HISTOIRE GENERALE DE L'HYDROPERICARDE ACTIF
§ I. Caractères anatomiques.
Sous le point de vue des caractères anatomiques, l'hydropéricarde actif ne diffère pas sensiblement de l'hydropéricarde passif.
Les auteurs ne sont pas d'accord sur la quantité de sérosité nécessaire pour constituer une hydropéricarde , soit
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actif , soit passif '. Par exemple, Corvisart nous enseigne que si la sérosilé que l'on trouve ordinairement dans le péricarde excède G à 7 onces (180 à 210 gram.), il existe une hydropisic de ce sac membraneux (1). Laënnec ne s'explique pas nettement sur la question qui nous occupe. Il dît seulement que « le plus souvent l 'hydropéricarde idiopathique se réduit à quelques onces. » 11 me paraît certain qu'il suffît d'une quantité de sérosilé moindre que celle indiquée par Corvisart, pour constituer un véritable hydropéricarde. En effet, la quantité de sérosité qui peut s'accumuler daas le péricarde parle seul effet d'une longue agonie , ne s'élève pas ordinairement au-delà d'une à deux onces (00 à 60 gram.).
Quoi qu'il en soit, la présence de six , sept ou huit onces (180, 210, 240 gram.) de sérosité dans le péricarde ne caractérise qu'un hydropéricarde assez peu copieux. Il n'est pas très rare, en effet , de voir celte quantité s'élever à deux ou trois livres (1,000 à i,5oo gram.). Dans un cas observé par Corvisart , et que nous avons déjà rappelé un peu plus haut, le péricarde contenait huit livres de sérosilé (4 kilo.)
Le liquide de l'hydropéricarde est d'une limpidité parfaite, tantôt incolore , tantôt fauve , verdâlre ou jaunâtre (s'il existe une complication d'hémopéricarde , le liquide est rougeâtre et quelquefois même noirâtre). La couleur jaune offre quelquefois la teinte qui caractérise les dissolutions d'or.
Le péricarde est quelquefois épaissi en même temps que distendu proportionnellement à la quantité de sérosité épanchée. Je l'ai trouvé souvent sensiblement plus blanc
(1) « Si l'observation prouve, dit Corvisart, que la quantité de 6 onces » (180 gram.) soil la plus considérable qu'on ait trouvée dans le péricarde » d'un fcranil nombre d'individus morts de» suites de toute espèce de ma- » ludies , autres u.ue colles qui peuvent déterminer l'uyuropéricarde , ne » suis-je pas en droit de conclure que, lorsque cette sérosilé excède 6 à » 7 onces (180 à210 gram.), il existe une hydropisie de ce sac membraneux? »
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que dans l'état normal , comme s'il eût été lavé , ou pour mieux dire macéré parla sérosité. La couleur d'un blanc mat ou légèrement lactescente est surtout très marquée sur le feuillet viscéral.
Laënnec ne paraît pas avoir observé cette particularité, et si c'est à elle que s'applique le passage suivant de l'article Hydropéricarde du Traité de l'ausculta (ion médiate , j'oserais affirmer que Laënnec est tombé dans une légère erreur : « Quelques auteurs, dit-il, rapportent avoir trouvé le cœur » comme macéré ; mais ces observations , énoncées plutôt » que décrites, peuvent être rangées au nombre des faits mal »vus et plus mal exprimés encore. »
Je ne sais si le simple épanchement de sérosité dans le péricarde peut amener à la longue un état d'atrophie du cœur, comme il arrive pour le poumon à la suite d'un épanchement séreux dans la plèvre , mais j'ai vu cette atrophie du cœur survenir par l'effet de la compression prolongée qu'avait exercée sur lui un épanchement pseudomembraneux.
La tumeur qui résulte de l'amas d'une énorme quantité de sérosité dans le péricarde agit aussi mécaniquement sur les organes voisins , tels que les poumons , le diaphragme , la rate et le foie ; elle les refoule , usurpe en quelque sorte leur place , et soulève la région précordiale.
§ II. Signes et symptômes de l'hydropéricarde actif (1).
I. Les signes certains de l'hydropéricarde ne peuvent être fournis que par les méthodes de l'inspection, de l&palpation, de la percussion et de Yauscultatton. Cependant Lancisi , et après lui plusieurs autres observateurs , comptaient parmi
(1) Quelle que soit l'espèce de l'hydropéricarde , ses signes physiques sont toujours essentiellement les mêmes. Ou peut donc appliquer à l'hydropéricarde passif ce que nous dirons ici des signes physiques de l'hydropéricarde aciif.
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les signes les plus certains de cetîe hydropisie le sentiment d'un poids énorme sur la région du cœur. Reimann etSaxonia prétendent que les malades sentent leur cœur nager dans Veau (1). Mais c'est avec raison que Morgagnilait remarquer que de tels signes regardés domine pathognornohîquès mé1ritent à peine de figurer même parmi les symptômes équivoques de l'hydropéricarde.
II. Sénac assure avoirvu danslesintcrvallcs des troisième, quatrième et cinquième côtes gauches, le flot du liquide épanché dans le péricarde. Maisil est probable qu'il se sera fait illusion. Corvisart, tout en avouant qu'il n'a pas vu strictement le phénomène indiqué par Sénac, déclare avoir constaté par le toucher l'existence de la fluctuation. Cet illustre observateur reconnaît toutefois qu'il peut se faire que les ondulations qu'il a senties avec la main chez un seul malade dépendissent des battements dit cœur. J'ai eu occasion de rencontrer un cas qui semble appuyer la remarque de Corvisart. Nous avions cru , au premier abord , avoir constaté l'existence de la fluctuation clans la région précordiale, chez un de nos malades: mais un examen attentif nous convainquit bientôt que le phénomène pris pour la fluctuation n'était autre chose que la contraction du cœur, lequel avait été éloigné de sa place accoutumée et appliqué en quelque sorte contre la paroi thoracique par une énorme tumeur située dans le côté gauche de la poitrine (2).
III. Corvisart a signalé, le premier, la voussure que présente la région précordiale , dans certains cas d'hydropéricarde : «Dans quelques cas, dit-il, celte région est plus
(1) Un malade chez lequel existait un énorme épanchement dans le péricarde, et dont M. Cas. liroussais m'a communiqué l'observation, était fort enrayé de ne plus sentir battre son cœur, mais il ne le sentait pas, d'ailleurs, nager dans l'eau.
(2) Il ne faut pas confondre le phénomène que nous venons d'étudier avec le bruit de fluctuation dont il sera question à l'article de Yltydro-pneumopéricarde.
élevée, plus arrondie, plus bombée que le reste de la poitrine. »
Le même auteur n'a pas négligé de mettre au rang des signes de l'hydropéricarde la matité de la région précordiale. L'étendue de celle matité est en raison directe de la masse de l'épanchement. Chez le malade dont M. Cas. Broussais m'a communiqué l'observation, a partir de deux pouces (hbmilL) au-dessous du bord supérieur du sternum jusqu'à l'appendice xyphoïde , et même au-dessous , de liant en bas , et transversalement du sein du côte droit au sein du côté gauche , existait un son mat très prononcé.
La main appliquée sur la région précordiale, dans le cas d'hydropéricarde considérable, ne distingue plus les battements du cœur , du moins lorsque le malade garde la position horizontale. Dans le cas de M. Cas. Broussais, par exemple, les contractions du cœur ne produisaient aucune impulsion sensible à la main. Cependant Corvisart insiste beaucoup sur un signe qui semble en contradiction avec ce que nous venons de dire. Ce signe, qui s'est offert deux fois à l'observation du célèbre auteur que nous venons de nommer, consiste en ce que les battements du cœur se font sentir , tantôt à droite , tantôt à gauche , ou, pour s'exprimer plus clairement, dans différents points d 'un cercle assez étendu. Ce phénomène dépend, ajoute Corvisart , de ce que le cœur nage pour ainsi dire, ou erre assez librement dans le liquide, pour aller frapper des points d'aulanlplus éloignés les uns des autres, que l'épanchement et la dilatation sont plus considérables (1).
IV. Après avoir rapporté les divers signes exposés par Corvisart, Laënnec s'exprime ainsi sur leur valeur : «On peut • les rencontrer réunis en plus ou moins grand nombre
(1) La contradiction dont nous parlions plus haut est, comme on voit, plus apparente que réelle ; car ce n'est pas dans la position horizontale ^ue les battements du cœur se font sentir dans différents points d'un cercle assez étendu.
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vavec ou sans hydropéricarde , >» assertion qui nous paraît manquer d'exactitude. Laënnec ajoute : « Le stéthoscope «aidera sans doute à établir le diagnostic . mais/? ne pais vdire qaels signes il fournira , parce que je n'ai pas eu assez «d'occasions d'observer l'hydropéricarde idiopallii(jue. »
V. L'auscultation fournit les mêmes données séméiologiques dans le cas de simple hydropéricarde, que clans le cas cV èp^ncliemeni péricarditiqae (i). Lorsque l'hydropéricarde est très abondant, les bruits du cœur sont lointains , obscurs, et ils ressemblent, jusqu'à certain point, à ceux du cœur du fœtus. Dans le cas déjà cité de M. Cas. Broussais , on n'entendait que des contractions faibles et obscures du cœur , et d'autant plus obscures , que Von s'écartait davantage de la région correspondante à la base du cœur , île sorte qu'en ce point les deux contractions étaient distinctes (2), tandis qu 'a/t.c e.r(ré//a'fés de la région occupée par le son mat,, on n 'entendait pins qu'une sorte de murmure , assez analogue a celui que perçoit l'oreille lorsqu'on en a/jproche un coquillage.
Les aulres signes de l'hydropéricarde consistent en des lésions des fonctions de la respiration et de la circulation, produites mécaniquement par la pression qu'exerce le péricarde distendu sur toutes les parties voisines. Comme ces lésions sont communes à plusieurs autres maladies du cœur, et que nous en avons déjà parlé en traitant de l'épanchement consécutif à la péricardite , nous n'y reviendrons pas
VI. Les signes physiques exposés plus haut permettent-ils de diagnostiquer sûrement l'hydropéricarde ? Après avoir dit que l'ensemble des signes qu'il avait présentés étaient
(1) Il est bien compris cependant que, vu l'absence de fausses membranes sur les feuillets du péricarde, dans les cas de simple hydropéricardë , on n'enlendra pas les divers bruits de frottement péricardique dont nous avons parlé ailleurs.
(1) Les bruits que M. Cas. Broussais désigne ici sous le nom de contractions du cœur, sont pour nous, comme on sait, les bruits valvulaires.
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bien propres à combattre T opinion de quelques médecins qui ont regardé le diagnostic de l 'hydropéricarde comme étant toujours impossible a établir, Corvisart ajoute : Il faut pourtant convenir que cette maladie, assez facile à reconnaître quand- elle est isolée , devient, dans la plupart des cas , par ses nombreuses et fréquentes complications , d'une obscurité très grande.
Laënnec croit pouvoir assurer que ies épancheinents peu abondants dans le péricarde (au-dessous d'une livre ou 5oo grain., par exemple) ne donneront jamais aucun signe, et que probablement on ne pourra jamais reconnaître que ceux qui sont beaucoup plus considérables : mais il pense que ceux qui passent 2 ou 5 livres (1,000 à i,5oogram.) pourront être quelquefois reconnus à l'aide des signes donnés par la percussion , l'auscultation et l'inspection. Au reste, dit Laënnec, les hydropéricardes essentiels sont tellement rares, que l'on doit peu regretter de n'avoir pas de signes plus sûrs de cette affection. {Op. cit., t. II, pag. 670.)
Notre expérience personnelle nous autorise à poser en fait, que tout observateur exercé qui fera un usage attentif des méthodes d'exploration indiquées plus haut parviendra presque toujours à reconnaître l'existence d'un abondant épanchement dans le péricarde. Mais il ne sera pas aisé, dans tous les cas, de déterminer quelle est l'espèce de l'épanchement; pour parvenir à résoudre ce problème , il faut avoir une connaissance exacte des antécédents, et s'être livré à une étude approfondie des diverses maladies à la suite desquelles un liquide quelconque peut s'épancher dans le péricarde. Ce n'est réellement que par une assidue et longue exploration des malades, qu'on acquiert le tact et l'habileté nécessaires à la solution de ces délicates questions de diagnostic.
§ III. Traitement de l'hydropéricarde.