DES BATTEMENTS DU COEUR A L'ÉTAT ANORMAL
§ Ier. Du rbythme des battements du cœur à l'état anormal.
Nous avons vu que le nombre des battements du cœur, dans un temps donné , et l'ordre régulier suivant lequel se succédaient les différents mouvements de cet organe, constituaient ce qu'on désigne sous le nom de rhythme des battements du cœur.
Une foule d'étals morbides du cœur, soit idiopathiques, soit sympathiques, font singulièrement varier, comme chacun sait, le nombre des battements du cœur, dans un temps donné. Ainsi, par exemple, dans quelques cas de péricardite et d 'endocardite , dans certaines phlegmasies fébriles qui ne siègent point comme ces dernières dans les tissus du cœur , les battements de cet organe peuvent s'élever à i'4o , i 5o par minute, et dépasser même ce nombre. Il est d'autres maladies, au contraire , certaines lésions de l'encéphale, par exemple, qui ralentissent les mouvements du cœur et les font tomber à 4© et même au-dessous. On connaît la mystérieuse propriété qu'a la digitale de produire un effet de ce genre. On verra dans le cours de cet ouvrage plusieurs exemples qui confirment tout ce qui a été dit à ce sujet. Mais, dans aucun des faits qui nous sont propres , le pouls du cœur n'est descendu au-dessous de '28 à ôo par minute ; tandis que dans un journal que j'ai actuellement sous les yeux, je lis que chez un individu auquel on administrait la digitale ,. le pouls est tombé à 1 ~ par minute. Ce qui rend le phénomène plus singulier , c'est que le pouls ne s'ust ainsi ralenti qu'après la cessation de l'usage de la digitale : il est vrai que pendant son administration on avait pratiqué deux fois p; r jour des saignées min.oratii es , circonstance qui avait pu accélérer les battements du cœur (1 ).
(I) Voyez le n° 120 de la Lmicelie française, jeudi 9 octobre 1834.
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Nous aurons occasion de rapporter de nombreux cas où la difficulté qu'éprouvent les ventricules du cœur à taire passer le sang à travers les orifices artériels , prolonge extraordinairement la durée de la systole : c'est ce qui nous a fait dire alors que les battements du cœur étaient en quelque sorte filés.
La fréquence des battements du cœur diminue la durée des deux repos de cet organe; la lenteur de ces mêmes battements produit un effet inverse , circonstance favorable à leur étude.
L'ordre suivant lequel se succèdent les battements du cœur peut être dérangé de plus d'une manière :
1 ° Il arrive quelquefois qu'après un certain nombre de pulsations, le cœur s'arrête , se repose pendant un espace de temps en général égal à celui que dure une pulsation : c'est là ce qu'on désigne sous le nom d'intermittences. Le nombre de ces intermittences dans un temps donné est variable. Il est digne de remarque que , en général , les intermittences ont lieu d'une manière régulière, c'est à-dire après un môme nombre de battements normaux du cœur. Toutefois celte loi est sujette à un grand nombre d'exceptions. Laënnec a distingué avec raison les intermittences en deux espèces : dans les unes, qu'il appelle vraies, il y a réellement suspension de la contraction ventriculaire ; dans les autres, qu'il appelle fausses , cette contraction est seulement très affaiblie, à tel point que le pouls artériel manque comme dans les premières ; d'où il suit que l'exploration du pouls artériel ne suffirait pas pour faire distinguer l'une de l'autre les intermittences vraies des intermittences fausses. Laënnec a donné aux premières le nom à'qrrêts ou d' hésitations du cœur.
Il est une espèce de fausse intermittence qui ne me paraît pas avoir encore fixé l'attention des observateurs; elle consiste en une contraction ventriculaire qui se fait, pour ainsi dire, n vide. Je ne puis mieux r-omparer ce qui ar-
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rive, alors pour le cœur, qu'à ce qui arrive au pied dans ce qu'on appelle un faux pas. Cette intermittence est une sorte de faux pas du cœur, et tient , je crois, à ce que le ventricule gauche où on l'observe ordinairement , n'ayant pu se remplir convenablement de sang pendant la diastole circonstance assez commune dans le cas de rétrécissement considérable de l'orifice auriculo-ventriculaire gauche^, bat réellement, sinon tout-à-fait à vide, du moins sur une très petit? masse de sang.
2° Il est des cas où les battements du cœur se succèdent à des intervalles de durée inégale, et tantôt ces battements se font tous avec la même impulsion, tantôt, au contraire, avec une impulsion inégale. Cette irrégularité, cette véritable ataxi^ , cette sorte à? folie des battements du cœur, si j'ose me seivir de cette expression, coïncide ordinairement avec des intermittences plus ou moins fréquentes : rien n'est véritablement comparable au désordre tumultueux, à l'étrange confusion qui règne alors dans les battements du cœur. Cet organe nous offre , dans ce cas , l'image d'une machine complètement dérangée et tout-à-fait démontée; toutes les lois qui régissent ses mouvements, si bien réglés, comme nous l'avons vu , à l'état normal, sont bouleversées; et si je ne craignais d'abuser ici du si vie figuré, je dirais qu'à l'ordre établi parles lois de la nature elle-même, a succédé le plus complet état d'anarchie. J'ajouterai que l'espèce de trouble que nous signalons est , jusqu'à un certain point , pour l<\s (onctions du cœur, ce qu'est pour les fonctions du ceneau le délire , l'aliénation mentale; et de la l'expression métaphorique de folie dont je me suis servi plus haut.
Les irrégularités du cœur que nous venons de mentionner, et dont on ne peut se faire une juste et complète idée qu'en les observant soi-même, se partagent en deux espèces distinctes : dans la première espèce, le désordre est tel, que non seulement le rhythme normal du cœur est
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dérangé , mais que chacun des battements entiers et complets de cet organe diffèrent de ceux qui le suivent comme de ceux qui l'ont précédé. Dans la seconde espèce, au contraire, les irrégularités se succèdent régulièrement, si l'on peut ainsi parler, c'est-à-dire qu'à chaque battement complet du cœur en succède un autre qui lui ressemble : en sorte qu'il reste encore ici quelque trace de cette tendance à la suprême loi de l'ordre, qui éclate de toutes parts dans le gouvernement de l'économie vivante. Disons enfin que les deux espèces d'irrégularités peuvent quelquefois se succéder chez un seul et même individu , à des intervalles de temps plus ou moins éloignés.
Dans le désordre extrême des battements du cœur, taniôt pour une seule contraction des ventricules il y a deux et même trois mouvements de dilatation de ces mêmes parties; tantôt on observe un dérangement inverse, c'est-àdire que pour une seule diastole, on compte deux et même trois efforts ou mouvements de systole. C'est particulièrement aussi dans quelques uns des casque nous examinons que la contraction devient des plus évidentes , et c'est bien à eux, si je ne me trompe , que doit se rapporter ce passage de Laënnec sur les contractions multipliées des oreillettes : « îl arrive quelquefois , quoique très rarement, dans »les palpitations, que chaque contraction des ventricules »est suivie de plusieurs contractions successives de l'oreillette, qui, réunies, n'occupent pas plus de temps qu'une » seule contraction ordinaire. J'ai compté quelquefois, dans »ces sortes de palpitations , deux pulsations des oreillettes «pour une des ventricules ; d'autres fois , il y en a quatre; ornais le plus souvent le nombre de ces contractions successives et correspondantes à une seule contraction des «ventricules est de trois. » (Ouv. cit., t. 1 1 , pag. 471-72, 2eédit.)
Laënnec pense que la systole des oreillettes peut anticiper sur celle des ventricules , et l'arrêter au milieu de son
développement. Ce phénomène a lieu, selon lui , lorsque les oreillettes se contractant avec force et d'une manière en quelque sorte convulsive , font entendre une systole très sonore. Cet auteur ajoute que cette contraction convulsive est quelque/bis double, c 'est-a-dire que l'on en entend deux successives sans aucun intervalle. Laënnec croit avoir observé aussi, quoique rarement, une anticipation inverse , celle de la contraction des ventricules sur la systole des oreillettes. « Au moment où l'oreille cesse d'être soulevée par la contraction des ventricules, on sent tout-à-coup, dil-il , au » lieu du claquement de l'oreillette, une nouvelle conlrac- » tion des ventricules, accompagnée d'un choc beaucoup «plus fort, après lequel le cœur reprend son rhythme pré- » cèdent (i). »
11 résulte de ce que nous avons dit sur l'inégalité qui existe quelquefois pour un seul battement ou jeu. complet du cœur, entre le nombre des diastoles et celui des systoles, qu'au lieu des deux repos et des deux mouvements qui le composent, il y aura quelquefois trois et même quatre mouvements bien distincts et autant de repos. Ce genre d'irrégularité du rhythme du cœur n'avait point jusqu'ici été suffisamment étudié, depuis les beaux travaux de Laënnec, et ne saurait trop fixer l'attention des vrais observateurs. J'y reviendrai, à l'occasion des bruits anormaux du cœur, et je ferai voir, contrairement à ce que M. le docteur Hopc a récemment avancé dans l'ouvrage remarquable qu'il a publié sur les maladies du cœur, que les bruits pour un
(1) Ce que rapporte ici Laënnec de l'anticipation de la systole des ventricules sur celle des oreillettes, et de l'anticipation de la systole des oreillettes sur celle des ventricules, mérite confirmation. Ce n'est pas d'ailleurs l'exactitude, mais l'interprétation des phénomènes observés par Laënnec, rjiie l'on peut contester. Sa théorie des bruits du cœur, base sur laquelle repose l'interprétation de ces phénomènes, manquant, comme nous l'avons vii . de solidité, on peut en dire autant de l'interprétation qui la prend pour