DE L'HYPERTROPHIE. /^S
trophie avec YJictérotrophie (je dirais la cacotrophie, si cette expression était plus euphonique). Il faut , d'ailleurs, convenir de bonne foi que très souvent ces deux états morbides se rencontrent à côté l'un de l'autre dans le même organe, et qu'une simple augmentation de nutrition peutdégénérer assez facilement en une altération de nutrition.
Morgagni n'a point commis l'erreur dans laquelle était tombé Lancisi : il dit positivement que Fépaississement des parois du cœur, dans les cas que nous étudions ici , est une augmentation de la substance musculaire du cœur (prœternaturale carnis musculosœ augmcntum), et qu'elle n'est point due à un vice des fluides (uitio J/uidorum).
A l'instar de ses prédécesseurs, qu'il laissa néanmoins bjen loin derrière lui, Corvisart décrivit pour ainsi dire en bloc et la dilatation et l'hypertrophie du cœur , en continuant à subordonner celle-ci à la dilatation, comme l'indique six fameuse distinction des anévrismes du cœur en actifs et en passifs. L'anévrisme actif de cet illustre observateur n'est, en effet, que la réunion de la dilatation des cavités du cœur avec l'hypertrophie de leurs parois.
Tel était l'état de la science sur la matière qui nous occupe , lorsque , le 10 août 1811, Bertin en fit le sujet d'un Mémoire qu'il présenta à l'Institut et dont Corvisart fut nommé rapporteur. Plus tard, Bertin communiqua de nouveaux mémoires à cette savante compagnie- Comme c'est particulièrement sous le point de vue de la division des hypertrophies du cœur, que ce médecin a bien mérité de la science , et que personne plus que moi ne désire qu'une justice pleine et entière soit rendue à celui dans le service duquel j'ai commencé mes premières recherches sur les maladies du cœur, et dont j'ai rédigé les travaux, je me fais un vrai plaisir, en même temps qu'un devoir, d'exposer ici sa doctrine sur les trois formes de l'hypertrophie du centre circulatoire.
Dans lapremière forme, les parois d'une ou de plusieurs
cavités du cœur sont hypertrophiées , sans que ces cavités aient augmenté ou diminué de capacité : c'est l'hypertrophie simple.
Dans la seconde forme , les parois des cavités sont hypertrophiées en même temps que la capacité de ces cavités est augmentée : c'est Y hypertrophie excentrique ou l'anévrisme actif de Corvisart.
Dans la troisième forme , l'épaississement hypertrophique du cœur coïncide avec la diminution de capacité de ses cavités, comme si l'hypertrophie s'était opérée à leurs dépens : c'est Y hypertrophie concentrique.
Depuis Berlin, plusieurs observateurs ont eu occasion de rencontrer les trois espèces» les trois formes d'hypertrophie qu'il avait signalées, et nous en avons rapporté dans cet ouvrage environ cent exemples que nous avons recueillis nous-même.
M. le professeur f.ruveilhier est, à notre connaissance, le seul observateur qui ait contesté l'existence de l'une des formes de l'hypertrophie du cœur établies par Berlin, savoir, l'hypertrophie concentrique. Les raisons qu'allègue ce savant anatomo-pathologisle contre l'existence de cette forme d'hypertrophie sembleraient prouver qu'il n'a pas lu avec attention les faits rapportés dans le Traité des maladies du cœur de 1 8 v: 4 ; car aucune de ces raisons n'est réellement applicable aux faits dont il s'agit.
«Les faits que j'ai eu occasion d'observer, dit M. Cruveil- » hier, ne me permettent pas d'admettre l'hypertrophie con- » centrique. L'effacement de la cavité, l'épaisseur des parois, «proportionnellement plus considérable , me paraissent le » résultat du genre de mort. Le cœur de tous les suppliciés » que j'ai eu occasion d'examiner m'a offert ce double phé- »nomène au plus haut degré. Les parois ventriculaires se » touchaient dans tous leurs points. J'ai fait la même observation chezles individus qui ont succombé aune mort vio- » lente. Les cœurs hypertrophiés conceulriquenienl des
DE L'çYPJiRT^OPHIE. 4/7
«auteurs que je viens de citer (MM. Bertin et Bouillaud) me «paraissent lies cœurs plus ou moins hypertrophiés, que »la mort a surpris dans toute leur énergie de contractilité. »On peut d'ailleurs s'en convaincre en voyant la facilité «avec laquelle ces ventricules , sans cavité proprement dite, » se laissent dilater par l'introduction de plusieurs doigts. » (Voyez l'art. Hypertrophie , du Dict. de méd. et de chir. pratiq. )
Les observations d'hypertrophie concentrique que nous allons rapporter dans la première section de ce chapitre répondront de la manière la plus victorieuse aux objections de M. Cruveilhier, si compétent d'ailleurs en matière d'anatomie pathologique, cette branche de la médecine que ses travaux ont contribué puissamment à illustrer.
Chez les auteurs antérieurs à Bertin , on ne trouve réellement aucun fait qui se rapporte exactement à sa troisième forme d'hypertrophie ( hypertrophie concentrique ). Mais il n'en est pas ainsi de la première forme ( hypertrophie simple).
Dans une observation qu'il a rapportée dans sa 17e lettre, Morgagni dit positivement que la cavité du ventricule droit était à l'état normal, mais que les parois de ce ventricule étaient très épaissies : ventriculus dexter caveau quidem
SECUIS'DUM NATURAM, SED CRASSISSIMAS PARIETES HABEBAT. {De
Sedib. et Caus. morbor. , etc.; Epist. XVII, art. 21.)
Borsiéri admet formellement l'espèce d'hypertrophie dont il est ici question , comme le prouve le passage suivant de ses Institutions de médecine : Interdum moles tantum
CORDIS IPSA VIDETUR AUCTA, QlJIN TAMEiN JUSTO MAJOR CAV'EA- RUM AMPL1TUDO DICI POSS1T.
Enfin , Corvisart lui même a publié dans son ouvrage un exemple d'hypertrophie simple du ventricule gauche. Chez un malade mort d'un anévrisme de l'aorte ,« le ventricule j> gauche du iceur, sans être dilaté, offrait des parois