CARACTÈRES PHYSIOLOGIQUES ET DIAGNOSTIC
leur flambeau, commettre les plus graves méprises; toutefois, il ne faut pas s'en prendre à elles : non crimen artis quod professons est. On ne saurait donc trop se familiariser avec ces belles et précieuses méthodes d'interroger les organes et leurs fonctions, et faire ainsi F éducation médicale de ses sens, suivant une heureuse expression denoire Corvisart. Aujourd'hui même, comme au temps de cet illustre observateur , cette éducation est trop négligée, et commanderait trop souvent, si elle recelait le complément dont, elle est susceptible, le sacrifice de tant d'idées fausses , abstraites , obscures ou systématiques dont on s'est si profondément et si laborieusement imbu (1).
C'est surtout pour n'avoir point assez cultivé celle branche féconde delà séméiologie, qu'il règne encore de nos jours, clans l'esprit de la plupart des médecins, tant cl'incerlilude, de vague et d'obscurité sur le diagnostic d'une foule de maladies du cœur, qu'une longue habitude de ce genre d'observation nous a permis de trouver aussi clair et aussi facile que celui d'un bon nombre de maladies chirurgicales. Pour réussir complètement, au reste, dans celte carrière de l'observation, il faut unir à des connaissances analomiques précises et étendues, des connaissances physiologiques non moins étendues et non moins précises, vérité déjà proclamée par Corvisart, dont voici les propres expressions :
« Le médecin qui n'unirait point la physiologie à l'ana- »tomie, resterait toujours, à la vérité, un prosecteur plus » ou moins adroit, industrieux et patient , mais il n'aurait ja- »mais qu'une pratique chancelante et incertaine, surtout 3) dans le traitement des lésions des organes* Combien n'ai- »je pas vu au lit des malades émettre de faux diagnostics, «les uns accusantle foie, l'estomac, d'êlre malades, lorsque »la poitrine était attaquée, et réciproquement; les autres,
(1) Nouvelle méthode pour reconnaître les maladies internes de la poitrine par la percussion de cette cavité, par Avenbmaaer. Paris, 1808. préf., p. 19.
» prenantpourtoute espèce d'hydrophie, pour l'asthme, etc., » une maladie du cœur ! Enfin , j'affirme , avec toute la vé- »racitédont je suis capable, qu'il n'est point d'organe que «je n'aie vu accusé faussement, soit d'être malade , soit de »ne l'être pas, par des personnes auxquelles on ne pouvait »pas reprocher le manque de quelques connaissances ana- » tomiques (1). »
« Quelle est donc la source de pareilles méprises? Je l'ai «dit: c'est le défaut d'une bonne physiologie : sans elle, en » effet, à quoi bon l'anatomie ? Il ne suffit pas au médecin de » connaître tous les ressorts du corps humain par leurs noms, » leurs formes, leur place et leurs rapports de situation, «même par leurs principes, s'il se peut : s'il n'anime point «par la pensée tous les rouagesde celte étonnante machine; «s'il n'étudie pas sans cesse sur l'homme vivant tous les «phénomènes sensibles de l'action des parties; s'il ne com- »pare pas constamment ces phénomènes sensibles et pro- «près de la vie et de la santé de chaque organe, avec les » dérangements que chacun d'eux présente dans sa lésion (2) , «jamais, j'en réponds, il n'arrivera à reconnaître , d'une «manière sûre, les dérangements organiques, menaçants >> ou confirmés. » [Essai sur les malad. du cœur; discours prélim. , pag. xi et xn. )
On ne saurait trop recommander cet admirable morceau à certains contempteurs intéressés de la physiologie. Pour nous, c'est en nous conformant, autant que nous l'ont permis nos faibles moyens, aux judicieux préceptes de ce grand maître, que nous n'avons cessé de nous efforcer d'apporter plus de certitude et de précision dans le diagnostic des maladies du cœur. Heureux si nos efforts n'ont pas été
(1) Combien de fois l'auteur de ce traité n'a-t-i! pas été témoin d'erreurs de ce genre !
(2) «C'est là ce qui constitue la physiologie pathologique, sans laquelle presque tout est vague et incertain en médecine clinique.» (Note de Corvisart.)