enlevés par diverses maladies aiguës ou chroniques, dans lesquelles le cœur et ses enveloppes ne se trouvaient point compromis.
Avec la pleurésie et l'endocardite , la péricardite est, en effet, si je dois m'en rapporter aux très nombreuses observations que j'ai recueillies, la phlegmasie dont on trouve le plus souvent des traces anciennes sur le cadavre. Ainsi donc, il est un très grand nombre de personnes qui ont eu des péri cardites, presque toujours méconnues, auxquelles elles n'ont point succombé. Que si une péricardite méconnue, et partant mal ou incomplètement traitée, se termine ainsi très souvent d'une manière heureuse, en laissant seulement à sa suite, à l'instar de la pleurésie, diverses productions accidentelles, que ne doit-on pas espérer aujourd'hui que la possibilité de son diagnostic nous permet de la traiter d'une manière conforme aux préceptes de la saine expérience ?
J'ai rappelé , au commencement de ce chapitre , le terrible pronostic porté par Corvisart, selon lequel la péricardite aiguë et la péricardite chronique sont nécessairement mortelles (la péricardite qu'il appelle sub-aiguè laissant seule
quelque espérance) . J'oserai affirmer, contre l'autorité de ce grand maître, qu'un temps viendra où ce queCorvisart considérait ici comme la loi, sera l'exception , et réciproquement; c'est-à-dire que les cas curables seront les cas ordinaires , et que les cas morlels constitueront les cas exceptionnels.
Ce temps est arrivé pour nous , depuis sept à huit ans que nous avons soumis la péricardite au traitement énergique exposé un peu plus loin. Je puis affirmer, en effet, que j'ai guéri le plus grand nombre des péricardiles que j'ai eu occasion de rencontrer depuis celte époque, et les succès vraiment extraordinaires que j'obtiens chaque jour des émissions sanguines pratiquées selon la nouvelle l'ormule dans les phlegmasies aiguës en général, me donnent la certitude clinique que les péricardites auxquelles celte formule sera bien appliquée et à temps, ne lui résisteront pas (i). Les plus rebelles, les plus meurtrières seront celles qui auront pour complication une endocardite intense, une très violente pleurésie ou pleuro-pneumonie ; et nous avons toutefois eu le bonheur de guérir presque toutes ces dernières elles-mêmes.
ï)es auteurs très recommandables , Lancisi , Vieussens , Sénac, Meckeï et l'immortel Morgagni surtout, ont longuement disserté sur la question de savoir si l'adhérence du péricarde au cœur ne devait pas être regardée comme la cause d'accidents plus ou moins fâcheux, de palpilationà en particulier. Il semblerait, au premier abord , qu'une telle adhérence doit entraver le jeu du diaphragme, et que, réciproquement, les mouvements de ce muscle doivent plus ou moins déranger alors la systole et la diastole du cœur. Peut-être en est-il ainsi quelquefois ; mais il est bien certain que j'ai trouvé très souvent et que d'aulres observa-
(1) Voyez, à ce sujet, notre Clinique médicale et le Traité du rhumatisme articulaire.