I. On devra combattre l'hydropéricarde actif primitif, si
DE L HYDROPÉiUCAliDE ACTIF. \K}[
jamais on a l'occasion de le constater, par les moyens préconisés contre les autres hydropisies actives en général, tels que les saignées, les diurétiques, les sudorifiques , les purgatifs , les révulsifs extérieurs, etc.
II. Mais lorsque les divers agents de la thérapeutique médicale proprement dite ont échoué contre l'hydropéricarde, convient-il de recourir aux secours de la chirurgie ? Faut-il, en un mot, donner issue au liquide épanché, en pratiquant une opération qu'on pourrait appeler la paracentèse du péricarde? (Et ici, que l'hydropéricarde soit primitif , ou qu'il ne soit autre chose que la transformation d'une péricardite en une simple hypercrinie ou irritation sécrétoire , la question reste à peu près Jamême.)
Les praticiens ne sont pas tous d'accord , ni sur l'indication de cette opération, ni sur son mode d'exécution. Sénac a proposé d'appliquer particulièrement à l'hydropéricarde l'opération de la ponction avec le trois-quarts. Corvisart pense, contre l'opinion de cet auteur, que les avantages qu'on peut retirer de l'ouverture du péricarde, contre-balanceront rarement le danger auquel elle expose le malade. Mais si l'on se décidait à la faire , l'incision par le bistouri devrait être préférée , selon lui , à la ponction par le trois-quarts, qu'il considère comme dangereuse sous plusieurs rapports, sans justifier , d'ailleurs, par aucun fait, l'idée défavorable qu'il en a conçue. De son côté, Sénac n'a rapporté aucune observation à l'appui de son procédé. Il cite seulement un cas tf hydrothorax, pour lequel il a fait une ponction à la poitrine avec le plus heureux succès.
Notons ici que, dans certains cas, on a cru avoir ouvert le péricarde , tandis qu'on avait pénétré seulement dans la plèvre. En voici la preuve.
Dans un cas où Dubois, Dumangin, Sue et Desault , rassemblés en consultation, crurent reconnaître, les uns une hydropisie de poitrine, les autres un amas d'eau dans lepé-
46q maladies du cœur en particulier.
ricarde t Desault, pour accorder les consultants, proposa une opération qui convenait à l'une et à l'autre affection : c'était d'ouvrir la poitrine entre la sixième et la septième côte gauches, vis-à-vis la pointe du cœur. Ce projet lut exécuté le lendemain. L'incision avant été faite , Desault porta les doigts dans la poitrine, et sentit une espèce de poche pleine d'eau, qu'il prit pour le péricarde. Cette poche ayant été ouverte avec un bistouri mousse, il s'en écoula une chopine d'eau environ, avec une espèce de sifflement à chaque expiration. L'écoulement étant fini, tous les assistants ayant porté tour à tour le doigt dans l'ouverture, sentirent un corps uni, pointu , conique , qu'ils prirent poulie cœur a nu (1).
Le malade ayant succombé le quatrième jour, l'ouverture du cadavre fit voir que la poche incisée et prise pour le péricarde , était une membrane qui unissait le bord du pou-? mon gauche au péricarde. Le corps conique et pointu qu'on avait jugé être le cœur était , en effet , cet organe , mais enveloppé du péricarde , auquel il adhérait en grande partie.
Dans un second cas à peu près semblable à celui-ci, Corvisart rapporte que la même opération a été pratiquée depuis Desault (u) ; il ajoute que l'erreur a été la même : on croyait avoir pénétré dans le péricarde, et l'ouverture du corps prouva que le liquide que l'on supposait venir de la cavité de ce sac membraneux s'était échappé de la poitrine, qui avait été ouverte par l'opération.
III. Selon Laënnec, « il ne serait peut-être pas impossible » de remédier efficacement à l'hydropéricarde au moyen de » l'opération chirurgicale. » Il pense que l'opération la plus utile et la moins dangereuse que l'on pût faire serait la tré-
(1) OEuvres chirurgicales de P.-J. Desault. Baril , 1S30, t. H, pag. 304.
(2j Laëuuec dit que l'incision entre les sixième et septième cales a été pratiquée deux, fois par Desault. Il est probable que Laénnec aura, par niégarde, pris le cas indiqué par Corvisart, pour un cas où Desault avait fait l'opération.
de l'hydropéricarde actie. 463
panation du sternum au-dessus de l'appendice xyphoïde. Il ajoute que peut-être il faudrait exciter une péricardite par des injections légèrement stimulantes pour obtenir la guérison de l'hydropéricarde. Mais les conseils de Laënnec n'ont encore en leur faveur que les présomptions de ce praticien.
Au reste, c'est à Richerand , et non à Laënnec, qu'appartient la première idée de la méthode des injections pour la cure radicale de l'hydropéricarde (1) , mélhone qui, comme tout le monde le sait, n'est que l'application d'un mode de traitement usité avec tant de succès contre une autre hydropisie, savoir : l'hydrocèle ou l'hydropisie de la tunique vaginale.
Dans l'état actuel de la science, ce serait, à notre avis, faire acte de témérité et non de prudence que de recommander sans restriction d'appliquer au traitement de l'hydropéricarde ia méthode adoptée pour la cure radicale de l'hydrocèle. Mais il nous semble qu'on s'est peut-être exagéré les dangers de la péricardite à laquelle il faudrait donner lieu pour obtenir l'adhérence réciproque des feuillets opposés du péricarde, seul moyen de prévenir le retour de l'amas de sérosité à laquelle on aurait ouvert une issue par la ponction , l'incision ou la trépanation indiquées plus haut. Les faits nombreux contenus dans notre chapitre Péricardite sont bien propres à calmer un peu l'inquiétude qu'aurait pu causer jusqu'ici l'exislence d'une péricardite adhésive , telle que celle qu'on produirait par des injections irritantes. La péricardite, provoquée par des injections irritantes , serait aussi simple que possible. Or, nous avons vu ailleurs que les graves accidents observés dans certains cas de péricardite tenaient surtout aux complications dont
(1) Ce n'est pas ici le lieu de rapporter le cas remarquable d'extirpation des côtes gauches, qui fournit à Richerand l'occasion de concevoir et de proposer la méthode dont nous venons de faire mention.
celle-ci était accompagnée. Toutefois, nous répéterons ce que nous avons dit à l'article du traitement de la péricardite : la pratique dont il s'agit est un de ces problèmes dont une expérience directe et suffisamment répétée n'a pas encore donné la solution. Nous ne pouvons donc nous prononcer formellement ni pour ni contre une tentative de ce genre.
M. Lhomme , de Château-Thierry, a proposé de guérir l'ascite en faisant pénétrer dans la cavité péritonéale une certaine quantité de vapeur vineuse. Depuis cette époque, MM. les docteurs Jobert (de Lamballe) et Vassal ont guéri chacun un cas d'ascite, en provoquant, après la sortie du liquide, une péritonite adhésive. M. le docteur V^assal se servit, pour irriter le péritoine, de l'instrument au moyen duquel il avait retiré la sérosité. La guérison eut lieu à travers de si graves accidents, qu'il serait peut-être plus que hardi de répéter en pareille occasion le procédé de notre honorable confrère.
Dans une dissertation présentée à laFaculté de médecine, en 1 855 ou 1804, il est question d'une ascite qui fut guérie par des injections composées d'un mélange d'eau et de décoction de quinquina.
Ces faits et quelques autres analogues sont certainement hons à connaître ; mais ils ne sont pas assez nombreux pour qu'on puisse décider aujourd'hui l'importante question de thérapeutique que nous avons soulevée plus haut, et à laquelle ils ne se rapportent d'ailleurs que d'une manière médiate. Toutefois, il est bien clair que la péricardite artificiellement produite serait moins grave que la péritonite également artificielle, et que, partant, il serait moins dangereux d'essayer la méthode qui nous occupe dans les cas d'hydropéricarde que dans ceux d'ascite.
DE L'HYDROPîÎKICAnDE. ^65