CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES
Malgré les beaux travaux de Corvisart et de Laënnec sur la péricardite, plusieurs points de l'histoire de cette maladie restaient environnés des plus épaisses ténèbres. Le diagnostic, l'étiologie et le traitement réclamaient surtout de nouvelles recherches.
Suivant Corvisart , l'inflammation très aiguë du péricarde se dérobe souvent au diagnostic du médecin, et Y histoire de la péricardite chronique est enveloppée d'une obscurité extrême. « J'en ai toujours trouvé , dit-il , le diagnostic difficile , et quelquefois très obscur. »
Corvisart avance aussi , d'après son expérience , que si le pronostic peut être favorable, ce ne doit être que dans la
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péricardite qu'il appelle sub-aiguë, et que la péricardite aiguë et la péricardite chronique, au contraire, conduisent à une mort rapide ou lente , mais presque toujours certaine.
Laënnec déclare qu'il est peu de maladies plus difficiles à reconnaître que la péricardite. Il avoue qu'il est souvent tombé clans la double erreur, ou de ne pas avoir diagnostiqué une péricardite qu'il avait trouvée à l'ouverture du cadavre, ou d'avoir diagnostiqué une péricardite dans des cas où l'on n'en trouvait aucune trace à l'ouverture du cadavre. Il ajoute qu'il a vu commettre cette double erreur par les plus habiles praticiens , et il conclut finalement qu'on peut deviner la péricardite , mais non la reconnaître. Citons ses propres paroles : <J'ai vu quelquefois aussi deviner des pé- » ricardites , et j'en ai deviné moi-même ; car je ne crois pas « qu'on puisse employer le mot reconnaître , quand on n'a » pas de signes certains, et qu'il arrive aussi souvent de se «tromper que de rencontrer juste. »
Quant au traitement de la péricardite, je ne sais pour quelle raison Laënnec n'en a pas dit un seul mot.
Dans un mémoire fort remarquable sur la péricardite , publié il y a quelques années, M. Louis a prolesté, en quelque sorte, contre l'affligeante assertion de Laënnec, et a cru pouvoir établir « que la péricardite n'est pas toujours » une maladie difficile à reconnaître , et que si jusqu'alors » on a été réduit à la deviner, comme le dit Laënnec , on b doit moins l'attribuer à la nature même de l'affection, » qu'à la manière incomplète dont elle a été observée. »
Nous partageons , dans toute sa plénitude , l'opinion de M. le docteur Louis , et il nous est d'autant plus permis de l'adopter, que depuis la publication du travail de M. Louis, la méthode de l'auscultation nous a fourni des signes précieux que cet habile observateur n'avait pas encore constatés.
Nous diviserons en deux sections le chapitre que nous consacrons à la péricardite.
Dans la première, nous rapporterons trente-deux observations particulières de péricardite terminée par la mort, à une époque plus ou moins éloignée de son début. Nous tracerons dans la seconde section l'histoire générale de la péricardite.
Pour mettre autant de clarté que possible dans la première section de notre travail, nous avons partagé nos trentedeux observations en plusieurs catégories , caractérisées par les modifications que présentent les lésions anatomiques produites par la péricardite , selon qu'on les observe à telle ou telle période de la maladie. Cette division nous a paru moins vague que celle de péricardite aiguë et de péricardite chronique qui s'y trouve d'ailleurs implicitement comprise.
Dans la première catégorie se trouvent placées les observations relatives à la période de congestion inflammatoire et d'épanchement ou de suppuration. La seconde catégorie comprend les observations relatives à la période où commence le travail organisateur de la matière plastique de l'épanchement et la résorption de la partie liquide , période qui répond réellement à celle que l'on désigne en chirurgie sous le nom de période de cicatrisation. La troisième et dernière catégorie est affectée aux observations relatives à la période d'organisation complète de la matière plastique et de sa transformation en tissu fibro-cartilagineux , osseux , etc.
A l'appui des préceptes généraux sur le traitement , on trouvera des observations de péricardite terminée par la guérison, espèce d'observations très rares dans la plupart des recueils modernes (1).
(1) Depuis cinq ans environ qu'a paru la première édition de cet ouvrage, nous avons recueilli un grand nombre de nouveaux cas de guérison. (Voyez notre Clinique médicale et notre Traité clinique du rhumatisme articulaire. Paris, 1840, in-8°.)
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SECTION PREMIÈRE