PREMIÈRE CATÉGORIE
OBSERVATIONS DE PERICARDITE PENDANT LA PERIODE DE CONGESTION SANGUINE ET DE SÉCRÉTION PSEUDO-MEMBRANEUSE OU DE SUPPURATION.
Jeune homme de 21 ans. — Infiltration générale. — Battements du cœur tumultueux; bruit de cuir neuf et de soufflet; accès apoplectiformes. — Mort le deuxième ou troisième jour après la constatation des signes physiques de la péricardite aiguë. — Fausses membranes rugueuses, rudes comme la langue du chat, à la surface du péricarde, avec vive injection. — Concrétions fibrineuses, à demi-organisées, dans les cavités du cœur, entortillées autour des valvules tricuspide et mitrale, etc.
Ménard (Frédéric), âgé de 21 ans, né à Paris, peintre en bâtiments , d'une constitution molle et lymphatique , fut admis dans le service de 3a Clinique, le 14 mars i854 (1). Depuis huit jours , il existait une infiltration générale avec ascite commençante. Il s'était manifesté en même temps un peu de toux. Ce jeune homme attribuait l'infiltration qu'il présentait, à ce qu'il travaillait habituellement dans un endroit humide. Il était d'une gloutonnerie qui l'exposait à de fréquents dérangements des fonctions digestives , et particulièrement à une diarrhée assez abondante , maladie qu'il cherchait à dissimuler, dans Ja crainte qu'on ne lui donnât pas à manger.
(1) Quelques mois auparavant, il était entré dans le même service pour une affection gastrique, dont il fut assez promptement guéri. Nous avions remarqué, à cette époque, que la peau de l'abdomen de ce jeune homme était plissée, éraillée, comme chez une femme qui a eu un ou plusieurs enfants. La cause de cette disposition de la peau de l'abdomen tenait à ce que le malade avait eu autrefois une énorme ascite , à la suite de laquelle la peau resta plissée, comme il arrive à cette membrane après la distension qu'elle éprouve dans la grossesse.
Lorsque nous examinâmes ce malade pour la première fois, il nous fut assez difficile de trouver, soit dans le cœur, soit dans les gros vaisseaux, la cause de l'hydropisie : les bruits du cœur étaient plus clairs qu'à l'état normal ; les battements de cet organe étaient réguliers , d'une force et d'une étendue médiocres; le pouls était petit, à 120 pulsations par minute; il y avait de l'étouffement et de légères palpitations , lorsque le malade faisait quelques efforts.
Quoi qu'il en soit, au moment de l'entrée, l'infiltration était générale et très prononcée au visage ; les paupières gonflées recouvraient le globe de llœil; le ventre était volumineux et rendait un son mat dans la région des flancs ; la fluctuation n'existait que dans les parties les plus déclives. Un peu de râle sous-crépitant humide se faisait entendre dans la partie inférieure du côté gauche de la poitrine.
La langue était large, épaisse, blanche, et le malade éprouvait une soif des plus vives. Le dévoiement existait à un très haut degré.
Nous employâmes les diaphorétiques en boissons , les bains de vapeur, la digitale, le sirop de pointes d'asperges, les frictions mercurielles, un régime assez sévère. L'hydropisie avait un peu diminué , lorsque survinrent des vomissements et un gonflement de la langue, qui nous obligèrent de suspendre toute médication active.
Dans la nuit du 20 au 26 mars , le malade éprouva des étourdissements et un étouffement , pour lesquels on fit appeler M. Donné, chef de clinique; des sinapismes furent appliqués et les accidents se calmèrent. Il n'en restait presque aucune trace le matin au moment de la visite; mais à peine avais-je quitté ce malade, que l'on vint me prévenir qu'il avait tout-à-coup perdu connaissance. Ses yeux étaient tournés en haut, la respiration était stertoreuse , la bouche couverte d'écume; les membres, au lieu d'être agités
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de mouvements convulsifs, étaient clans un éiat de résolution complète.
Bruits du cœur très clairs.
Sinapismes , suivis de l'application de deux vésicatoires aux mollets.
Dans la journée du 26, il survint deux ou trois accès semblables à celui qui vient d'être décrit, et qui ne se prolongea que pendant quelques minutes.
27. La connaissance est tout-à-fait revenue. La langue, énormément gonflée, sort de la bouche, et la parole est presque impossible ; le pouls est petit, à 100 pulsations; l'infiltration fait de nouveaux progrès.
Eau de poulet , limonade citrique.
28. Peu de changement. La bouche exhale une odeur fétide , mercurielle ( 1 ).
29. Des plaques couenneuses recouvrent la langue et une partie des parois buccales. Il n'est pas survenu d'accès depuis le 27.
30. Le malade a donné hier quelques signes d'un léger délire pendant lequel il s'est levé. Pouls petit, à 88 pulsations; abattement.
Gargarisme ; même tisane, 2 bouillons.
3i. A peu près même état. L'hydropisie générale, les accidents survenus brusquement les jours précédents , m'engagèrent à explorer le cœur avec une nouvelle attention. Je soupçonnais vaguement la formation de quelque concrétion sanguine, soit dans le cœur, soit dans les gros vaisseaux.
Il existait ce jour-là dans la région précordiale un bruit de cuir neuf, mêlé d'un bruit de soufflet très fort. Ce bruit fut entendu par un grand nombre d'élèves et quelques médecins présents à la visite. On distinguait encore ce bruit, en éloignant l'oreille, à une distance d'un pouce (27 mill.) de la
(1) On a vu que le malade avait fait des frictions merruri elles.
région précordiale. Le bruit de cuir neuf, criard, existait à son maximum dans la région des cavités droites (i). Les battements du cœur étaient tumultueux . Le pouls était petit et en disharmonie avec la violence des battements du cœur, mais sa-ns irrégularité ni intermittence.
Le visage était sensiblement altéré.
Le bruit respiratoire était faible à la partie inférieure du côté gauche de la poitrine , et cette partie résonnait mal. Depuis la dernière visite , des saignements de nez avaient eu ]ieu à diverses reprises (sang ténu, aqueux, très fluide).
Diagnostic '.pèricardite avec fausses membranes.
Prescript. Eau vineuse sucrée, et sol. de. sirop de gomme; des bouilL; un biscuit. (L'eau vineuse fut prescrite en raison de la faiblesse du malade.)
1er avril. Persistance du bruit de cuir neuf et de soufflet ou de scie; dyspnée, respiration profonde, stertoreuse (20 à 24 inspir. ), pouls à 108 puis. — L'oppression augmente dans la journée, le visage se décompose, la peau se refroidit, les yeux se renversent, et la mort arrive à dix heures du soir.
Autopsie cadavérique , 36 heures après la mort.
i° Jlabit. extér. — Infiltration générale, visage gonflé, pâleur générale : la sérosité des membres est parfaitement transparente; le tissu cellulaire des bourses contient peu de ce liquide.
2° Org. circulât, et respirât. — Le péricarde adhère à la plèvre voisine; le quart gauche du cœur et du péricarde est recouvert par le poumon , le reste est à nu. Le péricarde contient environ deux cuillerées d'un liquide
(1) Il n'esl pas fait mention, dans mes notes, des résultats de la percussiun ; elle fut cependant pratiquée, et nous reconnûmes une matité de médiocre étendue.
Aujourd'hui, nous aurions recueilli plus exactement cette observation, et le traitement eût été mieux dirigé. Mais en médecine exacte, tout ne se fait ni ne s'apprend en un jour.
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roussâtre. La portion du péricarde qui revêt le sac fibreux, ainsi que celle qui se déploie sur le cœur, sont recouvertes de fausses membranes granulées, aréolées, ayant la rudesse de la langue du chat; la fausse membrane s'étend a l'origine des vaisseaux sur laquelle se réfléchit le péricarde ; une vive injection règne dans toute l'étendue de ce dernier. C'est surtout à la pointe du cœur, que la fausse membrane , rougeâtre , granulée, présente l'aspect de la langue du chat; elle se détache avec facilité , laissant au-dessous d'elle le péricarde intact, seulement un peu plus opaque qu'à l'état normal.
Le volume du cœur est augmenté d'un bon quart ; la pointe est un peu plus tournée à gauche que dans l'état normal. Le ventricule gauche est rebondi, très sensiblement plus épais qu'à son état normal. Le ventricule droit a des parois de trois lignes d'épaisseur ; il contient des cpn • crétions fibrineuses décolorées, ressemblant à de la chair , et présentant plusieurs embranchements qui sont intriqués dans les colonnes charnues. — Orifice auriculo-ventricu laire droit parfaitement libre. La valvuve tricus'pide est rougeâtre, mais pas notablement épaissie. L'orifice de l'artère pulmonaire est libre ; ses valvules sont rougeàtres , sans épaississement. L'origine de l'artère pulmonaire pré sente quelques taches d'un rouge violet. — La veine-ca\e supérieure contient du sang liquide ; sa membrane interne conserve son épaisseur et sa coloration normales.
Un caillot fibrineux s'étend depuis la partie sous-sternalt de l'aorte jusque dans le ventricule , et est intriquè dans les colonnes de la valvule mitrale ; la cavité du ventricule gauche est sensiblement normale; l'épaisseur de ce ventricule, à la base , est de 10 à 1 1 lignes et de 5 à 6 lignes au sommet ; sa substance est d'un rouge un peu pâle, d'une bonne consistance. — Les valvules aortiques présentent la même, rougeur que celles de l'artère pulmonaire. La membrane interne de l'aorte , à son origine , ainsi que tout le pour-
tour de l'ouverture , offre des taches d'un blanc jaunâtre, s'éteridant au bord adhérent de la lame voisine de la valvule bicuspide. Rougeur à la partie la plus déclive de l'aorte descendante, pectorale et abdominale. Le caillot, qui est comme roulé autour de la valvule bicuspide, augmente d'épaisseur dans l'oreillette, et là présente à sa surface du sang moins ancien, d'une couleur noire. Ce caillot commençant à s'organiser, est enveloppé, à l'extérieur, d'une espèce de couche membraneuse qui se détache facilement : il devait nécessairement gêner le cours du sang. La valvule mi traie, plus développée et plus épaisse qu'à l'état normal , présente, vers la lame qui correspond à l'ouverture aortique , une espèce de boursouflement fibro-cartilagineux , rongeâtre, criant sous le scalpel. Les tendons qui meuvent la valvule sont sensiblement hypertrophiés. L'oreillette gauche est à l'état normal sous le rapport de sa capacité. Sa membrane interne offre une teinte un peu opaline. On peut en détacher'une large couche au-dessous de laquelle apparaît la substance musculaire. Celle-ci est formée de faisceaux très rapprochés les uns des autres, d'une couleur moins rouge que celle des ventricules.
Deux ou trois verres d'un liquide sanguinolent dans la cavité gauche de la plèvre.
Le poumon gauche est léger, élastique , crépite à la pression, contient une médiocre quantité de sang et de sérosité, et ne présente aucune altération notable. La membrane interne des bronches de ce poumon est rouge et comme imbibée de sang. Le poumon droit, plus lourd que le poumon gauche, adhère à la plèvre pariétale par un tissu cellulaire infiltré de sérosité à son sommet. 11 offre une splêiiisation bien caractérisée; il s'en écoule, quand on l'incise, une sérosité sanguinolente; la substance pulmonaire est rouge et friable, et se précipite au fond de 1 eau.
5° Centres nerveux. — A l'ouverture du crâne, il s'est écoulé peu de sérosité ; la surface du cerveau est légère-
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ment liumide ; une petite quantité de sérosité abreuve les mailles de la pie-mère. Substance cérébrale d'une bonne consistance, eu égard au temps écoulé depuis la mort. Les ventricules ne contiennent que quelques gouttes de sérosité.
La substance du cervelet et de la moelle allongée présente sa consistance normale.
4° Organes digest. et annex. — A l'ouverture de l'abdomen , il s'est écoulé une grande quantité d'une sérosité tout-à-fait limpide, et le péritoine est parfaitement sain.
La membrane interne de l'estomac, recouverte de mucus, offre une teinte rouge, violacée, plus prononcée vers le grand cul-de-sac.
La rate et le foie présentent, à l'extérieur , une teinte légèrement azurée.
La partie supérieure du tube digestif a ses parois épaissies, légèrement infiltrées. Il existe une certaine quantité de bile jaune ou verdàtre vers la partie moyenne de l'intestin. Les plaques de Peyer n'offrent pas de développement insolite. Matières fécales d'une assez bonne consistance clans le cœcum et le colon : la valvule iléo-coecale est épaissie , d'un rouge brunâtre , coloration qui se prolonge dans le colon ascendant , où l'on rencontre des ulcérations évidemment anciennes, à bords frangés, tendant à la cicatrisation. Celte altération s'étend au colon transverse, qui offre un aspect comme tigré : là, les ulcérations sont innombrables, contluentes , et elles sont accompagnées d'un épaississement du tissu cellulaire sous-muqueux.
La vessie est distendue par une grande quantité d'urine limpide ; ses parois sont assez épaisses malgré la distension. La membrane interne est d'un blanc parfait.
Réflexions. — Piien n'annonçait l'existence d'une péricardite au moment où le malade fut conduit à l'hôpital. Les accidents nerveux qui survinrent quelques jours après
lurent passagers et ne se liaient point à une inflammation actuelle du péricarde (1).
Il est donc infiniment probable que l'origine de la péricardite aiguë date réellement d'une époque postérieure à colle de l'entrée, sans qu'il me soit possible de bien préciser cette époque. Le malade, déjà profondément affaibli par la longue diarrhée qui le consumait, a partant succombé à une péricardite aiguë dans un espace de temps tissez court. Déjà cependant une exsudation pseudo-membraneuse recouvrait de toutes parts le cœur, et deux cuillerées environ d'un liquide roussâtre s'étaient épanchées dans la cavité du péricarde.
line exsudation de ce genre peut se former avec plus de rapidité encore , comme le prouve la première des observations de péricardite contenues dans la Clinique médicale de M. le professeur Andral. Le sujet de cette observation fut enlevé en vingt-sept heures par une péricardite suraiguë, survenue pendant le cours d'un rhumatisme articulaire aigu , et déjà « la totalité de la surface interne du péricarde » était tapissée par une exsudation blanchâtre, molle, mera- » braniforme , et offrant un aspect comme aréole. Au-des- >< sous de cette exsudation , on observait une vive rougeur » du péricarde. Il n'y avait pas , à proprement parler , de li- » quide épanché dans son intérieur ; on en retira tout au »ptus une once de sérosité verdâtre. »
Sans les signes fournis par la percussion et surtout l'auscultation, il nous eût été complètement impossible de diagnostiquer une péricardite dans le cas précédent. Mais le bruit du frottement péricardiq ne et spécialement le bruit de
{1} Il me parait probable que l'atïYiblissement cachectique était, sinon la cause unique, au moins la principale cause de l'hydropisie qui existait déjà ai* ii: omenl de l'entrée. L'autopsie Gt voir, il est vrai, des traces d'une ancienne lésion du cœur; mais elles étaient telles qu'elles ne pouvaient apporter un grand obstacle à la circulation veineuse.
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cuir neuf, chez un homme dont les battements violents et tumultueux du cœur coïncidaient avec un pouls petit, ne pouvaient réellement être rapportés qu'à une péricardite aiguë avec ou sans endocardite.
Nous n'avons aucune donnée précise sur la cause de la péricardite de Ménard : il nous parait probable que le malade se sera exposé au froid, soit en se levant pour aller à la garde-robe , comme cela lui arrivait plusieurs fois le jour et la nuit (il se leva aussi pendant le délire passager de la nuit du 5o), et que cette circonstance, chez un individu prédisposé, aura pu faire éclater la péricardite. Au reste, nous rapporterons plus loin des observations propres à démontrer quelle est l'influence des alternatives de chaud et de refroidissement dans le développement de celte phlegmasie.
Le traitement a été à peu près nul. Nous n'osâmes point recourir à des émissions sanguines chez un sujet qui n'avait pour ainsi étire que de l'eau dans les veines , et dont la faiblesse radirnie était telle, qu'à chaque instant, indépendamment de la péricardite, il était menacé de tomber en défaillance. D'un autre côté, il lui était survenu de copieuses hémorrhagies nasales, qui nous parurent ici une nouvelle contre-indication aux émissions sanguines. On verra , d'ailleurs, plus loin, si nous sommes avare de ce moyen , quand il convient de l'employer.
L'observation qui suit vient elle-même a propos pour donner au lecteur une idée de la vigueur avec laquelle nous pratiquons les émissions sanguines clans les cas de violente et très grave inflammation.
Il existait chez Ménard une complication à' endocardite, et son observation, sous plusieurs rapports, offre une grande analogie avec la première observation que nous rapporterons au chapitre de l'endocardite.
36o MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
Jeune homme de 22 ans. — Pleuro-pneumonie compliquée de péricardite. — Guérison. — Nouvelle pleuro-pneumonie également compliquée de péricardite. — Mort le cinquième jour. — Épanchement séro-purulent et fausses membranes récentes dans le péricarde ; fausses membranes anciennes, bien organisées, séro-fibreuses. — Ramollissement gris de presque tout le poumon gauche ( suppuration). — Fausses membranes organisées de la plèvre.
Guyot (Jean), âgé de 22 ans, boulanger, d'une constitution robuste et sanguine, fut admis à la clinique (n° 7, salie Saint-Jean-de-Dieu), le 21 avril 1 834* Dans la nuit du jo,, à 2 heures du malin, il sortit pour travailler, étant en sueur et vêtu comme on l'est dans sa profession. Un violent frisson, un point de côté droit des plus douloureux, le forcèrent bientôt à quitter son ouvrage et à se recoucher.
Lorsque nous le vîmes pour la première fois, à la visite du 2'i , il offrait tous les symptômes de l'une des plus violentes pleuro-pneumonies doubles qui se soient présentées à la clinique. Huit saignées du bras, diverses applications de sangsues et de ventouses scarifiées, des vésicatoires , plus lard quelques légers purgatifs , firent enfin justice de cette terrible maladie, que plusieurs assistants avaient jugée au dessus de toutes les ressources de l'art, et dont je ne rapporte pas les longs détails, dans la crainte de donner trop d'étendue à cette observation.
Guyot, très bien guéri, mangeait la demie depuis près (ie quinze jours et aidait la sœur de la salle dans le service des autres malades , lorsque le 5 mai , dans la soirée , il fut pris de frisson , de fièvre , de céphalalgie , d'oppression , de toux avec crachats rouilles.
4 mai, à la visite. Des crachats visqueux, adhérents , rouilles, une grande oppression, un point de côté, le râle crépitant, le souffle bronchique et une broncho-égophonie très forte, la matité, ne permettaient pas de méconnaître le développement d'une nouvelle pleuro-pneumonie. Il y
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avait 48 à hi inspirations par minute; le pouls était plein, à 1 20 puis, par min.; la peau brûlante, un peu halitueuse; l'anxiété extrême: le visage grippé.
Nous négligeâmes alors l'exploration de la région précordiale, le malade. n'accusant point de douleur dans celte région, et la pi euro-pneumonie nous paraissant, d'ailleurs, suffisamment expliquer tous les accidents.
Prescription. Saignée de trois palett. ; 3o sangs, poit. ; catapl. ; looch-lhrid. ; diète.
5. Peau sèche, aride, brûlante; pouls à 120-124, dur et tendu ; persistance de la dyspnée , de l'anxiété et des signes caractéristiques de la pleura -pneumonie.
Les bruits du cœur sont tellement sourds, qu'on a de la peine à les distinguer (1).
Je prescris une nouvelle saignée et des ventouses scarifiées sur la poitrine. Mais ce malheureux , qui a déjà dû la vie une première fois à ces moyens , les refuse opiniâtrement.
Le soir, le pouls est à i4o, et s'est rapetissé. 11 est survenu du dévoiement.
6 et 7. Les accidents continuent à s'aggraver; la suffocation est imminente (5a inspirât.). Le malade persiste dans son relus des émissions sanguines : en conséquence huit grains [l\décigr.) d'émétique dans six onces (187 grain.) d'une potion gommeuse lui sont administrés.
S. Le malade, vaincu par la force du mal, me fait dire qu'il consent à ce qu'on le saigne. Mais, hélas! il était trop tard: pouls misérable, décomposition des traits, refroidissement des extrémités, étouffement. On se borne à faire
(1) Nous n'avions qu'à pratiquer la percussion de la région précordiale, et nous eussions reconnu l'existence d'une péricardite, sur-ajoutée à la pleuropneumonie. Mais cette dernière maladie absorbait tellement toute notre attention , que l'état des bruits du cœur ne put nous engager à chercher autre chose. Aujourd'hui que, éclairé par l'expérience du passé, nous examinons toujours avec soin la région jn écordiale, la péricardite ne nous échappe plus.
couvrir les membres inférieurs de sinapismes , et la mort arrive dans la journée.
Autopsie cadavérique , quatorze heures après la mort.
i° Organ. circul. etresp. — Le péricarde contient un verre environ d'un liquide séro-purulent. Sa face interne est tapissée d'une fausse membrane aréolée, molle, friable, non oncore organisée, et se détachant à la manière d'une pulpe de consistance médiocre. Au-dessous de Cette membrane amorphe, existent d'autres membranes accidentelles, plus anciennes, déjà bien organisées, offrant un aspect blanchâtre , laiteux , et recouvrant le cœur dans presque toute son étendue. Une rougeur vive -, poinlillée , sanglante , se remarque dans les deux feuillets du péricarde.
L'intérieur des cavités du cœur est plutôt décoloré que rouge , même dans la région des valvules. Les cavités gauches contiennent des caillots ambrés , entortillés autour des tendons de la valvule mitrale.
Fausses membranes molles, fibrineuses, récentes, dans le côté droit de la poitrine, où l'on trouve, de plus, des adhérences plus anciennes, organisées en tissu cellulo-fibreux. *— Poumon droit gorgé de sang et de sérosité , encore un peu crépitant.
Le côté gauche contient un verre environ de sang, mêlé de pus : on y voit aussi des couches fibreuses accidentelles superposées, et dont quelques portions sont déjà passées à l'état cartilagineux. La scissure a complètement disparu par l'effet de ses adhérences anormales. Le poumon gauche ne crépite nulle part, si ce n'est à son sommet; partout ailleurs , il est le siège d'un ramollissement gris ou d'une infiltration purulente.
2° Organ. digest. — L'estomac , vers sa petite courbure, offre des stries rouges, des raies comme sanglantes , analogues à celles que l'on rencontre à la suite de l'administration de l'émétique chez les animaux qu'on empêche en même temps de vomir; on remarque des vergetures dans
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la région pylorique. La consistance de la membrane muqueuse n'est pas très notablement altérée.
Le gros intestin contient un énorme ver lombricoïde ; la muqueuse du cœcum est rouge et injectée.
Réflexions. — Cette observation offre de l'intérêt sous un double point de vue. Deux fois, dans l'espace de six semaines , le jeune homme qui en fait le sujet a été frappé de pleuro-pneumonie compliquée de péricardite, et deux fois la péricardite a été méconnue, parce que nous avons consacré presque exclusivement notre attention à l'exploration des organes de la respiration.
Le fait qui précède et plusieurs de ceux qui suivent, démontrent que chez ce malade la péricardite eût été facilement diagnostiquée , si l'on eût songé à mettre en usage les méthodes d'exploration convenables. L'éloignement et l'obscurité des bruits du cœur, constatés comme en passant, pendant la seconde maladie, auraient bien dû nous mettre sur la voie du diagnostic de la péricardite, si, encore une fois, nous n'eussions trouvé dans la violente pleuro-pneumonie que nous avions sous les yeux , de quoi nous rendre raison de tout ce que nous observions. Notez que les mouvements du cœur ont conservé leur régularité , et que le malade ne s'est jamais plaint de douleur dans la région précordiale elle-même.
J'ai avancé que le malade avait deux fois été atteint de péricardite : je ne pense pas qu'on puisse me contredire à cet égard. Il est, en effet, par trop probable, pour ne pas dire plus , que les fausses membranes fibreuses , laiteuses, sous-jacentes aux fausses membranes molles et récentes du péricarde , étaient les traces de la péricardite qui existait lors de la première maladie , comme les fausses membranes organisées de la plèvre , sous-jacentes aux productions pseudo-membraneuses récentes, étaient les traces de la double pleuro-pneumonie qui fut constatée au moment de l'entrée. D'où il suit, et c'est là un point d'une haute
36ij MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
importance, que nous n'avons pas guéri seulement, d'abord, une double pleuro-pneumonie, mais aussi une péricardite générale qui la compliquait. Or, si l'on peut triompher ainsi d'une péricardite aiguë coïncidant avec une double pneumonie également aiguë, certes on peut espérer que la péricardite simple cédera , dans la plupart des cas , à une saine et vigoureuse thérapeutique. C'est là une précieuse vérité que nous croyons pouvoir démontrer à nos lecteurs par les faits qui seront rapportés dans notre troisième article. Ce n'est d'ailleurs que le témoignage des faits les plus positifs qu'il nous soit ainsi permis d'opposer aux désolantes assertions de Corvisart et de quelques autres.
Une question se présente maintenant : le malade eût-il été sauvé une seconde fois, s'il ne se fût opiniâtrement refusé a la méthode des émissions sanguines? Il est difficile de répondre d'une manière positive à cette question. Il est bien certain que la première maladie était pour le moins aussi grave en elle-même que la seconde. Mais le malade avait alors une force de résistance et une plénitude de sang qui lui manquaient en partie lors de la dernière maladie.
OBSEUVATION ôr.
Jeune homme, de 16 ans. — Contractions générales létaniformes ; accès fréquents de suffocation, par suite de la contraction spasmodique des muscles de la glotte. — Disparition presque complète de tous les accidents, sous l'influence de larges émissions sanguines et de l'opium à haute dose. — Mort le sixième jour, à la suite d une rechute produite par un bain froid. — Augmentation de consistance de la moelle dans toute son étendue, si ce n'est dans un point de sa portion cervicale où l'on trouve un foyer de ramollissement.— Pus dans le péricarde.
Contesse (Michel) , âgé de iG ans, fortement constitué , visage coloré, fut admis à la clinique (n° 18, salle Saint- Jean-de-Dieu), le ier mars 1 83~4- Pendant six mois, il avait couché sur un matelas étendu sur le plancher d'une chambre humide et nouvellement bâtie. Le 1 1 février, il se trouva assez indisposé pour être obligé de cesser son travail