I. Les causes prédisposantes de l'endocardite et la prédis
(1) L'endocardile gangréneiue pourrait constituer celte espèce d'endocardile. Mais que savons-nous encore de bien positif sur l'endocardite gangreneuse:'
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LENDOCAllMTE. S^S
position organique nous ont paru être exactement les mêmes que celles du rhumatisme articulaire aigu , de la pleurésie et de la pleuro-pneumonie dont nous avons traité ailleurs. Je crois devoir seulement noter ici relativement aux âges, considérés comme causes prédisposantes, que l'enfance ne met pas à l'abri de l'endocardite. Je l'ai rencontrée un assez bon nombre de fois chez des sujets de huit à douze ans.
Comme toutes les autres phlegrnasies , l'endocardite peut se développer sous l'influence de certaines causes déterminantes mécaniques ou traumatiques. Mais cet ordre de causes dont nous avons dit quelque chose à l'occasion delapéricardile, n'abesoin que d'être mentionné en passant, et ce n'est pas par ce mécanisme que l'endocardite a été produite dans les nombreuses observations consignées dans cet ouvrage (i).
II. En analysant exactement ces observations considérées sous le point de vue étiologique, nous voyons qu'elles se rangent en deux séries bien distinctes, savoir : celles relatives à l'endocardite que l'on rencontre chez les individus atteints des fièvres dites graves ou typhoïdes, de fièvres éruptives, et celles qui ont trait à l'endocardite qui accompagne ces maladies franchement inflammatoires que nos prédécesseurs appelaient , il n'y a pas très long-temps encore, des fièvres rhumatismales , des fièvres pleuréliques , des fièvres péripneumoniques , mais que nous désignons aujourd'hui sous les noms d'arthrite rhumatismale, de pleurésie ou de pleuro-pneumonie.
L'endocardite typhoïde reconnaît les mêmes causes que l'état fébrile du même nom avec lequel elle coïncide, et
(1) Quelques auteurs ont supposé que certaines des lésions dont l'endocardite est parfois suivie (végétations sous forme de poireaux, de chouxfleurs, de crête de coq, etc.), pourraient être l'effet du virus syphilitique. Je dois décla:er que je n'ai recueilli jusqu'ici aucun fait en faveur de cette hypothèse. Je ne dis rien de plus.
ojti MALADIES DU COEUR ES l'ATlTIClILIER.
tout n'est pas dit encore, j'en conviens, sur ce problème d'étiologic. Nous ne croyons pas devoir y insister ici.
Que s'il existe une certaine obscurité sur les causes réelles, essentielles de la précédente espèce d'endocardite, il n'en est pas de même de celle qui coïncide avec le rhumatisme articulaire, la pleurésie et la pleuro-pneumonie. En effet , la cause déterminante de cette espèce est la même que celle des maladies avec lesquelles elle coïncide. Or, il est clair comme le jour que celte cause consiste dans les brusques alternatives de chaud et de froid , surtout lorsqu'elles surviennent à la suite d'exercices musculaires fatigants, tels que des courses rapides et prolongées, des excès de danse, etc. , etc. , exercices qui produisent dans les articulations, dans le cœur, etc., des secousses et des froltemenls d'où résulte une sorte d'excitation bien propre à favoriser l'action de la cause déterminante. On trouvera dans ma Clinique médicale (chapitres de la pneumonie et de la pleurésie) et dans mon Traité du rhumatisme articulaire, des recherches statistiques, bien propres à mettre hors de doute l'importance immense de la cause que nous signalons. Ce n'est que dans des cas très rares que cette cause se borne à produire une endocardite isolée de toute autre inflammation, fait qui suppose une prédisposition spéciale, impossible à déterminer à priori.
Quoi qu'il en soit, c'est bien en vain que certains modernes praticiens , se complaisant en quelque façon à couvrir de ténèbres les points les plus lumineux de l'éliologie, ont attaqué la doctrine que nous venons d'exposer. S'il fallait ajouter à l'autorité journalière des faits l'autorité des noms célèbres , nous pourrions, sans trop de désavantage, peut-être, opposer aux médecins dont il s'agit, les Hippocrate, les Sydenham , les Sloll, les Broussais et tant d'autres. C'est aux maladies dont nous parîcns que s'applique, en effet, cet aphorisme de l'oracle de Cos : Mutationes a/mi temporum maxime pariant morbos , et in ipsis tempoiibus ,
HISTOIRE GÉNÉRALE QE l'eNDOÇARDITE. '^rJ
MUTATIONES MAGNEE, TUM FIUG01US, TU.YI G.\LORIS. Sydenliam ,
cet Hippocrate de l'Angleterre , les avait aussi en partie en vue, lorsque dans le langage énergique qui lui est familier, il proclame que l'impression d'un air froid lorsque le corps est en sueur, a fait périr plus de monde que la peste , la guerre et la famine réunies.
C'est ici le lieu de rappeler que, par une erreur bien étonnante dans un si grand observateur, ou plutôt par l'effet d'une simple inadvertance, Corvisart a professé une doctrine tout opposée à celle que nous venons d'établir, témoin le passage suivant de Y Essai sur les maladies du cœur [Disc. prélim., pag. 25), tel que nous l'avons déjà cité à la page 007 île notre premier volume: « Le cœur, dans la région qu'il » occupe, est à l'abri do toute impression et de toute modification immédiate de la part de l'air et de ses intempéries «variables, brusques et multipliées ; on peut affirmer, en «général, qu'il n'en est point sensiblement modifié, et » qu'il n'en contracte point de maladies. »
Certes, si Corvisart eût connu la fréquence de la coïncidence des inflammations aiguës du cœur avec la pleurésie, la pleuro-pneumonie et le rhumatisme articulaire également aigus, il se serait bien gardé d'écrire un tel passage. Pourquoi, d'ailleurs, en raisonnant à priori, pourquoi le cœur, dans la région qùil occupe, serait-il, plus que les articulations, plus que les poumons et la plèvre, a l'abri des brusques intempéries de l'air? est-ce qu'il est plus profondément caché que les parties ci-dessus indiquées ? est-ce qu'il n'entre pas dans sa composition les mêmes éléments organiques que nous trouvons clans les articulations et les organes de la respiration, et spécialement des tissus séreux et fibreux? est-ce que, comme nous l'avons déjà dit, à l'article de la péricardite , les cavités du péricarde et de l'endocardite, sous le rapport de la structure de leurs parois, ne représentent pas des espèces de cavités articulaires ?
GyS MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
III. Cela posé, rapportons clans cet article les deux passages suivants , l'un extrait de notre Clinique médicale, l'autre de notre Traité clinique du rhumatisme articulaire , ouvrages où nous nous sommes expliqué catégoriquement sur la loi de coïncidence des inflammations du cœur avec la pleurésie , la pleuro-pneumonie et surtout le rhumatisme articulaire.
« La coïncidence de l'endocardite et de la péricardite avec la pleurésie ou la pleuro-pneumonie, et spécialement avec celles du côté gauche est beaucoup plus fréquente qu'on ne l'avait cru jusqu'ici. Je n'ai pas encore fait le calcul exact des cas où elle a été observée par nous, depuis que notre attention s'est portée d'une manière spéciale sur les maladies aiguës du centre circulatoire ; mais je ne crois pas exagérer en disant que les membranes séreuses du cœur se prennent dans le tiers ou le quart des cas de violente pleurésie ou pleuro-pneumonie gauche.
«Chaque jour, je rencontre de nouveaux cas qui confirment la loi de fréquente coïncidence de la péricardite et de l'endocardite avec les deux phlegmasies indiquées loutà-1'heure.
«Depuis que j'ai insisté d'une manière spéciale sur cette coïncidence, j'ai examiné avec le plus grand soin le péricarde et l'endocarde des individus que nous avons ouverts, et chez lesquels nous trouvions des traces d'une ancienne pleurésie. Or, dans la grande majorité des cas , nous avons trouvé aussi sur les deux enveloppes que nous venons de nommer les suites d'une ancienne phlegmasie , telles que plaques laiteuses, épaississement, adhérences, etc. Maintenant que mon attention s'est arrêtée sur ce rapport de la péricardite et de l'endocardite avec les phlegmasies de la plèvre et du poumon, je me rappelle que dans les nombreuses ouvertures de cadavres faites par moi-même ou faites par d'autres en ma présence , il est bien peu de cas où je n'aie rien noté qui annonçât la présence d'une ancienne péricardite ou d'une ancienne endocardite sur les