‹ Traitâe clinique des maladies du cœur (volume 2)Chapitre 131 sur 142 · TROIS. CATÉGORIE J)'OBSERVATIONS DE CARDITE. G · texte numérisé non relu

TROIS. CATÉGORIE J)'OBSERVATIONS DE CARDITE. G

Homme de 53 ans. — Symptômes d'un obstacle à la circulation à travers le cœur. — Mort dans un accès de suffocation. — Tumeur anévrismale partant de la pointe du ventricule gauche, d'un volume presque égal à celui des deux ventricules réunis, adhérente au péricarde et au diaphragme, contenant des couches de concrétions fibrineuses plus ou moins adhérentes.

« Un nègre africain,, d'une constitution robuste , âgé de 55 ans, maçon, fat admis à l'hôpital de la Pitié, le 1" octobre î85o. Il se plaignait de palpitations de cœur, de gêne dans la respiration. Les battements du cœur étaient forts et tumultueux, le pouls dur et serré. Les extrémités inférieures n'étaient point œdématiées. Un état analogue subsistait chez ce malade depuis plusieurs années; il cédait momentanément aux saignées et au repos, et redevenait insupportable par le travail et la vie active. M. Clément fit tirer du sang plusieurs fois, prescrivit des potions avec la teinture de digitale, des boissons délayantes et un régime convenable avec un repos absolu. Ces moyens produisirent un soulagement marqué el amenèrent une sorte de convalescence.

«Lorsque, au ier janvier i85i, j'entrai comme externe dans la division de M. Clément, je reconnus aussitôt les traits de Zarnor, que j'avais vu , un an auparavant , dans la troisième salle de l'hôpital du Midi, où il resta plus de six mois. Il était alors confié aux soins de M. Cullerier , et soumis à des frictions mercurielles locales, contre un double engorgement testiculaire consécutif à une urétrite, compliquée de bubons aux deux aines. Outre sa maladie vénérienne, il était sujet dès lors à un peu de toux , à de la dyspnée et à des palpitations. Un régime doux lui était recommandé, et il quittait rarement le lit.

» J'ai dit que l'état du malade était sensiblement amélioré

(1) Observation de M. le docteur Pétigny.

GoS MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.

au 1" janvier i85i. Alors, en effet, il se levait de son lit pendant la journée, marchait facilement dans la salle, et mangeait la demi-portion d'aliments; mais il avait de la difficulté à monter l'escalier. La respiration était libre ; le pouls un peu fort et lent, sans être inégal. Pendant le cours du mois , nous observâmes deux fois de légers symptômes d'élévation dans le pouls , et accompagnés de gêne dans la respiration; ils durèrent chaque fois de trois à quatre jours et cédèrent à la diète, sans le secours des émissions sanguines. Le mois de février se passa bien, mais dans la soirée du 28 le malade éprouva de l'oppression avec une forte dyspnée ; le pouls était plein et fort. Le chirurgien de garde pratiqua une saignée de 4 palettes, qui fut suivie de quelque soulagement. Le lendemain l'oppression continuait , le pouls était dur et accéléré. On renouvela la saignée; on prescrivit des boissons pectorales et la diète. Il y eut , le 2 mars, une diminution notable des symptômes ; mais le 3, réapparition delà dyspnée, et de plus , toux sèche, douleur vive derrière le sternum et sous le sein droit; enduilblanchâtre sur la langue; fièvre; râle sous-crépitant à grosses bulles des deux côtés de la poitrine. (00 sangsues au côté droit.) La douleur diminua progressivement les jours qui suivirent et se dissipa complètement le 8. Il resta cependant de la soif, de l'inappétence, de la chaleur à la peau, de la fréquence dans le pouls et du malaise. Quoique rien ne pût annoncer une mort prochaine, le malade fut pris, le 10 mars, à 4 du soir, d'un accès de suffocation, et expira sans qu'on pût lui apporter aucune espèce de secours.

» Autopsie cadavérique , 42 heures après la mort.

»I1 n'cxislait aucune infiltration aux extrémités.

» Les deux ventricules du cœur étaient dilatés considérablement, et le droit était chargé de graisse. De la pointe du ventricule gauche partait une tumeur anèv rismale , d'un volume presque égala celui des deux ventricules réunis ; elle était circonscrite , h son origine, par un collet ou enjoncement circu-

TrOIS. CATÉGORIE D OBSERVATIONS DE CARDITE. 6oc)

la ire; elle adhérait , dans les trois quarts de son étendue , au péricarde et au diaphragme , et n'était libre que dans son quart supérieur et droit. Apres avoir incisé longitudinalement le ventricule gauche et la tumeur elle-même , nous vîmes que , ci renfoncement extérieur qui marquait l'origine de celle-ci, correspondait intérieurement un rebord lisse, saillant, également circulaire, d'un pouce et demi(il\ mill.)de diamètre. Les parois de la tumeur étaient formées de dedans en dehors par une véritable membrane charnue, due a la continuation des fibres musculaires extérieures du ventricule gauche (1) et par le feuillet viscéral du péricarde , lequel , dans les trois quarts de la surface extérieure , était fortifié par Vautre feuillet intimement uni au diaphragme. L'épaisseur de ces parois était généralement plus grande que celle des oreillettes , et moindre que celles des ventricules {elleétait d'environ une ligne ou 2 mill.). Les fibres charnues manquaient dans deux endroits de la partie droite de la tumeur, qui présentait là deux cavités accessoires propres à recevoir l'extrémité du pouce et séparées Fane de l'autre, d'avant en arrière, par la prolongation d'une des colonnes du ventricule gauche. De ces deux excavations , l'antérieure n'était recouverte que par le feuillet viscéral du péricarde : la postérieure, plus large et un peu moins profonde , située inférieurement , était recouverte , outre le péricarde, par le centre nerveux du diaphragme.

La tunique interne du cœur paraissait se terminer brusquement sur le rebord saillant qui séparait intérieurement le ventricule gauche delà tumeur anévrismale. Celle-ci était rugueuse a l'intérieur, et encroûtée de concrétions fibrineuses plus ou moins adhérentes, et disposées par couches concentriques , comme on a coutume de l'observer dans les anévrismes des artères. Dans le centre, on voyait un sang noir en partie caillé, en partie liquide , qui remplissait également toutes les cavités du cœur.

(1) Ne serail-il pas possible qu'on eût pris une couche Gbriiseuse organiste pour un prolongement du tissu musculaire du cœur?

6lO MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.

Page 1