‹ Traitâe clinique des maladies du cœurChapitre 12 sur 125 · Air d'abattement; pesanteur et tournoiements de lêle · texte numérisé non relu

Air d'abattement; pesanteur et tournoiements de lêle

en se levant ; sommeil passable; réponses nettes; un peu d'hébétude dans le regard ; point d'éruption typhoïde.

Lèvres et narines un peu sèches, pourtour de la bouche jaune; langue rosée, humide, avec pupilles un peu développées: salive non acide , haleine aigrelette, inappétence, soif vive; ballonnement de la région sous-ombilicale sans douleur; quelques borborygmes dans le flanc droit.

Chaleur assez modérée, à 54-35° c. sur le ventre; point de sueurs ni de sudamina; pouls à 84-88, assez développé, mais mou et redoublé.

Respiration à 24; murmure vésiculaire faible en arrière en bas des deux côtes, un peu humide. — ( Saign. 5 pal., matin et soir; vent, scarif. ventre^ pal.; sol. sir. gom. ch/orur.; sotùt. sirop, gros.; catap. chlor. ; lai', èinoll.; diète.

26. Un peu de mieux ; ventre encore ballonné; deux selles. Pas de couenne sur les caillots des saignées, lesquels ne

sont pas rétractés et se rompent facilement. — Les rondelles des ventouses sont molles, petites, en grumeaux.

Depuis la seconde saignée , il existe un bruit de diable sibilant ou musical dans la carotide droite et un léger souffle au premier temps dans la région précordiale. — ( Vent, scarif. abdom. "h pal. — Le reste idem. — Les ventouses ne furent pas appliquées.)

27. Assez bien ; moiteur légère avec quelques sudamina dans les régions sous-claviculaires ; pouls à 84-88, mou, comme fluctuant , non redoublé ; le reste à peu près comme la veille. — (Vent, scarif. abdom. 'h pal. — Le t^este idem.)

28. Persistance de la céphalalgie ; réponses brèves, brusques; respiration accélérée; pas de toux; toujours bruit de diable dans la carotide droite.

Sang des ventouses mou. — (vent, scarif. 1 pal. a chaque apopky. ma st.)

29. Pouls à 8S-92 , fluctuant, avec bruissement ou frémissement vibratoire ; du reste , à peu près même état. (Glace pilée sur la tète.)

00. Pouls développé , mais très mou, à 100; un peu de tension sans douleur ni gargouillement dans le flanc

droit.

Respiration très accélérée; crachats visqueux, les uns muqueux, les autres albumineux. — ( Compr. vinaig. sur le front, )

3i. Pouls à 96, fluctuant, mais assez large, saccadé, convulsif, -vibrant; respiration toujours très accélérée; tension, ballonnement, gargouillement dans la région iléo-cœcale. On ne trouve rien d'anormal dans les bruits du cœur, si ce n'est un peu de souffle au premier temps. — [Poésie, camph. aux mollets.)

1e1 août. Pouls à 108-1 12 ; sentiment de froid et tremblottement des membres; respiration toujours très accélérée. — (Lav. musc i5 centig.)

2. Le bruit de soufflet au premier temps est très prononcé; pouls à 92-96 , toujours mou et fluctuant...

3. Le malade dit se trouver un peu mieux ; moiteur; pouls à 96 , toujours mou et en même temps comme convulsif, fluctuant, avec frémissement vibratoire; le bruit de souffle du cœur toujours très marqué...

4. Sueur générale, pouls comme la veille (il s'est élevé à 120 le soir, et le malade en délire a voulu se lever;.— (Un bouillon. — Le reste idem.)

5. Pouls à 112-116, d'ailleurs le même... ballonnement du ventre , gargouillement iléo-cœcal. {Même prescription.)

6 et 7. Peu de changement; persistance de l'état indiqué du pouls et du souffle à la région précordiale; agitation nerveuse , spasmodique. (Fésicat. aux cuisses , le 7 ; bouill., gelée de groseilles, un léger pot. au riz.)

8. Celte nuit, le malade a arraché ses vésicatoires; pouls à 1 20 ; même agitation nerveuse et comme spasmodique au milieu de laquelle le malade succombe à 11 heures du soir.

Autopsie cadavcr'upie , 10 heures après la mort.

1° Habit, extér. — Aucune trace de décomposition cada-

vérique ; aucun indice d'imbibition cadavérique des tissus. 20 Org. digcst. et annex. — Estomac fortement dilaté par des gaz; sa membrane muqueuse est d'un blanc un peu mat, assez molle (nulle part elle ne présente de rougeur ni d'injection). Le duodénum et le jéjunum contiennent une grande quantité de bile, et offrent çà et là une rougeur lilas ou hortensia. En tirant vers la fin de l'iléon on aperçoit une éruption de granulations qui devient de plus en plus confluenle , à mesure qu'on approche de la valvule iléo-cœcale, accompagnée dans plusieurs points d'une belle injection. Celle éruption granuleuse et l'injection rouge se rencontrent aussi dans le cœcum et dans les trois portions du colon. Point d'ulcération ni d'autre altération notable des glandes de Peyer. Ganglions mésenlériques volumineux, tuméfiés, quelques uns offrant un état crétacé et fournissant à la pression une matière tuberculeuse ( altération évidemment antérieure à la maladie à laquelle le sujet a succombé) .

Les ganglions du grand sympathique ont paru très développés. — Foie volumineux , facile à déchirer.

L'urine que contient la vessie est encore chaude ; la membrane muqueuse vésicale est d'un beau blanc.

3° Org. circulât, et respirât. — 11 existe sur la pointe du cœur de petites masses de matière fibrineuse , blanchâtre, quelques granulations pseudo-membraneuses sur l'oreillette droite et l'origine de l'artère pulmonaire. D'un bon tiers plus volumineux qu'à l'état normal, cet organe est gorgé de caillots de sang; un de ces caillots remplit et distend les cavités droites : il est fibrineux , d'un blanc un peu jaune, ce qui lui donne quelque ressemblance avec une masse de graisse. La membrane interne de ces cavités et celle de l'artère pulmonaire offrent une teinte d'un blanc mat. La valvule tricuspide , bien conformée, est un peu boursouflée et légèrement opaline ; il en est de même des valvules de l'artère pulmonaire. Les parois du ventricule

droit, sensiblement épaissies, ont 5 lignes (7 millim.) d'épaisseur vers la base.

Le ventricule gauche contient un caillot volumineux , élastique , en partie décoloré, et dont une portion , adhérente à deux des valvules de l'artère aorte, forme une masse de la grosseur d'une amande, inégale et grenue à sa surl'ace , à l'instar d'un calcul mural. Détachée des valvules auxquelles elle adhère., et pressée entre les doigts, cette masse s'est écrasée comme une sorte de matière alhéromateuse. Une partie de cette concrétion , friable et granuleuse, est restée, après l'ablation, adhérente à la surface des valvules aortiques indiquées, d'où la concrétion fibrineuse s'étendait à la valvule mitrale. Comme déchirées à leur bord libre , les valvules aortiques sont considérablement épaissies ailleurs, mais l'épaississement tient en partie à la présence de la couche fibrineuse qui les tapisse. Elles offrent, ainsi que la valvule mitrale, une rougeur rosée qui tranche sur la couleur jaune-nankin pâle de la membrane interne de l'aorte. En examinant de plus près et avec un nouveau soin les valvules aortiques , on s'aperçoit qu'outre la déchirure indiquée , il existe à la base même de l'aorte ou à l'insertion de ses valvules une perforation qui la fait communiquer avec l'oreillette gauche : cette perforation admet le bout du petit doigt , et offre une circonférence frangée. Cette ouverture accidentelle était obstruée par une masse grenue, fibrineuse, analogue à celle décrite plus haut, et comme celle-ci, offrait la grosseur d'une amande. L'orilice aortique était en partie obstrué par la présence des masses fibrin^uses dont il vient d'être question.

La valvule bicuspide, d'un rouge un peu plus prononcé que celui des valvules aortiques, était généralement épaissie et comme fongueuse (son bord libre était induré, un peu cartilaginisé , lésion probablement antérieure à celles qui viennent d'être décrites). Toute la membrane interne

PREM. CATÉG. D'oBSERVATfONS d'eïSDCCARDITE. 8l

des cavités gauches offre une couleur d'un rouge brique mêlée d'une teinte opaline. Il n'existe réellement aucune trace d'imbibition cadavérique dans les diverses cavités du cœur, non plus que dans celle des gros vaisseaux.

Ëpanchement d'une médiocre quantité d'une sérosité légèrement rougie dans les deux côtés de la poitrine , mais principalement dans le côté droit. La partie postérieure de chaque poumon crépite à peine à la pression, et offre une consistance analogue à celle de la rate; elle se déchire facilement, et il s'en écoule à la pression un liquide spumeux, séro-sanguinolent pour le poumon gauche, plus épais, lie de vin pour le droit. (Splénisation.)

4° Centres nerveux. — Rien de bien notable.

OBSERVATION 84e.

Jeune homme de 23 ans. — Symptômes de rougeole avec faible éruption, fièvre forte, et bronchite capillaire intense mêlée de pneumonie bâtarde ou lobulaire. — Plus tard , obscurcissement des bruits du cœur, bruit de soufflet au premier temps. — Mort. — Caillot fibrineux, couenneux, blanc, dans les cavités du cœur; rougeur des valvules gauches avec granulations sur la bicuspide, sans aucune trace d'imbibition cadavérique. — Traces d'inflammation avec suppuration des bronches et du poumon; emphysème.

L'héram, âgé de 20 ans, maçon, d'une constitution de force moyenne, était malade depuis quatre jours , lorsqu'il fut admis h la Clinique , le 28 juin 1837.

Il y a quatre jours, frisson; mal de tête ; brûlement et picotement des yeux ; rhume de cerveau (coryza) ; rhume de poitrine avec fièvre forte.

Depuis le commencement de sa maladie , le malade a gardé le lit. Un de ses amis a eu dans son voisinage la rougeole.

22 juin, soir. Céphalalgie générale, mais surtout frontale ; paupières tuméfiées ; yeux rouges et larmoyants ; bas du visage jaune ; point d'étourdissements ni de bourdonnements d'oreilles, ni d'épistaxis , coryza; éternument; n. 6

picotements au nez; chaleur élevée et sécheresse de la peau qui offre en arrière du tronc quelques taches rouges discrètes, rubéoliques, mêlées à des traces de piqûres de puce et à une éruption de prurigo; lèvres sèches; langue rouge à sa circonférence, un peu blanchâtre au milieu; soif vive; inappétence ; bouche amère (depuis son entrée le malade a vomi trois fois la tisane qu'il avait prise) ; ventre indolent; un peu de gargouillement dans le flanc droit; deux selles liquides aujourd'hui, sans coliques; pouls à 120, plein, assez résistant, médiocrement développé; toux fréquente avec douleur sous-sternale et picotement au larynx ; crachats muqueux, opaques, floconneux ; résonnance bonne partout; respiration sèche en avant des deux côtés, avec râle muqueux à droite; râle muqueux en arrière des deux côtés, très fin en bas des deux côtés, où il se rapproche du râle sous-crépitant.

Courbature; faiblesse; le malade est venu à pied à l'hôpital, mais il a été obligé de s'arrêter deux fois en route. {Saignée de 4 palettes.)

29. Toux; larmoiement; éruption générale de taches rouges et discrètes, à peine élevées au-dessus du niveau de la peau, évidemment rubéoliques; peau chaude et sèche; prostration et gémissements; pouls à 104, passablement développé et redoublé ; deux vomissements depuis hier soir; pas de rougeur ni de gonflement notable au fond de la bouche; gargouillement dans les flancs ; deux selles liquides depuis hier soir; à droite en arrière, râle muqueux, fin et voisin du râle crépitant tout-à-fait en bas; râle muqueux, fin et sec, imitant le râle crépitant à droite , en avant, en bas; respiration sèche ailleurs. Bruits du cœur secs; battements forts, accompagnés d'un tintement auriculo-métallique ; température abdominale à 370 c.

Caillot delà saignée non rétracté avec couenne mince e; facile à déchirer, se cassant net. {Saignée de 5 pal.; ven\ scarif. côté droit 5 pal.; catapl. sur le côté; viol. guim. sir

PREM. CATÉG. D'OBSERVATIONS d' ENDOCARDITE. 83

somme; sol. sir. gros.; 1/2 lavem. amidon; catapl. sur le -ventre ; diète.)

5o. Crachats muqueux, détachés, en grumeaux, jaunesverdâtres, nageant dans un liquide albumineux; pouls à 112-116; chaleur vive; sécheresse et aridité de la peau (température abdominale à 5G° c.) ; éruption rubéolique peu marquée et peu abondante; enchifrènement et enrouement; râle muqueux, fin à droite en avant; à gauche et à droite en arrière résonnance faible dans les 2/3 inférieurs où existe un râle fin , plutôt crépitant que muqueux ; 02 à 36 inspirations.

Bruits du cœur obscurcis , voilés.

Couenne mince , incomplète , molle et demi-transparente sur le caillot de la saignée, qui est mou; sérosité du sang des ventouses rougie ; rondelles amorphes, confondues en une sorte de magma. [Saignée de 3 pal.; vent, scarif. sur la rég. du cœur 2 pal., sur le reste de la poit. 2 pal. ; lav.; diète.)

ier juillet. Point de soulagement : abattement et prostration; pouls à 124-128; chaleur élevée et sécheresse de la peau.

Bruits du cœur de plus en plus étouffés.

Râle muqueux fin des deux côtés en avant et en arrière en tas, surtout à droite; crachats les mêmes; sang de la saignée offrant une couenne mince ; caillot moins mou; rondelles des ventouses moins molasses ; la sérosité moins rougie. [Vèsicat. sur le côté droit , etvésicat. sur la région du cœur ; sinapismes aux jambes ; julep avec belladone 5 centigr.)

2 juillet. Toujours de la prostration et de l'abattement; pouls à 120; crachats puriformes et cendrés.

Bruit de soufflet dans la région du cœur au premier temps, avec impulsion forte. Ce bruit de soufflet du cœur est plus sec et plus râpeux que celui des sujets anémiques.

Bruit de diable dans les carotides. ( Digit. 3 décigr. dans le julep; sinap. aux pieds ; diète.)

o. Hier un peu de vomissement; toujours grand abatte-

ment; agitation; pouls à 128-102; respiration à 4°-44î peau très chaude et sèche; éruption rubéolique tout-à-fait disparue.

Impulsion forte du cœur avec bruits sourds et étouffés.

4. Crachats mucoso-puriformes; pouls à 128; abattement; prostration; respiration à 4o-44î même état du coeur que la veille. (Sinap. aux- pieds ,• lav. taxât.; julep digit.; diète. )

Mort à quatre heures du soir.

Autopsie cadavérique , 17 heures après la mort.

i° Habit, cxtér. — Nulle trace de décomposition putride.

20 Org. respirât. — Adhérences anciennes et légères en dehors et en arrière du poumon droit, avec emphysème général de ce poumon , lequel est hépatisé aux deuxième et troisième degrés au sommet; adhérences en avant, en dehors et en arrière du poumon gauche , qui est hépatisé aux deuxième et troisième degrés dans son lobe supérieur (suppuration interstitielle : le pus est lie de vin) , hépatisé en rouge en bas, en arrière, emphysémateux dans les autres points de son étendue. — Dilatation et rougeur des bronches jusque dans leurs dernières terminaisons, rougeur très prononcée surtout dans les points hépatisés ; il s'en est écoulé une matière plus purulente que muqueuse.

5° Org. circulât. — Caillots de sang noir dans les vaisseaux pulmonaires jusque dans leurs dernières terminaisons (là ils sont en partie décolorés, blanchâtres).

Plaques blanchâtres et opalines au nombre de 4 à 5 , tant sur la face antérieure que sur la face postérieure du cœur. Dans les cavités droites, caillot blanc, décoloré, fibrineux, adhérent, entortillé autour de la valvule tricuspide, avec blancheur ou teinte opaline de la membrane interne et des valvules, sans épaississement (le caillot se prolonge dans l'artère pulmonaire et ses divisions). Dans les cavités gauches, caillot fibrineux d'un blanc grisâtre, adhérant très intimement aux parois du ventricule et â la valvule mitrale ,

se prolongeant dans l'aorte sous forme d'un cordon blanc, élastique , revenant sur lui-même a l'instar de la gomme élastique quand il a été allongé ; rougeur d'un beau rose sans notable épais sis sèment des 'valvules sigmoïdes de l'aorte; rougeur un peu plus joncée de la valvule mitrale , avec quelques petites granulations sur son bord libre ; rougeur vive de la membrane interne de l'oreillette gauche dans le voisinage de la valvule ; le contraste de la couleur de ces cavités avec celle des cavités droites, a frappé tous les assistants,- un léger reflet rouge existe à l'intérieur de l'aorte dans le voisinage des valvules. Partout ailleurs, la membrane interne de cette artère , ainsi que celle de l'artère pulmonaire , offrent une blancheur pure, parfaite , et nulle part il n'existe le moindre indice d ' imbibition cadavérique.

Org. digest. — Estomac sans altération notable; deux à trois petits calculs noirâtres et arrondis dans la vésicule b iliaire.

Page 1