‹ Traitâe clinique des maladies du cœurChapitre 29 sur 125 · SIGNES LOCAUX ET DIRECTS · texte numérisé non relu

SIGNES LOCAUX ET DIRECTS

i° U inspection des battements du cœur ne nous fournit aucun signe direct de la lésion organique qui nous occupe; mais cette méthode nous procure des données utiles sur la force et l'étendue des battements du cœur, ainsi que sur leur rhyllime.

2° U application de lu main sur la région précordiale, en

même temps qu'elle nous permet d'apprécier les modifications survenues dans la force , l'étendue et le rhythme des battements du cœur, fait éprouver très souvent la sensation du frémissement vibratoire ou cataire [bruissement particulier^ espèce d'ondulation, frémissement sourd de Corvisart).

L'existence de ce frémissement cataire ou vibratoire et les irrégularités , les intermittences , les inégalités des battements du cœur sont les signes d'une grande valeur pour le diagnostic du rétrécissement des orifices du cœur. Corvisart attachait un grand prix à l'existence du frémissement de la région précordiale comme signe du rétrécissement des orifices du cœur et de celui de l'orifice aortique en particulier. Ce frémissement se fait également sentir, suivant cet illustre observateur, à la main qui interroge le pouls. Il dit , en parlant du rétrécissement de l'embouchure aortique : * Ici point d' obscurité , et quand le médecin n'aurait pour guide que cette espèce d ondulation , ce bruissement , ce frémissement sourd, ce caractère si reconnais sable du pouls , dans tous les cas de ce genre , son diagnostic ne doit plus être incertain. »

Parmi les désordres survenus dans le rhythme des battements et par conséquent des bruits du cœur de quelques uns des individus atteints de rétrécissement des orifices et d'induration des valvules, l'un des plus remarquables est, sans contredit , ce triple ou même ce quadruple bruit du cœur, dont nous avons parlé dans nos prolégomènes , et sur lequel nous reviendrons plus bas dans un appendice spécialement consacré à ce curieux phénomène.

5° La percussion, comme on a pu le voir par les nombreuses observations que nous avons rapportées, fait reconnaître , dans presque tous les cas , une matité beaucoup plus étendue qu'à l'état normal. Mais cette circonstance tient à la dilatation et à l'hypertrophie qui accompagnent le rétrécissement des orifices, et ne peut être considérée comme un signe direct de cette dernière maladie.

4° L'auscultation est la méthode d'exploration à laquelle nous devons la connaissance de l'un des signes les plus précieux du rétrécissement des orifices du cœur et de l'induration des valvules. Ce signe lumineux consiste dans le bruit de soufflet simple ou sibilant , de rdpe ou de scie que l'on entend pendant les battements du cœur.

Le bruit de soufflet, de râpe ou dé seie est tantôt double et tantôt unique. Dans le premier cas, il masque complètement le double claquement valvulaire; dans le second cas, un seul des deux bruits valvulaires est couvert ou plutôt remplacé par le bruit de soufflet.

Le bruit que nous signalons offre plusieurs variétés sous le rapport de sa durée et de son intensité. Il e$t quelquefois brusque et saccadé, tandis que, dans d'autres cas, il est lent, prolongé, et pour ainsi direyZ/e',, Chez quelques sujets , son intensité est telle qu'on l'entend à une certaine distance de la poitrine ; chez d'autres , au contraire , il est un peu sourd, et on ne le distingue bien qu'en auscultant avec beaucoup d'attention.

Le bruit de soufflet sibilant ou roucoulant existe dans un bon nombre de cas d'induration des valvules et de rétrécissement des orifices du cœur, ainsi que le démontrent plusieurs des observations que nous avons rapportées. Nous renvoyons à ces observations pour les variétés que peut présenter ce phénomène : on l'y trouvera désigné sous les noms de cri, de piaulement , de îvucoulement , de ronflement du cœur. (Voy. les observations 16 > 5o, 37,68, 88, 97, 106, 107, 112, 1 14, 1 16.)

Les détails dans lesquels je Suis entré sur le mécanisme du bruit de soufflet, de râpe ou de scie, de sifflement, de piaulement '(piou... piou , prononcé en sifflant plus ou moins fort), de roucoulement , etc., en traitant ailleurs des bruits anormaux du cœur (voyez Prolégomènes , seconde partie), me dispensent de m'en occuper ici. Mais je crois devoir insister de nouveau sur la constance du bruit de soufflet,

de râpe ou de scie, dans presque tous les cas d'un rétrécissement nolable des orifices du cœur avec lésion organique des valvules. Sur plus de deux cents cas de ce genre de lésion que j'ai eu occasion de rencontrer, il n'en est que trois ou quatre dans lesquels je n'aie pas constaté l'existence de ce signe.

Je ne me rends pas bien compte encore de ces cas exceptionnels ; j'espère pouvoir en trouver un jour la cause ou le secret.

5° Aucune véritable douleur n'accompagne ordinairement l'induration des valvules. Quelques malades accusent seulement un sentiment d'embarras ou de pesanteur incommode dans la région précordiale ou vers le creux de l'estomac. Presque tous se plaignent d'éprouver des palpitations plus ou moins violentes, des défaillances, des syncopes. Les palpitations augmentent au moindre exercice , par l'action de monter un escalier, etc., ou sous l'influence de la moindre émotion morale. Les palpitations sont caractérisées à la fois et par l'augmentation de la force et par l'augmentation du nombre dos battements du cœur (leur nombre peut s'élever au-delà de î^o à 160 par minute).

En résumé, lorsque chez un malade on entend un bruit permanent de soufflet, de râpe ou de scie dans la région précordiale, qu'il existe eu même temps un frémissement vibratoire et des palpitations ou des battements tumultueux, irréguliers, intermittents du cœur , il est à peu près certain, si la maladie date déjà de plusieurs mois ou même de plusieurs années , qu'il s'agit d'une induration des valvules avec rétrécissement d'un orifice ou de plusieurs orifices du cœur. Pûen ne manque à la certitude du diagnostic, lorsqu'à ces signes locaux se joignent les signes dits généraux que nous exposerons plus loin (1), et qui sont le

(1) Les signes de cette dernière catégorie ont été donnés par plusieurs auteurs comme propres à Yanévrisme ou l' hypertrophie du cœur, qui coïncide

HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'eNDOCARIMTE. 345

résultat de l'influence qu'exerce sur les fonctions des autres organes , l'obstacle qu'opposent au passage du sang à travers le cœur les lésions organiques des valvules , avec rétrécissement plus ou moins considérable des orifices auxquels elles sont adaptées.

Appendice aux signes loc.\ux, spécialement relatif au triple et quadruple bruit qui remplace le double bruit

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