‹ Traitâe clinique des maladies du cœur (volume 2)Chapitre 66 sur 142 · BATTEMENTS DU COEUR A. LÉTAT ANORMAL · texte numérisé non relu

BATTEMENTS DU COEUR A. LÉTAT ANORMAL

La force des contractions du cœur, ou mieux des battes ments de cet organe contre la poitrine , est susceptible de plus et de moins d'augmentation et de diminution , à des degrés vraiment indéfinis. Les cas extrêmes sont ceux qu'il est le plus facile de bien constater. Or, il est de ces cas où ni l'inspection la plus attentive , ni le toucher le plus exercé ne peuvent nous faire distinguer les battements du cœur. Il en est d'autres, au contraire, où ces battements sont tel* leinent violents, qu'ils imitent en quelque sorte des coups de marteau ou des coups de poing, et qu'ils ébranlent à la fois non seulement la région précordiaie , mais toute la région du thorax, et le tronc tout entier , et la tète, et les vêtements des malades , et même , jusqu'à un certain point, diverses parties du lit dans lequel ces malades reposent.

Lorsque les battements du cœur augmentent d'une manière notable de force ou d'intensité , on leur donne le nom de palpitations ; à l'augmentation de force ou d'intensité se jointpresque constamment l'augmentation de vitesse des battements du cœur.

Laennec enseigne que l'impulsion du cœur n'est sentie que dans le moment de la systole des ventricules, qu'elle est par conséquent unique , simple et non double comme le bruit du cœur. Cela est très vrai dans l'immense majorité des cas, mais non dans tous, et, peut-être, de nouveaux viendront ils démontrer que la diastole ventriculaire produit plus souvent que nous ne l'avons encore observé nousmème un mouvement distinct de choc ou d'impulsion contre la poitrine , sans que toutefois ce choc puisse jamais égaler en force celui qui accompagne la systole. Un phénomène bien plus curieux encore, c'est que pour une seule impulsion de la systole, il peut y avoir deux impulsions correspondantes à la diastole. Entre autres exemples de cette particularité assez extraordinaire, je citerai le suivant. Chez une femme , dont la longue observation sera rapportée dans un autre endroit de cet ouvrage, et qui fut exami-

née à plusieurs reprises, avec toute l'attention que méritait le cas , non seulement par moi et les élèves de la clinique, mais encore par plusieurs de nos plus habiles confrères, la main appliquée sur la région précordiale distinguait trois mouvements , le premier et le plus fort correspondant au pouls et au premier bruit, à la systole, par conséquent, les deux autres succédant coup sur coup au premier et isochrones à la diastole. L'œil fixé sur la région précordiale apercevait les trois battements indiqués , les deux derniers toutefois moins nettement que le premier. Enfin , si l'on regardait attentivement la tête d'une personne qui explorait les battements du cœur par l'application immédiate de l'oreille, on voyait qu'elle était agitée d'un triple mouvement pour une seule pulsation de l'artère radiale.

Je n'insiste pas plus long-temps ici sur le choc de la diastole ventriculaire , attendu que je serai obligé , dans le cours de ce traité , de revenir, avec tous les détails nécessaires , sur ce sujet non moins neuf qu'intéressant.

Si la systole des oreillettes n'est pas accompagnée d'une impulsion notable à l'état normal, il n'en est pas de même dans certains cas de maladie. Laënnec n'ignorait point cette circonstance , et il l'a très bien signalée dans le passage suivante, où il s'est appliqué à distinguer le choc des oreillettes de celui des ventricules. « Si la contraction des

• oreillettes, dit-il, produit, dans quelques cas rares, un

• phénomène analogue à l'impulsion des ventricules pen-

• dant leur systole , il est facile do l'en distinguer. En effet,

• lorsque la systole des oreillettes est accompagnée d'un

• mouvement sensible, ce mouvement est beaucoup plus

• profond; il semble même que, dans ce cas, le cœur s'é •

• loigne de l'oreille... Dans tous les cas, il est très peu

• marqué, en comparaison de la sensation de soulèvement

• que produit la contraction des ventricules lorsque leurs

• parois ont une bonne épaisseur. »

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