‹ Traitâe clinique des maladies du cœurChapitre 61 sur 125 · HYDATIDES ET KYSTES SÉREUX · texte numérisé non relu

HYDATIDES ET KYSTES SÉREUX

§ I. Hydatides.

Je n'ai jusqu'ici recueilli que trois cas d'hydatides dans les enveloppes du cœur(voy. les obs. g5, 120 et i52 de ce Traité). D'autres auteurs en ont parlé. Corvisart et Laënnec ne paraissent pas avoir observé de cas de ce genre ; mais Laënnec rapporte aux vers vésiculaires du cœur le cas suivant, recueilli par Morgagni. « Chez un vieillard , mort » d'une maladie aiguë, un kyste f de la grosseur d'une petile » cerise, implanté à moitié dans les parois du ventricule «gauche, faisait saillie à sa surface. Ce kyste, incisé , laissa «échapper une petite membrane contenant de la mucosité » blanche, et dans laquelle on distinguait une particule, dure » comme un tendon. » Il est impossible, selon Laënnec, de méconnaître dans cette description les caractères du genre cysticerque. La petite membrane pleine de mucosité était la vessie caudale, et le point dur, le corps replié sur lui-même. D'après le volume du ver, on peut présumer, ajoute Laënnec, que c'était le cysticercusjinus (Rviâolph'i); d'autant plus que c'est presque le seul que l'on ait trouvé jusqu'ici chez l'homme.

« Le développement du cysticerque dans le cœur de » l'homme ne m'est démontré , dit M. le professeur Andral, «que par un seul fait qui m'est propre. Une fois, a la «Charité, j'ai trouvé, dans le cœur, trois petites vésicu'es, • ayant chacune la grosseur d'une noisette, transparentes «dans toute leur étendue, et présentant à leur intérieur «un point blanc , plus dur que le reste de la vésicule, que «par la pression on faisait sortir de l'intérieur de la vésicule

» comme une tête. » [Précis d 'anat. , pathol. , t. II, p . 53 1-332.) M. Andral dit aussi avoir trouvé le cysticerque dans le cœur de plusieurs porcs ladres.

Quelques anciens observateurs prétendent avoir trouvé de véritables vers, des poux, et même des serpents ou des vipères dans le cœur.

Ces observations, qui prouvent que l'anatomie pathologique elle-même a eu son époque fabuleuse , ne valent pas la peine d'être réfutées.

§ II. Kystes séreux.

Ni Corvisart , ni Laënnec ne rapportent aucune observation de kystes séreux du cœur qui leur soit propre. Ces kystes , selon Laënnec , se développent très rarement dans le cœur. Il ajoute que cependant Baillou , Houlier, Cordœus, Rolfinckius, Thébésius, Fanton, Valsalva et Morgagni en ont donné des exemples.

On lit dans le sepulchretum de Th. Bonet un cas qui paraît se rapporter aux kystes séreux du cœur : « Epiploum, mesarœum , hepar , lien , pulmones , cor quoque ipsum, etperitonœum erant obsita -vesiculis aqua purissima plenis et Unipidissima. »

Dupuytren a trouvé des kystes séreux développés dans l'épaisseur de l'oreillette droite , dans la cavité de laquelle ils faisaient saillie , et qu'ils distendaient de manière à lui donner un volume égal à celui du reste du cœur.

Dans un cas recueilli par M. Andral, il existait au milieu des parois du ventricule gauche un kyste du volume d'une noix ordinaire ; le liquide transparent qui le remplissait jaillit à plus de six pouces de hauteur, au moment où le kyste fut incisé.

Dans un aulre cas, M. Andral a vu un kyste séreux développé à la surface libre de la membrane interne du cœur. « D'un des points des parois de la cavité du ventricule droit » assez près de l'orifice auriculo-ventriculaire, se détachait

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• un petit kyste séreux, du volume d'une noisette, et qui » tenait à la membrane interne du ventricule par un pédi- » cule mince , dont la texture ressemblait à celle de la » membrane elle-même. »

Je crois qu'on peut rapprocher de ce dernier fait le cas suivant de maladie du péricarde chez un chien, publié par M. Duvernoy, dans les Bulletins de la Faculté de médecine de Paris.

a Un chien mâtin de la Ménagerie du Jardin des Plantes «est mort âgé d'un an , avec les symptômes d'une hydro-

• pisie ascite et d'un hydrothorax

»Le péricarde , extraordinairement distendu, renfermait

• une grande quantité de sérosité. La portion de ce sac qui

• enveloppe immédiatement le cœur était couverte d'une

• foule innombrable de vésicules ovales, pressées les unes

• vers les autres, de manière à masquer toute la surface du » cœur. La plupart tiennent à un pédicule aussi fin qu'un » cheveu , et long de quatre à cinq millimètres. Les vésicules » s'affaissent par une légère compression. Elles forment

• avec leurs pédicules une sorte d'enveloppe au cœur, qui

• peut avoir environ cinq millimètres d'épaisseur, et qui

• en augmente beaucoup le volume apparent. On voit aussi » quelques vésicules semblables sur la face interne de la

• partie libre du péricarde, laquelle, examinée de près, en » offre un grand nombre de plus petites , qui se seraient » probablement développées, si l'animal avait vécu plus

• long-temps (1). »

J'ai récemment (1840) rencontré un kyste séreux adhérent au péricarde, mais je n'ai pas en ce moment sous les yeux l'observation détaillée de ce cas. Des kystes de ce genre coexistaient avec les hydatides dont nous avons rap-

(1) M. Duvernoy ne pense pas qu'on ait jamais fait d'observation semblable chez l'homme, du moins dans la même membrane séreuse. M. Meckel, présent à la dissection de ce chien , dit que son père avait vu quelque chose de semblable dans l'articulation du genou d'un goutteux.

porté précédemment trois exemples (obs. 95, 120 et 102). Quelle est l'origine des kystes séreux qui peuvent ainsi se développer, soit à la surface interne , soit à la surface externe, soit dans l'épaisseur même du cœur? Nous ne possédons point encore assez de faits bien observés pour répondre à cette question. Le kyste développé autour d'une collection purulente du cœur peut-il ultérieurement se transformer en un kyste séreux ? Un épanchement sanguin circonscrit dans le tissu du cœur ne peut-il pas aussi ôlre remplacé par un kyste séreux, comme il arrive dans l'hémorrhagie cérébrale ? Les kystes ne se développent-ils pas , pour ainsi dire, de toutes pièces dans certaines concrétions sanguines qui se forment à l'intérieur des cavités du cœur, ou bien au sein du liquide que contient le péricarde, à la suite d'une péricardite ou d'un simple hydro-péricarde? Avant de trancher toutes ces questions, il est très sage d'attendre de nouvelles observations.

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