Le malade est mort subitement à une heure du matin
Autopsie cadav., 8 heures après la mort (1),
i* Habit extèr. — Un peu d'infiltration aux membres inférieurs.
20 Org. respir. et circul. — Epanchement d'une assez grande quantité de sérosité dans les deux cavités de la poitrine, mais surtout à droite. A gauche , la cavité pleurale est partagée en deux par une cloison pseudo-membraneuse, disposée eu manière de diaphragme. — Le poumon gauche offre des adhérences dans ses quatre cinquièmes inférieurs. — Le poumon droit est libre et offre quelques points emphysémateux, et un engouement dans son quart inférieur.
Le péricarde contient une assez grande quantité d'un liquide séreux, verdàtre , non floconneux. Le cœur est tellement augmenté de volume , qu'il remplit à lui seul une grande partie de la base de la poitrine. A la face antérieure de cet organe, existe une plaque fibreuse d'un blanc laiteux.
Le ventricule gauche , considérablement hypertrophié , est en même temps diiaté , à tel point qu'il pourrait conte-
(I) Je rédige cette ouverture d'après les notes qui m'ont été remises par M. Montault (j'étais absent de Paris quand elle fut faite).
nir le poing. Dans celte cavité , on rencontre un caillot fibrineux, solide, organisé, qui se prolonge clans l'aorte. Des plaques cartilagineuses, très épaisses , existent à l'origine de cette dernière ; les valvules aorliques sont rétractées , comme ratatinées ou recroquevillées , de telle sorte qu'étant abaissées elles laissent encore entre elles une ouverture, une sorte de lumière capable de contenir le petit doigt; ces valvules sont épaissies et transformées en tissu fibro-cartilagineux. Depuis son origine, jusqu'à son passage à travers les piliers du diaphragme , l'aorte est plaquée de lames fibro-cartilagineuses ou calcaires , dont quelques unes font saillie à l'intérieur du vaisseau; des plaques semblables se remarquent clans les artères qui naissent de la crosse de l'aorte. Les parois de l'artère radiale sont notablement épaissies.
La valvule mitrale est considérablement épaissie, principalement dans la moitié qui est la plus voisine des valvules aorliques ; l'épaississement affecte spécialement le bord libre de la valvule. D'ailleurs , l'orifice auriculo-ventricuïaire gauche n'est pas rétréci.
La valvule tricuspide, un peu blanchâtre , est légèrement épaissie à son bord libre , sans rétrécissement de l'orifice auquel elle est adaptée.
Les valvules de l'artère pulmonaire sont parfaitement saines.
3° Org. digest. et annex. — Le foie est gorgé de sang noir ; il en de même de la rate. — La membrane muqueuse de l'estomac offre quelques plaques rouges et un peu moins de consistance qu'à l'état normal. La membrane muqueuse de la fin de l'intestin grêle est saine : elle présente seulement quelques rougeurs dans les parties les plus déclives.
TROIS. CATEG. D'OBSERVATIONS d'eNDOCARDITE. 253
OBSERVATION ^0e.
Jeune homme de lô ans. —A la suite de plusieurs attaques de rhumatisme articulaire , palpitations , dyspnée , bruit de scie , de soufflet et de piaulement dans la région du cœur, etc. — Mort, — Épaississement , induration, végétations des valvules auriculo-ventriculaires et des valvules aortiques avec rétrécissement de l'orifice aortique; plaques et granulations du péricarde; hypertrophie du cœur.
Marly, âgé de i5 ans, d'une constitution grêle , lymphatique, d'une taille assez élevée, peau blanche, fine et mince, fut admis à la Clinique , le 4 mai 1 836.
A l'âge de 9 ans, il eut une première attaque de rhumatisme articulaire qui dura six semaines. Cette maladie est revenue depuis tous les ans, vers le printemps, durant toujours à peu près six semaines. Elle n'a jamais été combattue par les saignées. Depuis les premières attaques , mais surtout depuis les dernières, le malade est sujet aux palpitations, et sa respiration est si courte, qu'il ne peut marcher sans être essoufflé. Il assure n'avoir jamais éprouvé de douleur dans la région précordiale.
Depuis six jours, nouvelle attaque de rhumatisme articulaire : douleur etgonflement du poignetdroit et des deux genoux ; le malade dit avoir eu continuellement de la fièvre. {Catapl. émoll.; eau de chiendent et de chicorée.)
Le malade est resté couché et a pris des aliments en petite quantité.
Le matin du jour où a commencé la maladie , il a travaillé jusqu'à onze heures comme à l'ordinaire, et il ne sait à quoi l'attribuer.
4 mai soir. Douleur, rougeur, et gonflement des deux genoux (12 p. 3 1. (345 mil!.) de circonférence pour le genou gauche, 12 p. 6 lig. (55o mill.) pour le genou droit); jambes h demi fléchies, pouvant difficilement être étendues; pouls à 1 1 2 , assez fort et développé ; peau chaude et moite; légère voussure de la région précordiaie; matité du cœur considérablement augmentée dans tous les sens ; pointe du
cœur se faisant sentir à 2 ponces (56 mill.) au moins audessous du sein; évidente dilatation des 4% 5e et 6e espaces intercostaux; bruit de soufflet dans la région des cavités droites; bruit de scie avec sifflement (bruit de piaulement) dans la région des cavités gauches, isochrone à la systole, et se faisant entendre très nettement en dehors , en arrière et en bas du côté gauche de la poitrine ; le deuxième bruit est obscur et comme masqué par les bruits anormaux du premier temps ; respiration à 20-24, gênée seulement lorsque le malade veut marcher un peu vite; respiration vésiculairè et sonorité bonnes dans tout le côté droit de la poitrine, bonnes également à gauche , si ce n'est en bas, où existe une matité assez complète avec râle ronflant au-dessous de l'angle de l'omoplate de ce côté; pas de mal à la tète, peu de sommeil la nuit; face pâle et décolorée ; lèvres sèches; langue chargée et blanchâtre au milieu, rouge à la pointe et aux bords. ('20 sangsues etcatapl. à chaque genou.) 5 mai, à ma première visite. Pâleur anémique, lèvres pâles, bleuâtres (les sangsues ont continué à couler depuis leur application jusqu'à ce matin ) ; le genou gauche n'est plus douloureux , mais le droit l'est encore; la matité de la région du cœur estde 5 pouces (1 4o mill.) transversalement et verticalement; la pointe du cœur bal à 4 pouces (1 1 2 mill.) au-dessousdu mamelon, et à un demi-pouce (14 mill.) plus en dehors ; appliquée sur la région précordiale , la main est repoussée dans toute son étendue par des mouvements forts, et éprouve une sensation de dureté, surtout dans la région du ventricule gauche; il existe un roucoulement ou piaulement musical isochrone à la systole, dans toute l'étendue de la région précordiale , sans qu'on puisse bien indiquer le point où se trouve son maximum d'intensité (il semble cependant plus aigu et plus superficiel vers le bord gauche du sternum) ; en s'éloignant de la région précordiale , il perd de sa force ; cependant , on l'entend encore sous les clavicules (le piaulement se fait très bien en-
tendre dans toute la partie postérieure du côté gauche); le deuxième bruit est à peu près imperceptible, comme si le bruit de piaulement avait remplacé les deux bruits; seulement , en remontant vers la partie supérieure du sternum , on distingue un double claquement un peu sourd et étouffé, le premier coïncidant avec le bruit de piaulement; on ne sent point de frémissement vibratoire dans la région précordiale ; pouls à 88-92 ; point de bruit de diable dans les carotides ; les veines jugulaires ne sont pas gonflées ; jamais les jambes n'ont été œdéinatiées; rien de bien notable aujourd'hui pour le murmure respiratoire; la rate elle foie ne débordent pas. [Arrêter l'écoulement des piqûres de sangsues ; pot. avec digit. 3 décigr.; viol., guim., sir. gomme; bouilli de poulet.)
Le 6 mai. Sommeil interrompu à plusieurs reprises ; genoux non douloureux ; le système artériel en général est agité de secousses vibrantes , et le bruit qui accompagne ces pulsations est plus fort qu'à l'état normal. ( Même régime , plus 1 biscuit et eau rougie.)