REMARQUES PRELIMINAIRES ET CAS PARTICULIERS
Dans le chapitre qu'il a consacré à Thydropéricarde , Corvisart ne dit absolument rien sur les diverses espèces que peut offrir celle maladie , étudiée sous le point de vue de son mécanisme ou de son mode de production. Il importe cependant de ne point confondre l'un avec l'autre, et l'hydropéricarde qui fait l'objet de ce chapitre, et l'hydropéricarde passif qui résulte d'un obstacle à l'absorption et à la circulation veineuse. D'ailleurs, bien que Corvisart commence par dire que « l'hydropisie du péricarde pour- «trait être considérée comme un des résultats de l'inflam- «mation de celte membrane, » il ne manque pas de faire observer que la collection de liquide trouble, coloré , purulent , qui se forme dans le péricarde à la suite de la pèricardite , diffère , sous plusieurs rapports , de Pâmas de sérosité limpide et presque incolore qui constitue particulièrement l'hydropéricarde. Cependant, chose assez digne de remarque, des deux observations d'hydropéricarde rapportées par Corvisart, l'une, de l'aveu même de cet illustre médecin , pourrait être ralliée aux observations de pèricardite (i), tandis
(1) Voici quelle était la lésion constatée après la mort: Le péricarde avait
DE L'HYDROPÉRICARDE ACTfF. 453
que l'autre est un exemple d'hydro péricarde passif, consécutif à une ossification des valvules mitrale et aortique , chez un individu âgé seulement de 53 ans. D'où il suit que Corvisart n'a consigné dans le chapitre de l'hydropéricarde aucun cas où cette maladie se soit développée primitivement sous la simple influence d'une pure augmentation de sécrétion ou d'une irritation sécrétoire du péricarde.
Laënnec n'a guère plus insisté que Corvisart sur les différentes espèces d'hydropéricarde, et il ne rapporte aucune observation sur celte maladie. Il considère comme très rare l'hydropéricarde idiopathique ou essentiel. Je partage complètement l'opinion de Laënnec à cet égard, et j'avoue qu'à moins de rattacher à l'hydropéricarde actif l'accumulation de sérosité limpide qui semble succéder à l'épanchement purulent ou pseudo-membraneux chez les individus qui ont été affectés d'une péricardite aiguë, passée à l'état chronique, je ne possède aucun cas indubitable de cette maladie. Le cas suivant m'a paru digne d'être rapporté :
Une jeune femme, affectée de variole, s'étant refroidie imprudemment, et ayant fait un grand excès de régime (1) pendant le cours de la période de suppuration, tut prise tout-à-coup d'accidents cholériques, et mourut en moins de 24 heures, foudroyée par les évacuations alvincs et les vomissements ('2 1 juin i853). Outre les altérations que présentait le tube digestif (c'étaient celles du véritable choléra"), je trouvai un quart de -verre environ de sérosité limpide dans le péricarde.
Comme il est très rare de rencontrer de la sérosité dans
plus d'épaisseur que dans l'élat naturel. La superficie du cœur paraissait avoir été le siège d'une inflammation chronique. La cavité du péricarde contenait environ quatre pintes, ou huit livres (4 kilogr.), de sèrodlè claire et verdâtre.
(1) La malade se lève en chemise, se promène ainsi dans la salle, sans se garantir du froid. Une de ses compagnes , vaincue par ses instances , lui cède sa portion d'aliments, consistant en une poire, du bouilli et du pain. La malade mange le tout avec avidité.
le péricarde des individus emportés par un violent choléra, et que, d'un autre côté, celle femme s'était exposée à un refroidissement propre à provoquer des congestions séreuses internes, j'ai cru pouvoir attribuer ici l'épanchement séreux du péricarde à une augmentation de sécrétion de celte membrane, plutôt qu'à un obstacle à l'absorption ou à la circulation. Toutefois, celte manièrede voir ne me paraît que probable et non rigoureusement démontrée.
A l'article hydropéricarde du Dictionnaite de médecine et de chirurgie jurUujues , j'avais rapporté lin cas qui paraissait devoir se rallacber à l'hydropéricarde actif proprement dit (ce cas m'avait été communiqué par M. le docteur Casimir Broussnis); mais le malade ayant succombé depuis , on trouva des traces de péricardite terminée par un énorme épanchement.
En dernière analyse, dans l'état actuel de la science, on serait fort embarrassé de citer un seul cas incontestable d'bydropéricarde actif non précédé d'une péricardite qui de l'étal aigu est passée à l'état cbronique. Mais les hydropéricardes de ce dernier genre doivent-ils être classés dans la catégorie des hydropéricardes actifs proprement dits ? Gela n'est pas démontré, et je dois pourtant déclarer que c'est sur eux que repose en partie l'histoire générale que nous allons tracer ci-aprèa.
ARTICLE DEUXIEME