CLASSIFICATION DES MALADIES DU COEUR
chaîne , j'ose espérer du moins que les faits contenus dans cet ouvrage n'auront pas été entièrement perdus pour les progrès de la pathologie du cœur.
Quoi qu'il en soit, voici donc la base fondamentale de notre classification.
Une première classe comprend toutes les lésions qui n'intéressent le cœur que sous le point de vue de ses conditions purement physiques et mécaniques ou de structure externe, telles que sa position , sa forme, sa coloration, son étendue, la disposition réciproque de ses différentes cavités , etc. De là les solutions de continuité ou de contiguïté, les dilatations etles rétrécissements, etc. Les lésions de cette classe sont pour la plupart en quelque sorte passives; on peut, à la rigueur, les reproduire sur le cadavre.
Dans une seconde classe se trouvent les maladies qui consistent en une altération quelconque des conditions vitales, des actes vitaux ou physiologiques du cœur. Les lésions de cette classe sont essentiellement actives; et comme les actes vitaux eux-mêmes se divisent en deux grands ordres, savoir : ceux que Bicliat a compris sous le nom de vie organique ou nutritive et ceux qu'il a désignés sous le nom de vie animale , nous avons divisé aussi cette seconde classe en deux ordres : l'un affecté aux lésions des actes de la vie dite organique, de la chimie vivante , ou , si l'on veut encore, de la vie physicochimique ; l'autre consacré aux lésions des actes de la vie animale , excitatrice ou dynamique. Aux lésions du premier ordre appartiennent, sous des genres divers, l'hypertrophie du cœur, dans laquelle la nutrition est augmentée; l'atrophie, dans laquelle cette même nutrition est diminuée; l'hydropéricarde actif, dans lequel la sécrétion du péricarde est augmentée ; l'inflammation des divers tissus du cœur, maladie dans laquelle la nutrition, la sécrétion, l'absorption, la circulation capillaire, en un mot tous les actes de la vie organique ou physico-chimique sont plus ou moins profondément altérés. ( Ici, les produits sécrétés diffèrent des i. *i
produits normaux non seulement sous le rapport de la quantité, mais aussi sous celui de la qualité.)
Les genres et espèces de maladies compris dans les deux grandes classes que nous venons d'indiquer sont fondés sur les différents modes de lésions , étudiés successivement dans les divers tissus du cœur. 11 serait superflu de les détailler tous ici, puisqu'ils ont été exposés dans le tableau nosologique placé à la fin de la préface.
Ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer plus haut, les divers modes morbides qu'on pourrait appeler élémentaires ou générateurs s'associent, se combinent entre eux; et de là ces maladies compliquées du cœur, que l'on rencontre bien plus fréquemment que les maladies simples. Ces combinaisons morbides sont tellement nombreuses et diversifiées , qu'il serait vraiment impossible de les énumérer et de les classer. Presque toutes les nombreuses observations contenues dans cet ouvrage sont autant d'exemples de maladies complexes du cœur, et dans chaque cas individuel, la complication offre quelque particularité qui le distingue des autres.
ARTICLE CINQUIEME
"CONSIDÉRATIONS GENERALES SUR LA MARCHE, LES TERMINAISONS ET LA DUREE DES MALADIES DU COEUR.
Le point de vue sous lequel nous étudions ici les maladies du cœur diffère beaucoup suivant les diverses classes de ces maladies. Quelle différence n'existe pas, par exemple, entre la marche , la terminaison , la durée d'une péricardite ou d'une endocardite , et la marche, la terminaison et la durée d'une solution de continuité de quelqu'une des parties du cœur, d'une affection purement nerveuse, telle que les palpitations, la syncope, etc. ! Lne rupture des parois du cœur n'a, pour ainsi dire, aucune durée; elle mar-
DURÉE ET TERMINAISONS DES MALADIES DU COEUR. 3s3
che avec la rapidité de la foudre , et se termine par la mort la plus subite qu'on puisse imaginer; tandis que des palpitations nerveuses peuvent durer des années entières en présentant ordinairement une marche intermittente, régulière ou irréguîière, et se terminent, tant qu'elles sont purement nerveuses, sans laisser à leur suite aucune altération dans la structure du cœur,
I. Au reste, les maladies physica ou chimiço-in(cde$ (1) du cœur sont les seules dont il importe réellement de (aire connaître la marche , la durée et les terminaisons variables, Or, ces maladies, en cela semblables à leurs analogues dans tous les organes ep général, affectent une marche tantôt rapide et tantôt lente, parcourent à pas précipités les divers degrés, les phases réglées de leur complète évolution, et ne durent que quelques jours, ou décrivent, au contraire, lentement le cercle de leur entier développement ; et leur durée occupe plusieurs semaines , plusieurs mois, même plusieurs années. Celies qui affectent la première marche portent le nom baignes , et l'on désigne sous le nom de chroniques celles qui suivent la seconde : ces dernières sont très souvent consécutives aux premières, dont elles constituent une des terminaisons qu'il importe le plus au vrai praticien de bien connaître, Parmi les différentes espèces dont se compose la classe de maladies que nous examinons, toutes n'affectent pas avec la môme facilité la marche aiguë ou chronique.
L'hypertrophie et l'atrophie du cœur (augmentation ou diminution de la nutrition des divers tissus de cet organe et spécialement de sa substance musculaire), en prenant ces
(1) Je demande au lecteur la permission de me servir de cette expression abréviative, pour désigner les maladies qui consistent dans une perturbation quelconque des actes physiques, chimiques ou physieo-chimi.ques par lesquels se révèle à nous la vie intérieure ou organique , et qui , comme tout le monde lésait, sont la circulation, l'exhalation «t l'absorption, la sécrétion et la nutrition , etc.
dénominations dans leur rigoureuse acception, ne se développent jamais d'une manière aiguë, et restent ainsi fidèles à cette marche mesurée , à ce mouvement lent et en quelque sorte chronique , qui constitue l'allure de l'acte nutritif à l'état normal. La diminution ou l'augmentation de sécrétion ohéit quelquefois à la même loi. Néanmoins il est des cas à' hydropéricarde qui se font distinguer par une marche rapide et réellement aiguë.
Les ramollissements du cœur qui se manifestent, indépendamment de toute inflammation actuelle ou antécédente, pendant le cours de certaines affections générales, constitutionnelles (scorbut, scrofules, diathèse ou infection purulente, etc.), sont asservis à la marche que suivent ces dernières affections, et s'ils sont quelquefois aigus, ils sont bien plus souvent encore chroniques.
Les inflammations des divers tissus du cœur peuvent revêtir la marche aiguë ou la marche chronique. Si l'on réfléchit à la haute importance des fonctions du cœur, on comprendra sans peine pourquoi , lorsque les inflammations aiguës de cet organe sont très violentes à la fois et très étendues , elles peuvent entraîner la mort après une durée de quelques jours seulement. Le Démosthènes français, Mirabeau, fut emporté de celte manière par une péricardite suraiguë. Faisons toutefois remarquer ici que la péricardite ne devient presque jamais si soudainement mortelle que dans les cas où elle se trouve compliquée d'une grave inflammation de la membrane interne du cœur {endocardite) ou de la plèvre et des poumons , dernière complication qui existait chez Mirabeau.
Corvisart s'est trouvé fort embarrassé lorsque, après avoir dit que, rigoureusement parlant , il serait possible de distinguer les maladies même organiques du cœur, en aiguës t en chroniques, il a fallu appliquer cette division. La raison de cet embarras, c'est que le célèbre auteur avait cru devoir placer les inflammations du cœur dans deux catégories