DE L'HYPERTROPHIE DU CŒUR
CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES
Passer de l'étude de l'hypercrinie dn cœur à celle de l'hypertrophie du même organe, ce n'est pour ainsi dire pas changer de sujet. Qu'est-ce, en effet, que la nutrition, sinon une véritable sécrétion nutritive?
Dupuytren et les élèves de son école ont rattaché Yhfpertrophie en général à la grande classe des irritations , sous le titre d'irritation nutritive. Notre intention n'est pas de nous engager ici dans de vaines disputes de mots : nous prévenons donc les lecteurs que lorsqu'il nous arrivera de désigner l'hypertrophie sous le nom d'irritation nutritive, nous n'attacherons à cette dernière expression d'autre sens que celui d'une augmentation pure et simple de nutrition, sans altération dans les qualités chimiques ou dans la compo~ sition intime des tissus hypertrophiés.
Jusqu'ici, les auteurs n'ont traité qus de l'hypertrophie du tissu musculaire du cœur. Cependant , tous les autres tissus qui concourent à la structure de cet organe sont susceptibles de ce mode morbide. En traitant des suites de la péricardile,de l'endocardite et delà cardile, nous avons rapporté un très grand nombre d'observations dans lesquelles il existait une hypertrophie des tissus séreux , fibreux, et cellulaire du cœur. Il est vrai que dans la plupart des cas
les tissus dont il s'agit étaient à la fois hypertrophiés et transformés en des tissus anormaux; mais dans quelques cas l'hypertrophie était pure et simple. Les valvules en particulier, ainsi que nous l'avons vu , se présentent chez un grand nombre de sujets avec tous les caractères d'une véritable hypertrophie. Nous pourrions donc eonsacer ici un article spécial à l'hypertrophie de chacun des tissus du cœur. Mais l'hypertrophie du tissu séro-fibreux et du tissu cellulaire du cœur se développant le plus ordinairement, à la suite des inflammations dont ils peuvent être le siège, nous en avons suffisamment traité en nous occupant de lapericardite , de ï endocardite et de la cardite.
C'est pourquoi l'hypertrophie du tissu musculaire est la seule qui nous occupera désormais d'une manière spéciale.
Ce n'est qu'à une époque encore assez récente que les observateurs ont assigné kY hypertrophie ou super-nutrition du tissu musculaire du cœur le véritable rang qu'elle doit tenir dans la longue série des maladies de cet organe. Lancisi, Sénac , Morgagni , et beaucoup d'autres médecins contemporains de ces derniers n'étudièrent point à part l'hvpertrophie du cœur : ils la subordonnèrent à la dilatatiûn ou à Ya/uH'risme de cet organe. Il y a plus, c'est que , loin de considérer l'épaississement du cœur, qui accompagne si souvent la dilatation de cet organe , comme une simple augmentation de la nutrition de celui-ci, Lancisi attribua cet épaississement à un vice des fluides , et le compara à l'engorgement et à l'augmentation de volume que l'obstruction et la stagnation des fluides font éprouver au. c autres -viscères. Intel rapprochement n'est pas entièrement dénué de vérité ; mais il est clair que Lancisi confondait ici deux choses fort distinctes , savoir : l'accroissement de la masse normale des organes par suite d'une simple augmentation dans l'acte nutritif, avec le même accroissement par suite d'une uiteration, et non d'une pure et simple augmentation de cet acte nutritif. Lancisi confondait, en un mot, Y hyper-