ACARDIE ; — DIMINUTION DU NOMBRE DES PARTIES CONSTITUANTES DU COEUR
I. Dans son savant mémoire sur les acéphales (i),Béclard a rapporté plusieurs cas d'acardie. Les observations xie, xn% xive , xve, xvi* , xrnr , par exemple , appartiennent à cette catégorie des monstruosités. Nous ne rapporterons ici que l'observation xvie, dans laquelle on trouve une particularité tout-à-fait singulière ; la voici :
OBSERVATION f88«.
En 1720, il naquit à Bologne une fille acéphale qui exécuta quelques mouvements : elle avait pour jumelle une autre fille bien conformée; elles avaient un placenta commun, et chacune d'elles avait un cordon ombilical. Elle était dépourvue de tête et de bras ; ses orteils offraient quelques difformités. A l'intérieur, elle n'avait ni cœur, ni poumons, ni diaphragme, ni foie , ni rate, ni capsules surrénales. Elle avait une moelle épinière , des reins , une vessie , un estomac, des intestins, un utérus avec ses annexes. Elle avait aussi des muscles et de la graisse.
Ce fait, observé par Vogli , fut adressé à Valisnieri, qui en douta long-temps , quoiqu'il en connût un semblable dans Gérard Blasius, et qui ne fut convaincu que
(I) Koy. ce Mémoire dans les tomes IV et V des Bulletins de la Faculté de médecine.
par l'autorité de Bianchi et de Valsalva , témoins oculaires (1).
Suivant Béclard , le cœur manquant dans tous les acéphales (2), quoique, clans un assez grand nombre , les parois de la poitrine persistent en grande partie ou en totalité même , cela exclut Vidée d'une destruction consécutive à son déplacement. Quelques observations, ajoute Béclard, semblent indiquer positivement qu'il se détruit par atrophie. En dernière analyse , tout en admettant comme probable que dans une destruction très étendue de la moelle qui entraîne à sa suite celle des parois du thorax, la destruction du cœur puisse dépendre de son déplacement, Béclard pense qu'en général l'absence du cœur doit être considérée comme une conséquence de la destruction du centre d'oïl part son nerf(i).
Il faut placer au rang des contes les plus absurdes ce qu'on a écrit sur l'absence du cœur chez les adultes. Le temps n'est plus où l'on oserait dire qu'on ne trouva pas de cœur chez les victimes sacrifiées par César le jour où il revêtit la pourpre , qu'un soldat romain n'offrit aucun vestige de cœur , etc.
II. Au lieu de l'absence complète du cœur, il est des cas où l'on ne rencontre que l'absence d'une des deux moitiés dont il est composé. Kreisig a indiqué ce vice de conforma-
(1) Malgré le témoignage respectable d'hommes tels que Valsalva et Bianchi, n'est-il pas permis de douter qu'un monstre sans cœur, sans poumons, sans diaphragme, ait réellement exécuté des mouvements après sa naissance?
(2) Quelques uns des acéphales dont Béclard a rapporté les observations offraient cependant des vestiges ou des rudiments du cœur.
(3) Béclard généralisant ce rapport, termine ainsi son Mémoire sur Yacé phalie s « Les acéphales ont éprouvé au commencement de la vie intra-utérine » une maladie accidentelle qui a produit l'atrophie ou la destruction de a » moelle allongée et de la partie supérieure de la moelle épinière, et toutes les » irrégularités apparentes qu'ils présentent sont la conséquence naturelle et plus » ou moins directe de cet accident. »