‹ Traitâe clinique des maladies du cœurChapitre 81 sur 125 · TRAITEMENT DE L'HYPERTROPHIE DU COEUR · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DE L'HYPERTROPHIE DU COEUR

Considérée en elle-même et indépendamment des autres maladies du cœur avec lesquelles elle peut être combinée , l'hypertrophie du tissu musculaire de cet organe doit être combattue par l'usage bien entendu des émissions sanguines et des sédatifs, secondés par le repos et par un régime alimentaire d'autant plus sévère que la maladie est plus prononcée.

La fameuse méthode de Valsalva et d'Albertini ne trouve sa rigoureuse et stricte application que dans les cas où l'hypertrophie est réellement énorme. Et même dans ces cas extrêmes, on rencontrera peu de malades doués d'une assez grande patience et d'une résignation assez stoïque pour se soumettre sans réserve à une pareille méthode.

Dans une maladie qui ne peut céder que lentement et graduellement aux moyens qui lui sont opposés , il est bien difficile de formuler exactement le nombre des émissions sanguines que l'on devra pratiquer, en se conformant pour la quantité de sang à retirer chaque fois , aux circonstances

d'âge, de force, de tempérament, etc. Chez un adulte , de force moyenne, affecté d'une hypertrophie du cœur d'étendue également moyenne, 5 ou 4 saignées du bras, de 5 à 4 palettes , pourront être pratiquées dans le cours du traitement , et l'on y joindra 1 ou 2 applications de ventouses scarifiées sur la région précordiaîe, à la close de 2 à 5 palettes chacune. Le mode d'action des émissions sanguines, dans la maladie qui nous occupe, est si simple, que nous pouvons nous dispenser de l'expliquer.

De tous les sédatifs auxquels on puisse recourir, le plus efficace , le p'us direct , c'est incontestablement la digitale : ce médicament, comme je l'ai déjà dit, est le véritable opium du cœur. Je n'insisterai point ici sur ses différents modes d'application ; j'ajouterai seulement que je l'ai employé avec beaucoup d'avantage parla méthode endermique. Je fais ordinairement appliquer un vésicaloire sur la région précordiale, et chaque jour on recouvre sa surface de poudre de digitale, à la dose graduée de G à 12 grains (5 à 6 décigr.). On diminue ainsi , comme par enchantement , le nombre et la force des battements du cœur, et ce ralentissement des battements du cœur constitue pour cet organe un véritable repos, une sorte de diète, dont on comprend facilement tous les avantages. Car s'il est vrai qu'un exercice immodéré du cœur soit une des causes les plus | rochaines de son hypertrophie, un des corollaires de cette proposition, c'est que la diminution d'action de cet organe constitue une condition éminemment favorable à la résolution de la maladie que nous venons de nommer. Par les émissions sanguines, on enlève au cœur une portion de son stimulus naturel et de Y aliment indispensable à sa nutrition ; par la digitale on engourdit, on assoupit en quelque sorte le principe dynamique ou nerveux de l'action du même organe (1).

(1) Je me suis assuré un si grand nombre de fois de l'action sédative de la

mSTOIRE GÉNÉRALE DE L'HYPERTROPHIE. Ôgi

Le repos de l'esprit et du corps, un régime doux et ténu, quelques tisanes rafraîchissantes, calmantes, telles que la solution de sirop d'orgeat, l'infusion de fleurs de tilleul et de feuilles d'oranger, sont autant de moyens qu'il ne fuut pas négliger, et sans le concours desquels (je parle surtout du repos et du régime alimentaire) on n'obtiendrait pas des émissions sanguines et des sédatifs tout le succès qu'on a droit d'en attendre.

On à vanté dans ces derniers temps l'administration de l'iode clans les cas d'hypertrophie du cœur. Je n'ai employé que chez un ou deux malades , et sans résultat avantageux , cet anli-hyperlrophique , si puissant contre une foule

digitale, que j'ai peine à comprendre comment un observateur tel que Laënnec a pu la metlre sérieusement en doute. «J'avoue, dit il, que l'ac- » lion de la digitale ne m'a jamais paru bien évidente, et surtout constante, » même lorsque la dose était au point de produire des vomissements et des «vertiges. J'ai remarqué seulement, avec plusieurs praticiens qui se sont » occupés des propriétés de la digitale, que, dans les premiers jours de son » administration , elle accélère souvent les battements du cœur, et que par » la suite elle semble quelquefois les ralentir. » (Ouv. cit., t. Il, pag. 735.)

En vérité , je ne sais de quelle digitale L»ëi>nec a pu se servir pour observer les effets ci-dessus indiqués. Ce que l'expérience la plus exacte me permet d'affirmer, de la manière la plus positive , c'est que la bonne digitale , dans les premiers jours de son administration, n'accélère pas souvent les battements du cœur, et que non seulement elle semble quelquefois les ralentir, mais qu'elle les ralentit bien réellement, et, chez plusieurs individus, dans l'espace de 24 à 48 heures seulei ent. Nous avons fait descendre ces battements de 100 et plus par minute à 48, 44 36, el même 2S.

Il est bon de prévenir les pralic!ens que l'usage prolongé de la digitale, à une dose un peu forte, donne quelquefois lieu à un délire et à des hal ucinations qui peuvent persister pendant plusieurs jours. Il importe de suspendre l'administration de la digitale , jusqu'à ce que l'accident que nous signalons ail disparu. En avril 1835, nous avons observé, pour la troisième fois , le délire produit par la digitale, chez un jeune homme couché au n° 2 de la salle Saint-Jean-de-Dieu, où il fut admis pour un rhumatisme articulaire aigu, compliqué d'endo-péricardile. Au bout de trois ou quatre jours de suspension de la digitale, les hallucinations et le trouble des idées ont disparu. (Le malade en a conservé le souvenir.)

r»t)'2 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.

d'hypertrophies extérieures, où son emploi est bien plus facile.

On constate la diminution de l'hypertrophie du cœur par les méthodes d'exploration que nous avons fait connaître en traitant des signes de cette maladie , et spécialement par la percussion , l'inspection et le toucher.

Les cas dans lesquels nous avons obtenu une notable diminution, sinon une complète disparition de l'hypertrophie du cœur 5 sont assez nombreux. Laënnec possédait une douzaine d'exemples de guérisons d'hypertrophie simple ou avec dilatation du cœur, qui ne s'étaient point démenties depuis plusieurs années. Un seul de ces exemples est rapporté par Laënnec , et il est d'autant plus intéressant que le sujet ayant succombé à une autre maladie, deux ans après la guérison, Laënnec constata par l'ouverture du corps que le cœur , loin d'être encore hypertrophié , était dans un état d'évidente atrophie.

Voici la description de Laënnec : Le cœur n'était pas plus gros que celui d'un enfant de 1 2 ans, bien constitué , quoique la malade, âgée de 55 ans , fut d'une haute stature [environ 5 pieds 5 pouces (1 met. 78 cent.). Son aspect extérieur rappelait tout à-fait celui d'une pomme ridée.

En lisant ce fait dans Y auscultation médiate, comme aussi en parcourant plusieurs autres passages de ce livre, on verra que Laënnec confondait malheureusement plusieurs des signes de l'hypertrophie avec ceux qui sont propres aux obstacles mécaniques à la circulation.

HISTOIRE GENERALE DE L ATROPHIE. Gg3

Page 1