CARACTÈRES PHYSIOLOGIQUES ET DIAGNOSTIC. Q
complètement perduspour la vraie médecine physiologique, telle que l'entendaient les Corvisart, les Bichat et les Brou£sais (1) !
Passons maintenant h notre seconde série de signes des maladies du cœur.
II. Comme les organes vivants constituent un système dont toutes les parties sont unies entre elles par le lien le plus étroit, toute commotion un peu vive, reçue par l'un des anneaux de cette sorte de chaîne organique , ne tarde pas a se transmettre à tous les autres. C'est donc avec quelque raison qu'on a dit du corps humain, qu'on ne pouvait le remuer en un point sans l'ébranler tout entier. Celte vérité éclate dans toute sa force, lorsque les lésions locales oni pour siège un organe aussi influent que le cœur, ce grand ressort de la machine humaine. Le mode de réaction du cœur est d'ailleurs variable comme celui de ses maladies. Le mécanisme de cette réaction a, je dois le déclarer, été généralement fort mal compris par les auteurs de traités sur les maladies du cœur, et ce n'est pas sans une extrême surprise que parmi les plus célèbres de ces auteurs on en voit qui attribuent à toutes les maladies du cœur un mode de réaction qui n'apparlient qu'à un certain nombre d'entre elles. Au mépris de ces connaissances physiologiques, si expressément et si éloquemment recommandées par Corvisart, ils rattachent à telle lésion du cœur des symptômes dits généraux , qui sont précisément et exclusivement l'apanage d'une lésion diamétralement opposée. Tel est, pour parler le langage de Bichat, le contre-sens physiologique que l'on a commis, par exemple, quand on a considéré Y hypertrophie pure et simple du cœur comme la cause de ces conges-
(1) A l'époque de ces grands maîtres, la médecine n'avait pas encore pu s'élever à ce degré d'exactitude qu'elle présente aujourd'hui. Mais la médecine exacte descend en ligne directe de la médecine physiologique des Broussais, des Bichat et des Corvisart.
2g3 MALADIES DU COEUR EN GENERAL.
tions veineuses et de ces collections séreuses passives qui, loin de supposer une augmentation d'action telle que celle qui accompagne une véritable hypertrophie, reconnaissent, au contraire, pour cause essentielle, soit une diminution dans la force motrice du cœur, soit un obstacle mécanique au cours du sang à travers ses cavités.
On doit admettre deux principaux modes de réaction , de la part du cœur malade, sur le système entier de l'économie en général, et sur les divers éléments dont il se compose en particulier. Tantôt cette réaction est purement physique et mécanique, comme dans les cas où le cœur trop volumineux déplace les poumons, les comprime, etc.; comme dans les cas où l'induration de ses valvules et le rétrécissement de ses orifices s'opposant au libre passage du sang, occasionnent des congestions passives dans une foule d'organes, etc. (1). Tantôt , au contraire, cette réaction est, comme on le dit, sympathique et vitale, ainsi qu'il arrive dans l'inflammation fébrile des divers tissus du cœur. Dans ces derniers cas , à la vérité , la réaction est en quelque sorte multiple, car en même temps que s'opère une réaction purement dynamique ou vitale, il s'en opère une seconde par suite de la suppuration dont une partie peut infecter le sang, tandis que, d'autre part, les produits de l'inflammation non résorbés, quels qu'ils soient, peuvent enrayer mécaniquement le libre exercice des fonctions de l'organe enflammé.
Je n'ai rien à présenter ici sur la réaction sympathique proprement dite (diffusion morbide de l'école italienne) : on sait qu'elle est très variable, suivant une foule de circonstances, telles que la seusibililé plus ou moins
(1) A cette réaction mécanique et en quelque sorte passive , il faut opposer la réaction dynamique et active , dans laquelle la circulation est tellement énergique, qu'il en résulte diverses congestions sanguiues ou même des hémorrhagies dites actives.