EBUITS DU COEUR DU FŒTUS
d'eux sujets dont les carotides sifflaient sur deux notes à un intervalle d'un ton :
Dix-septième observation Chez le sujet qui offrait le troisième air, noté ci-dessous , le sifflement prolongé jusqu'à la diastole suivante , montait alors d'un demi-ton :
Enfin , chez une dame , « dont le ventricule gauche donnait un bruit de soufflet très marqué , la carotide droite donnait un souffle sibilant analogue au son d'un diapason. Ce sifflement était par moments isochrone à la pulsation artérielle; d'autres fois il se prolongeait et rejoignait la pulsation suivante, de manière qu'on ne pouvait plus distinguer l isochronisme, et que l'effet de ce sifflement ressemblait à la voix d'un ventriloque ou à celle d'un ramoneur entendue de loin et sans qu'on puisse distinguer les mots, à raison de l'èloignement et de l'ètroitesse du tuyau de la cheminée. Le lendemain ce phénomène n'existait plus. »
ARTICLE QUATRIÈME
' CES BRUITS DU COEUR DU FOETUS ET DU SOUFFLE DIT FAUSSEMENT PLACENTAIRE.
C'est à M. le docteur Le Jumeau de Kergaradec qu'appartient l'honneur d'avoir découvert les phénomènes acoustiques qui sonti'ohjet de cet article (1). Les bruits dont il
(l) M. Mayor, de Genève, plusieurs années avant la découverte de M. le docteur Kergaradec, avait annoncé qu'en appliquant l'oreille sur le ventre
ET SOUFFLE PLACENTAIRE, 27Ô
s'agit ne commencent guère à se faire entendre d'une manière distincte que du quatrième au cinquième mois de la grossesse. Depuis la publication du beau mémoire de M. Kergaradec sur Y auscultation appliquée à £ étude de la grossesse, j'ai eu occasion de constater sur une centaine de femmes au moins les phénomènes qu'il avait observés le premier. Un très grand nombre de médecins ont également étudié cet intéressant sujet, et il est très juste de placer au premier rang des travaux qu'il a fait surgir , celui de M. le professeur Paul Dubois (1).
I. Si l'on applique l'oreille sur le ventre d'une femme déjà parvenue à la moitié du terme ordinaire de la gestation , on ne tarde pas à entendre deux bruits , dont l'un double et l'autre simple (du moins le plus souvent). Le premier est évidemment dû au tic-tac du cœur du foetus, et est d'autant plus fort et plus distinct, toutes choses égales d'ailleurs, que le fœtus est plus avancé en âge. On peut le comparer au bruit du cœur d'un animal d'un petit volume, tel qu'un chat ou un jeune lapin, par exemple. Le nombre des doubles battements du cœur chez le fœtus m'a paru en raison inverse de son âge : j'en ai compté jusqu'à 170 par minute. M. Paul Dubois n'est pas d'accord avec nous sur ce point. Les doubles battements du cœur lui ont paru, dans la très grande majorité des fœtus qu'il a examinés, se reproduire de 140 à i5o fois par minute, et ce nombre a été le même aux diverses époques de la vie fœtale. Je regrette beaucoup de me trouver
d'une femme grosse d'un certain nombre de mois, on entendait fort bien les battements du cœur du fœtus. Mais cette remarque , d'ailleurs si digne d'être répandue dans le monde savant et d'être fécondée, était ignorée en France à l'époque où M. Kergaradec fit ses recherches sur VauscuUaiion appliquée à l'élude de la grossesse. (Paris , 1822.)
(1) De l'application de l'auscultation à la pratique des accouchements. Rapport fait à l'Académie de Médecine, par M. Pauj. Dubois. (Ce travail a été publié dans Je tome XXVIII des Archives générales de médecine. Paris, 1832.)
Û'jÔ BRUITS DU COEUR DU FOETUS
ici en contradiction avec un observateur aussi distingué} mais je ne puis cependant renier des assertions qui reposent sur les expériences les plus incontestables. M. le docteur Gaultier de Claubry m'a dit aussi avoir compté chez une femme parvenue au 7e mois de sa grossesse , i63, 164» i65 doubles battements par minute. M. Paul Dubois déclare , d'ailleurs , que ses explorations chez des femmes enceintes de moins de six mois n'ayant pas été très nombreuses , il serait possible que les cas qui lui sont échus dussent être regardés comme des exceptions.
J'ai quelquefois entendu les doubles battements du cœur du fœtus dans tous les points de l'abdomen correspondants au produit de la conception ; mais, en général , ils s'entendent mieux d'un côté que de l'autre, et c'est dans les environs de l'ombilic que se trouve leur maximum d'intensité. Assez souvent , on les entend seulement ou du moins beaucoup plus distinctement du côté opposé à celui où existe le souffle placentaire. Passé le cinquième mois de la grossesse, je ne me rappelle pas avoir vu manquer le double bruit du cœur chez aucune des femmes que j'ai auscultées.
Je désirais vivement trouver des occasions d'ausculter le cœur du fœtus à l'état morbide ( outre les vices de conformation originels, on sait aujourd'hui que le cœur du fœtus est susceptible d'éprouver quelques unes des maladies qui l'atteignent après la naissance) ; mais malheureusement, jusqu'à ce moment, elles ne se sont point présentées. Il me paraît extrêmement probable qu'une pratique assidue de l'auscultation du cœur du fœtus pourra faire reconnaître ou du moins faire soupçonner certaines de ses maladies.
J'ai rencontré quelques cas où les bruits du cœur fœtal se rapprochaient un peu du bruit de souffle. M. le professeur Paul Dubois dit que les pulsations de cet organe, lorsqu'elles sont bien distinctes , font très souvent entendre un bruit de soufflet qui a une grande analogie avec celui que l'on observe dans certaines maladies du cœur. On pour-
ET SOUFFLE PLACENTAIRE. '2']']
rait, au premier abord, attribuer ce phénomène au passage du sang à travers le trou Botal; mais M. Paul Dubois, considérant que le sang ne passe d'une oreillette dans Vautre que pendant l 'absence de contraction de ces cavités , pense qu'il il est pas prêsumable que la communication qui existe entre elles soit pour quelque chose dans la production de ce bruit , qu'il lui parait plus naturel d'attribuer au mélange des deux colonnes de sang de l'artère pulmonaire et de l'aorte. S'il est difficile de démontrer l'exactitude de celle hypothèse , on ne saurait nier du moins qu'elle ne soit fort ingénieuse.
L'exislence du double bruit du cœur du fœtus est d'une haute importance tokoiogique. C'est le signe pathognomouique de la grossesse ainsi que de la vie du fœtus. Je me rappelle un cas qui mérite d'être ici mentionné. Une femme à peine parvenue vers le 7e mois de sa grossesse, est prise d'uneviolente pneumonie. Depuis plusieurs jours elle avait cessé de sentir remuer le fœtus. Je pratiquai l'auscultation , et c'est un des cas où je comptai 170 doubles battements à la minute. Cependant des signes d'avortement ne tardent pas à se manifester, et bientôt nous retirons un fœtus qui ne donne aucun signe de vie. La malade ayant cessé de sentir remuer son enfant depuis plusieurs jours, on aurait pu croire qu'il était réellement mort avant sa naissance, et négliger toute espèce de moyens propres à le rappeler à la vie ; mais comme quelques minutes encore avant son expulsion j'avais entendu les battements de son cœur, je m'empressai de le frictionner, de le plonger dans un baiu légèrement excitant , d'insuffler de l'air dans sa bouche , et après avoir prolongé assez long-temps ces manœuvres, je ramenai enfin l'enfant à la vie : il s'agita, cria, et vécut jusqu'à la fin de la journée. Si je n'eusse pas entendu les battements du cœur presque immédiatement avant l'avortement , il est très probable que je n'aurais pas assez insisté sur les moyens précédents pour ressusciter en quelque sorte ce fœtus, car l'absence des mouvements depuis que la