Rechute dans les derniers jours de juin
Le 27 , on applique 1 5 sangsues sur le poignet droit; on prescrit un Uniment narcotique et h centigr. d'opium en pilules.
Les jours suivants, les hruits du cœur s'obscurcirent de nouveau , et le pouls s'éleva à 1 1 2 ; mais la diète , les opiacés et les boissons émollientes, firent assez promptement justice de cette recrudescence, et, dès le 8 juillet, le malade mangeait le quart.
Il était parfaitement guéri le 10, jour de sa sortie.
Réflexions. — Sans doute , quelques unes des personnes qui ne sont point encore familiarisées avec l'étude pratique de l'endocardite seront disposées à douter de son existence dans le cas que nous venons de rapporter et dans tous ceux du même genre. Elles ne trouveront pas dans les signes que nous avons exposés plus haut les éléments d'un diagnostic positif et certain. Nous répondrons à ces personnes qu'il nous a fallu bien des recherches cliniques, poursuivies depuis huit ans avec une persévérance infatigable et journalière, pour pouvoir diagnostiquer, comme nous le faisons, les nuances légères de l'endocardite. C'est par de telles nuances que commencent souvent les endocardites qui, plus tard, si l'on n'a recours à un traitement suffisamment énergique , se dessineront dans toute leur intensité, et finiront par entraîner à leur suite les plus graves lésions organiques du cœur. Lorsque , au contraire , on emploie, dès le début de l'endocardite rhumatismale, la méthode qui nous est propre , et dont ce cas offre un nouvel exemple , on ne tarde pas à voir les phénomènes de la maladie disparaître.
J'ai tellement multiplié, depuis huit ans, les observations qui démontrent la vérité des doctrines ci-dessus établies, que je puis me dispenser d'y insister plus longuement en ce moment; mais, en telle matière, la conviction
4l4 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
réelle et profonde ne s'acquiert que par une expérience personnelle long-temps répétée , et celte conviction coûte plus cher que ne le pense le vulgaire des médecins. Au reste , les deux observations suivantes vont nous offrir des exemples d'endocardite bien caractérisée , et qui malheureusement s'est terminée par le développement d'une lésion organique des valvules et du cœur.
OBSERVATION -I -50e.
Jeune homme de 17 ans. — Rhumatisme articulaire aigu. — Endocardite (battements violents du cœur, bruit de soufflet, etc.). — Plus tard, pleurésie, avec épanchement. — Nouvelle formule des saignées (elle n'est pas assez exactement appliquée); vésic, digit. — Guérison incomplète.
Un élève en pharmacie, âgé de 17 ans, d'une constitution lymphatique , peau mince et fine , cheveux châtains, nous fut adressé par M. le docteur Gotlereau , pour être traité d'un violent rhumatisme articulaire. Il fut admis à la Clinique (n° 4 > salle Saint- Jean-de Dieu ), le i5 septembre i854« Il était malade depuis le 8 du même mois, à la suite d'allernatives de chaud et de froid. (Le malade atlribuait lui-même sa maladie à la cause ci dessus indiquée. M. Cottereau, nous apprit qu'il arrivait souvent à ce jeune homme, après des courses qui l'avaient mis dans un état de sueur, de descendre à la cave, d'y rester long-temps, et même de s'y coucher. )
Au moment de l'entrée, les genoux, les pieds, les épaules, les coudes elles mains, étaient pris, gonflés, et la fièvre était d'une grande violence (pouls à 108, fort, plein, développé; peau sudorale); le moindre mouvement était impossible.
Il n'existait pas de douleur à la région précordiale , non plus que de matité anormale. L'impulsion du cœur se faisait sentir avec force, et les bruits de cet organe étaient masqués par un souffle léger, très sourd.
OBSERV. d'eNDOC. TERMINÉE PAR LA. GUÉKISON. 4l5
Prescription. — 2 saign. de 4 pal. chacune; 10 sangs, à la main droite; catapl. érrioll. ; lavent, huil. ; diète.
14. Le caillot est recouvert d'une couenne très épaisse , ferme, dense, et retroussé sur ses bords. — Urines rougeâtres.
Les douleurs rhumatismales sont un peu calmées; pouls à 100; peau chaude.
Le malade accuse une légère douleur à la région précordiale (il dit avoir été refroidi, par suite de la maladresse de l'infirmier, qui a laissé tomber sur ses draps des pois remplis de tisane). Un bruit de soufflet très distinct accompagne les battements du cœur, qui sont très forts; la matilé de la région précordiale occupe une médiocre étendue.
Diagnostic. — Rhumatisme articulaire avec endocardite aiguë.
Prescription. — Saign. de 4 pal. ; vent. rég. précord. 5 pal.; looch avec digit. 6 gr.
10. Cessation de la douleur précordiale (la main gauche seule est encore prise). — Le bruit de soufflet du cœur est moins fort. Les urines déposent abondamment. — Le malade se trouve très bien; il a dormi. (Le sang tiré de la veine présente une très belle couenne.)
16. Le rhumatisme est presque entièrement dissipé; cependant le pouls est à 100-104 ; les bruits du cœur sont accompagnés d'un léger râpement. (1 saign. o pal.)
Dans la nuit, le malade , au milieu d'une espèce de transport, se lève et fait une chute.
17. Persistance du bruit de soufflet; pouls à 100, fort et plein; les urines sont jumenteuses, analogues à du moût de raisin. — Le malade demande en pleurant des aliments. ( On lui accorde 2 tasses d'eau de poulet. )
18. Les bouillons ont été pris avec plaisir, le malade a dormi tranquillement, et demande s'il pourra marcher aujourd'hui. — Cependant la peau est chaude ; le pouls plein , fort, large , tendu, vibrant, à 104, et le bruit de souffle de
4l6 MALADIES DU COEUR ES PA.B.T1CLLIEK.
la région précordiale est très prononcé. (Saign. 5 pal. ; 20 sangs, rêg. précord. ; diète. )
îG. Sang recouvert d'une couenne très ferme. — 11 ne reste aucune douleur articulaire , tous les mouvements sont libres; mais les battements du cœur sont toujours très étendus , très forts , et accompagnés d'un bruit de souffle. (Ce souffle ressemble à celui qui a lieu quand on souffle pour éteindre une bougie. )
20, 2i, 22 et 23. Le malade se trouve très bien, mais le pouls reste à 100-104.
Le bruit de souille est plus prononcé pendant le premier bruit du cœur que pendant le second. Moins obscur dans la région des orifices artériels que dans celle des orifices auriculo-ventriculaires , le second bruit devient tout-à-fait clair dans la région sous-clavicuiaire, où il imite vraiment un claquement de soupape. Il existe une matilé assez étendue dans la région précordiale, mais elle dépend simplement de l'augmentation du volume du cœur (cette matilé est de 4 pouces 4 lignes (121 niill.) transversalement, et de 5 pouces 8 lignes (102 mill.) verticalement. [Vent, rég. précord. 2 palett. — Bouillons.)
24 et 25. Peu de changement. Articulations tout-à-fait libres.
26. Le pouls persiste à 100, io4, 108, toujours fort et vibrant. [On applique un -vésicatoire sur la région précordiale.)
27 et 28. A peu près même état. [Poudre digit. (0 décigr.) sur le -vésicatoire.)
29 et 5o. Le malade s'affaisse, maigrit et s'écorche dans la région du sacrum.
Jusqu'au 4 octobre, il ne survient rien de nouveau. La fréquence du pouls persiste. Le malade ne se plaint d'aucune douleur de la poitrine, ni d'oppression. Cependantla respiration étant évidemment accélérée (32-56 inspirations par minute) , j'explore attentivement la poitrine et je reconnais bientôt l'existence d'un épanchement dans le coté