‹ Traitâe clinique des maladies du cœur (volume 2)Chapitre 130 sur 142 · TROISIÈME CATEGORIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME CATEGORIE

OBSERVATIONS DE CARDITE ULCERATIVE , AVEC FORMATION D'UN KYSTE ANÉVRISMAL ( TUMEUR ANEVRISMALE DU COEUR ).

Walther, Matthieu Baillie et Zannini ont observé chacun un cas de la maladie à laquelle sont consacrées les observations de cette catégorie. Corvisart ignorait les observations de ses prédécesseurs, lorsqu'il en consigna une du même genre dans l'article où il s'est occupé des tumeurs au cœur. S'il les eût connues , il n'eût point placé en tête de son observation la réflexion suivante : « Un fait très extraordinaire, »et même unique , qui s'est présenté à mon observation, • prouve que le cœur peut, outre les dilatations particulières

'trois, catégorie d'observations de cardite. 599

» qui lui sont propres, devenir le siège de tumeurs anévris- » maies entièrement semblables à celles dont les artères des «membres se trouvent quelquefois affectées. »

Dans un savant mémoire sur Y anevrisme faux consécutif du cœur(\), M. Breschet, après avoirrapporté les quatre cas que nous venons de mentionner, en expose six autres , recueillis, les deux premiers, par MM. Bérard, le troisième par M. Cruveilhier, le quatrième par Dance, le cinquième par M. Breschet lui-même (le sixième est une simple description d'une pièce pathologique conservée dansle muséum de la Faculté).

Depuis la publication du mémoire de M. Breschet, de nouveaux cas d'anévrisme faux consécutif du cœur ont été publiés. Deux ont été insérés dans le Journal hebdomadaire de médecine, le premier recueilli par M. le docteur Reynaud, le second par M. le docteur Pétigny. Un troisième cas a été recueilli par M. Choisy, qui l'a consigné dans sa dissertation inaugurale, etc.

observation 56e (2).

Homme de 27 ans. — Symptômes d'un obstacle à la circulation à travers le cœur. — Mort dans un état d'anxiélé extrême. — Tumeur presque aussi volumineuse que le cœur lui-même, surmontant la partie supérieure et latérale du ventricule gauche, contenant dans son intérieur des concrétions sanguines assez denses, et communiquant par une ouverture peu large avec la cavité du ventricule. — Adhérence du péricarde avec la surface extérieure de la tumeur.

Un nègre, âgé de 27 ans, fut reçu à l'hôpital de la Charité, le 17 septembre 1796. Il était dans un état d'angoisse et d'anxiété inexprimables; la respiration était gênée et entrecoupée; la poitrine résonnait bien dans toute son étendue. Le malade se plaignait d'une douleur violente vers la région de l'estomac , ainsi que vers celle du foie. Le

(1) Répertoire d'anatomie et de physiologie. Paris, 1827, in-4°.

(2) Observation de Corvisart.

6oO MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.

pouls était petit, serré, faible et fréquent. Le lendemain de son entrée , le malade eut une hémorrhagie nasale si abondante, qu'elle précipita l'instant de sa mort, qui arriva le jour même.

Autopsie cadavérique.

Le cœur a conservé son volume naturel, mais la partie supérieure et latérale du ventricule gauche est surmontée d'une tumeur presque aussi volumineuse que le cœur lui-même , tumeur qui, par sa base , se confondait avec les parois de cet organe. Avant de parvenir au centre de cette tumeur, il fallait couper une couche comme cartilagineuse, un peu moins épaisse que les parois du ventricule. La substance qui formait cette tumeur avait cependant conservé V apparence et la couleur des muscles. L'intérieur de la tumeur contenait plusieurs couches de caillots assez denses , parfaitement semblables à ceux qui remplissent une partie de la cavité des anévrismes des membres, à cette différence près que la couleur de ces couches , comme lymphatiques , était plus pâle. Cette même cavité communiquait avec V intérieur du ventricule par une ouverture qui avait peu de largeur, et dont le contour était lisse et poli. Il était évident que cette tumeur s'était formée entre la substance charnue du cœur et la membrane qui lui est fournie par le péricarde qui était intimement adhérent à la superficie de cette poche.

Les valvules mitrales étaient épaissies et ossifiées.

L'estomac et les intestins grêles contenaient beaucoup de sang presque pur et coagulé, suite évidente de l'hémorrhagie.

OBSERVATION 57e (1).

A l'ouverture du corps du grand tragédien Talma, le cœur offrit les altérations suivantes :

D'un volume un peu plus qu'ordinaire , cet organe se prolongeait inférieurement , et se terminait par une tumeur arrondie , séparée de la pointe du cœur par une légère dé-

I, (J) Observation de M. Breschet.

TROIS. C.VTÉCxORIE D*OBSERVATTONS DE CA.RDITK. Go 1

pression circulaire. Lu, les deux feuillets du péricarde devenaient adhérents, et semblaient par leur réunion former à^eux seuls les parois de la poche. Le cœur droit et ses annexes étaient sains. L'oreillette gauche , l'orifice auriculoventriculaire , les valvules mitrales , l'aorte , les valvules tricuspides n'offraient rien de pathologique; le ventricule gauche seulement fut trouvé dilaté , sans que ses parois parussent avoir augmenté ou diminué d'épaisseur. La cavité ventriculaire aurait pu loger un œuf de poule ordinaire. Par son extrémité inférieure , le ventricule gauche communiquait, au moyen d'une ouverture du diamètre d'un pouce environ, avec une poche arrondie dont la largeur dépassait celle de son ouverture , et dans laquelle aurait pu être contenu un petit œuf de poule. La communication du ventricule et de la poche anévrismatique était établie au travers d'une virole cartilagineuse, épaisse de deux lignes et demie; à partir du milieu de sa paroi, cette virole s'amincissait insensiblement et finissait par dégénérer en une membrane qui, confondue avec les feuillets du péricarde , constituait la poche anévrismale. Par son bord supérieur, le bourrelet s'unissait aux fibres charnues du cœur, dont il paraissait être la continuation; il donnait également attache, par deux points opposés de son diamètre, aux deux colonnes charnues des valvules mitrales. Au moyen de cette altération pathologique, la cavité du ventricule gauche avait pris la disposition d'un cylindre creux , ouvert inférieurement dans la cavité plus large de la poche anévrismale. Celle-ci, disséquée avec soin, a été trouvée formée par les deux feuillets du péricarde, qu'il était facile de suivre sur l'origine du bourrelet fibro -cartilagineux ; ces feuillets entièrement confondus s'amincissaient ensuite insensiblement au fur et a mesure qu'ils s'éloignaient davantage du ventricule. La membrane qui formait le fond de la poche n'avait pas plus d'épaisseur que la dure-mère sous les pariétaux, et pouvait lui être comparée pour la texture et la solidité. En haut,

en se rapprochant de la dépression qui existait entre le sommet du ventricule et le sommet de la tumeur anévrismale, on remarquait la séparation des deux feuillets du péricarde, et sous la lame cardiaque de cette enveloppe on pouvait apercevoir quelques faisceaux très minces, diminuant insensiblement et disparaissant tout-à-fait sur la tumeur; ces faisceaux nous ont semblé appartenir aux fibres superficielles du tissu charnu du cœur; inférieurement, ces fibres n'existaient plus, et, comme il a été dit, les parois de la poche n'étaient formées que par l'adossement des deux lames du péricarde.

A l'aspect lisse et poli de la cavité de la poche, on aurait pu croire que la membrane interne du cœur s'y continuait. Cependant, à partir du bourrelet cartilagineux, et dans toute la circonférence de l'ouverture de communication de la cavité du ventricule avec celle de la tumeur, on a pu distinguer les vestiges d'une membrane très mince , frangée , dentelée , adhérente aux caillots renfermés dans la tumeur. Ces franges paraissaient résulter de la déchirure de la membrane interne du cœur.

La poche anévrismale contenait une substance d'un rouge pâle . comparable par sa teinte à des muscles décolorés, et cette substance disposée par couches concentriques remplissait la totalité ou la presque totalité du sac. Ces couches pouvaient être divisées en couches plus minces, lamelleuses, et tout au plus de l'épaisseur d'une feuille de papier ou d'une aponévrose. Elies résistaient à un tiraillement assez fort; et quoique le simple examen à l'œil nu n'ait pas fait reconnaître d'organisation bien distincte dans cette substance , cependant sa solidité et sa résistance paraissaient être supérieures à celles des caillots sanguins. Le centre de cette substance contenait une matière moins dense, plus colorée , beaucoup plus rapprochée de la nature du sang.

TROIS. CATÉGORIE D'OBSERVATIONS DE CARD1TE. Go3 OBSERVATION ÛS" (I).

Homme de 49 ans. — Signes ordinaires d'une lésion organique des valvules du cœur, avec hypertrophie du même organe. — Morl à la suite d'une double attaque apoplectique. — Kyste anévrismal vers la pointe du ventricule gauche, contenant quelques couches de fibrine très dense et très adhérente. — Adhérence étroite du péricarde avec les parois du kyste.

Un ancien militaire, âgé de 49 ans » éprouvant depuis six à huit mois de l'oppression , de l'étouirement , est admis dans la salle de la Clinique. 11 offrait alors tous les signes d'une lésion organique des valvules du cœur , avec hypertrophie de cet organe. Au bout d'un séjour d'environ deux mois, il est frappé, à deux reprises, d'une apoplexie, et succombe à la seconde attaque.

Autopsie cadav., le lendemain du jour de la mort.

Le cœur était d'un volume presque double de l'état naturel. Vers le point qui correspond au sommet du ventricule gauche, il présentait un renflement arrondi du volume d'une noix ordinaire ; là, il était intimement adhérent au péricarde. Ce ventricule était presque à lui seul la cause du grand volume du cœur ; il était plutôt dilaté qu'épaissi : sa capacité était considérable. Vers sa pointe , une ouverture capable cV admettre le doigt indicateur conduisait dans une cavité plus ample surajoutée a la pointe du cœur. Cette cavité surnuméraire contenait quelques couches de fibrine très dense et très adhérente ; les parois étaient en grande partie formées par le péricarde , qui leur adhérait étroitement. A l'endroit où la poche se détachait de la pointe du cœur, on remarquait un léger rétrécissement, et l'on cessait d'apercevoir les fibres charnues du cœur; cependant quelques colonnes amincies et blanchâtres se prolongeaient dans la cavité de cette dilatation. L'adhérence de cette poche au péricarde épaissi était tellement intime , que rien n'annonçait sa rupture prochaine ; la plus grande partie des colonnes

(1) Extrait de l'observation de Dance.

6o4 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.

charnues du ventricule gauche étaient décolorées et converties en une sorte de tissu fibreux blanc et résistant. La valvule mitrale contenait vers ses bords libres et adhérents des fragments de matière ostéo-pétrée. Elle avait perdu en grande partie sa mobilité , mais permettait néanmoins encore une libre communication entre l'oreillette et le ventricule.

Le ventricule droit ne semblait qu'un appendice du gauche; ses parois avaient leur épaisseur ordinaire ; la portion qui correspond à l'entrée de l'artère pulmonaire était notablement dilatée, tandis que l'inférieure avait conservé sa capacité naturelle. La valvule tricuspide jaunâtre était dans un état voisin d'ossification (1).

Homme de 35 ans. — Mort à la suite d'accidents nerveux, sans signes de maladie du cœur. — Épaississement de la valvule bicuspide, de la membrane interne du ventricule gauche et du tissu cellulaire sous-jacenl. — Kyste anévrismal pouvant contenir une petite noix, à la partie moyenne du bord postérieur du ventricule gauche; second kyste anévrismal.p'us petit, à la partie antérieure du même ventricule, près de la cloison interventriculaire.

Un homme , âgé d'environ 55 ans , n'offrait aucun symptôme qui pût attirer l'attention du côté du cœur, lorsqu'il

(1) Je m'abstiendrai de rapporter ici la description des graves lésions rencontrées dans le cerveau, par suite de l'hémorrhagie qui s'y était opérée.

(2) Observation de M. le docteur Reynaud.

En plaçant l'observation de M. Reynaud parmi les cas de tumeur anévrismale consécutive à une ulcération des couches internes des parois du ventricule gauche, je n'ignore pas que je me trouve jusqu'à un certain point en désaccord avec cet excellent observateur. M. Reynaud pense que le cas qu'on va lire se rapporte aux anévrismes vrais primitifs. Suivant lui, les deux poches anévrismales étaient le résultat de la distension de la membrane interne en forme de poche, distension qu'il attribue aux contractions du ventricule, et qui a été favorisée par une altération de la membrane qui en était le siège. Les fibres du cœur n'avaient point participé, dit-il, à celte distension, mais avaient été simplement refoulées, comme le sont les parties voisines d'un anévrisme situé sur le trajet d'une artère. Quelque prix que

TROIS. CATÉGORIE d'oBSERVATIONS DE CARDITE. Go5

fut admis dans le service de Lcrminicr, à la Charité. Il y succomba à la suite d'accidents nerveux formidables, survenus dans le cours d'une affection saturnine (colique de plomb).

Le cœur est un peu plus volumineux qu'il ne doit être dans l'état normal, ce qui tient à une légère hypertrophie avec dilatation du ventricule gauche.

La membrane interne qui tapisse les cavités gauches de l'organe est épaissie , opaque et d'un blanc laiteux dans presque toute son étendue ; la valvule bicuspide est épaissie vers son bord libre , surtout dans les points où viennent s'insérer les colonnes tendineuses , qui , elles-mêmes , augmentées de volume , ont une couleur blanche, opaque. Celte altération existe particulièrement sur celles qui partent d'une colonne charnue principale, située à la partie postérieure du ventricule. Au-dessous et dans l'étendue de plus d'un pouce carré, la membrane interne est plus blanche que dans les autres points ; son épaisseur est plus considérable ; on la sépare avec facilité d'une couche sousjacente du tissu cellulaire hypertrophié, susceptible de se diviser elle-même en plusieurs feuillets. Ces diverses couches réunies ont quelque chose dans leur structure qui rappelle celle des artères.

A peu près au centre de cette portion de membrane ainsi altérée , et dans un point correspondant à la partie moyenne du bord postérieur du ventricule , existe une ouverture arrondie susceptible de recevoir le bout du doigt et conduisant dans une

nous attachions à l'opinion de M. Reynaud , l'examen attentif des différentes particularités de l'altération dont on trouvera plus loin la description , nous a conduit à penser que ce cas avait réellement plus d'affinité avec ceux relatifs à l'anévrisme faux consécutif, qu'avec ceux qui appartiennent à une simple dilatation partielle du cœur, maladie qui nous occupera ailleurs. L'apparente continuité de la membrane interne du sac avec la membrane interne du ventricule ne suffit pas pour démontrer la non-existence d'une ulcération antérieure de cette dernière.

cavité presque sphérique , pouvant contenir une petite noix , et s7 étendant jusqu'au feuillet viscéral du péricarde , dont elle n'est séparée que par une très mince couche défibres charnues. Cette espèce de poche anévrismale contient dans sa partie la plus déclive une petite quantité de coagulum fbrineux , qui , déposée d'une manière uniforme , s'étend en membrane à sa sur/ace. Les parois de cette poche sont formées pa>* une membrane épaisse , dense , de texture fbreuse , composée elle-même de deux feuillets , l'un superficiel plus mince , d'un blanc opaque , l'autre plus épais , semblable à la membrane moyenne des artères altérée , et contenant dans son épaisseur quelques points fbro-cariilagineux et osseux. Cette membrane se continue sans intemiption , seulement en s' épaississant au col du sac , avec la membrane interne du ventricule , dont elle a d'ailleurs les caractères. Les fbres musculaires du cœur sont étrangères à la formation de ce sac; elles en sont séparées par une couche de tissu cellulaire, et il serait facile de les en détacher. Toutefois C adhérence parait plus intime vers la partie du sac voisine du péricarde.

Une autre poche , mais plus petite que la première , et en totalité remplie par un coagulum fîbrineux , qui parait ancien, existe à la partie antérieure moyenne du ventricule , près de la cloison inter-ventriculaire. Son col est également plus étroit que son fond , et la membrane interne du ventricule , qui s'y continue , est pareillement épaissie et forme une sorte de bourrelet ci son orifice. Les parvis de cette seconde poche , épaissies , denses , comme fibreuses , semblent de même nature que celles delà première. Sa forme est moins sphéroïdale , elle est allongée, et au lieu que son grand axe se dirige vers la surface extérieure du cœur, il est au contraire oblique dans l'épaisseur des parois du ventricule.

Les orifices du cœur sont libres. — L'aorte présente ci sa surface interne quelques points épaissis et faisant saillie dans sa cavité.

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