‹ Traitâe clinique des maladies du cœurChapitre 82 sur 125 · CARACTÈRES ANATOMIQUES DE L'ATROPHIE DU COEUR · texte numérisé non relu

CARACTÈRES ANATOMIQUES DE L'ATROPHIE DU COEUR

Nous avons exposé dans nos Prolégomènes les différences qui existent entre le poids et le volume d'un cœur atrophié et le poids et le volume d'un cœur à l'état normal. Rappe-

(1) Tespérais pouvoir faire précéder l'histoire générale de l'atrophie du cœur d'une dizaine d'observations particulières sur celte maladie; mais, pressé par l'espace, je me contenterai d'en rapporter une seule dans cette note. Celle observation, jointe à celles que nous avons résumées dans nos Prolégomènes, prouvera que l'atropbie accidentelle ou non congénitale du cœur ne pourrait point être révoquée en doute, comme le dit M. Chomel (t. VIII du Dictionnaire de médecine en 25 vol., pag. 316).

Femme de 61 ans. — Battements du cœur profond», petits, peu étendus; bruits du cœur très faibles ; pouls petit , mince. — Mort rapide, suite d'une péritonite sur-aiguë. — Atrophie générale du cœur, dont le volume égale à peine celui d'un sujetde 12 ans (amincissement des parois, et diminution des cavités). — Traces d'une ancienne péritonite. — Épanchement purulent dans le péritoine.

Une marchande des quatre saisons, âgée de Cl ans, d'une force el d'une stature moyennes, fut transférée des salles de M. Fouquier dans celles dont je suis chargé, le 23 novembre 1832.

Il y avait trois mois que celte femme était entrée à l'hôpital, pour une affection caractérisée principalement par de la dyspnée et une infiltration des membres inférieurs. Elle avait éprouvé, à une époque fort éloignée de celle de son entrée, à la suite de couches, des symptômes de péritonite. Plusieurs fois aussi , elle avait offert des symptômes d'affection pectorale.

Au moment où elle fut placée dans notre service, elle ne se plaignait que d'être enrhumée. Il existait du rùle muqueux dans les deux cô;és de la poitrine, surtout en arrière; crachais muqueux, toux quinteuse.

Comme la malade avail été infiltrée, el qu'elle éprouvait de l'élouiïemeut h. #8

5g4 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.

Ions ici les principaux résultats du résumé des sept cas d'atrophie du cœur décrits à cette occasion.

i° Poids du cœur. Dans les sept cas indiqués, le minimum

après avoir monté un escalier, on explora le cœur, et voici quels furent les résultats de cette exploration :

Les battements du cœur étaient si profonds, si petits, si peu étendus, que la main, appliquée sur la région précordiale, les sentait à peine; ils étaient accompagnés d'un bruit sourd, si faible, qu'on l'entendait difficilement dans les intervalles des mouvements respiratoires , et nullement pendant ces mouvements, qui étaient accompagnés d'un souffle assez bruyant. Il n'existait point de bruit de soufflet dans la région précordiale.

Le pouls était faible, mince, régulier.

La malade se proposait de quitter prochainement l'hôpital, lorsque, le 28 novembre, elle fut prise tout-à-coup d'une vive douleur dans le côté droit de la poitrine, avec dyspnée très prononcée, et légère réaction fébrile. Cependant il n'y avait point de son mat, et la respiration s'entendait assez bien dans le côté douloureux. ( Saignée de deux palettes , douze sangsues sur le côté, boiss. pecl., looeh, diète.)

29. La douleur était un peu calmée, mais non entièrement éteinte. [Vèsicaloire sur le côté. )

Le soir, une douleur des plus aiguës se fait sentir dans le côté droit de l'abdomen, vers les dernières circonvolutions de l'intestin grêle; une extrême prostration se déclare; le pouls est à peine sensible, et les extrémités se refroidissent; les jambes sont le siège, sinon de véritables crampes, du moins de tiraillements qui s'en rapprochent. (Sinapismes.)

30. Persistance des accidents. Comme il était alors question d'une légère recrudescence du choléra, il paraissait naturel de se demander si nous n'avions point affaire à quelque cas de ce genre. La malade fut examinée avec une grande attention.

Il n'y avait point eu de vomissements ni de selles cholériques; les traits étaient grippés, les extrémités notablement refroidies, le pouls filiforme et difficile à sentir par intervalles; la douleur du flanc droit était si vive, que la pression sur cette région, quelque légère qu'elle fût, devenait bientôt insupportable.

Je jugeai que les phénomènes observés chez cette malade étaient l'effet d'une péritonite sur-aiguë, occupant surtout la région droite delà partie inférieure de l'abdomen.

La malade étant âgée, et depuis long-temps atteinte d'une affection chronique, le pronostic le plus grave fut porlé.

Dix sangsue* sur l'endroit douloureux n'amenèrent qu'un faible soulage-

HISTOIRE GÉNÉRALE DE t! ATROPHIE. 5g5

de ce poids était de io5 gram. (4 onces 1 à 2 gros), le maximum, de 200 gram., et la moyenne, de 175 gram.

20 Volume et dimensions. La moyenne de la circonférence

ment, et le lendemain, lei décembre, à dix heures du soir, la malade expira dans un état de douleur et d'anxiété extrêmes, après avoir fait des efforts de suicide.

Autopsie cadavérique , 36 heures après la mort.

1° Ory. digest. et annex. — Les anses intestinales contenues dans le flanc droit et la portion voisine de l'excavation pelvienne sont d'un rouge foncé, injectées, et le péritoine qui les recouvre parsemé de très minces filaments, qui sont des pseudo-membranes naissantes; quelques décagrammes d'un épanchement sanguinolent se rencontrent dans les environs des anses intestinales enflammées. Le péritoine se déchire avec une extrême facilité, et, au-dessous des lambeaux qu'on enlève, on voit une belle injection, d'un rouge artériel. Dans le côté gauche de l'abdomen, les anses du gros intestin sont adhérentes entre elles, ainsi qu'avec l'épiploon, au moyen d'un tissu cellulaire filamenteux, très dense (traces évidentes de l'ancienne péritonite). L'épiploon est en même temps replié sur lui-même et comme ratatiné. — La rate est petite , atrophiée , inégale , rugueuse à sa surface , ce qui dépend de la présence de plaques cartilagineuses ou calcaires qui incrustent son enveloppe séro-fibrense. — Membrane muqueuse de l'estomac sans injection , plutôt un peu pâle, amincie dans le grand cul-de-sac, où elle est même détruite complètement par plaques de quelques millimètres d'étendue. Rougeur de certaines portions de la membrane muqueuse de l'intestin grêle (dans le commencement et vers la fin). Membrane muqueuse du gros intestin, décolorée, anémique, offrant de nombreuses plaques enfoncées, d'une teinte ardoisée , qui ne sont autre chose, les unes que des ulcérations cicatrisées, les autres, moins nombreuses, que des ulcères non encore cicatrisés. Développement de quelques follicules. Les matières contenues dans l'estomac et les intestins n'ont aucun caractère cholérique, — Un demi-verre environ d'urine trouble dans la vessie.

2° Org. respirât, et circulât. — Les deux poumons sont perméables, crépitants, riches en matière noire; le droit adhère de toutes parts à la plèvre pariétale par un tissu cellulaire bien organisé et très ancien. On ne trouve de tubercules [dans aucun point de ces organes. La membrane muqueuse bronchique est rouge, violette, injectée, épaissie, recouverte d'abondantes mucosités, qui, en approchant des dernières ramifications bronchiques, se transforme en une matière tout-à-fait puriforme. Le tissu pulmonaire est, en certains points, le siège d'une infiltration œdémateuse. Les divisions des bronches sont manifestement très dilatées, surtout à droite.

Le cœur est d'un grand tiers moins volumineux que dans l'état normal (sa

ôq6 maladies du coeur en particulier.

du cœur, mesurée dans quatre cas, était de 6 pouces 9 lignes 1/2 (89 mill.).

La moyenne du diamètre longitudinal, mesuré dans six cas, était de 2 pouces 2 lignes (61 mill.); celle du diamètre transversal, mesuré dans les six mêmes cas, de 2 pouces 7 lignes 2/5 [j% mill.); celle du diamètre antéro-poslérieur, mesuré dans deux cas seulement, de 1 pouce 6 lignes 1/2 (43 mill.).

La moyenne de l'épaisseur des parois du ventricule gauche, mesurée dans six cas, était de 6 lignes 1/6 (14 mill.); celle de l'épaisseur des parois du ventricule droit, mesurée dans cinq cas , de 2 lignes 3/5 (6 mill.).

Si l'on compare ces dernières dimensions avec celles de l'état normal, on verra qu'elles les égalent ou même qu'elles les surpassent d'une petite quantité. Il paraît bien singulier, au premier abord, que les parois ventriculaires d'un cœur atrophié aient plus d'épaisseur que celles d'un cœur à l'état normal. Mais toute surprise cesse, lorsqu'on fait attention que, dans la grande majorité des cas où le cœur s'atrophie, les parois ventriculaires reviennent en quelque sorte sur elles-mêmes, et qu'elles gagnent ainsi en épais-

grosscur est à peu près celle du cœur d'un individu de 10 à 12 ans). Il esl ridé, comme flétri à l'extérieur, oiï l'on trouve [sur les cavités droites seulement) des plaques blanches, laiteuses, traces d'une ancienne péricardite. Le ventricule gauche contiendrait à peine un œuf de pigeon. L'épaisseur de ses parois esl d'environ i 3 licj. (7 mill.) . Le ventricule droit, un peu moins étroit, a des parois dont l'épaisseur est de 1 lig. 1/2 (3 à 4 mill.) à peu près. On y trouve quelques caillots de sang, en partie décolores, ainsi que dans l'oreillette correspondante. Les ori- I fices sont parfaitement libres. Quelques minces incrustations à la base des valvules gauches. La membrane interne du cœur n'offre aucune rougeur. , Des incrustations calcaires ou Gbro-cartilagineuses de diverse grandeur se rencontrent ça et là dans l'aorte; l'une d'elles, enfoncée dans le tissu artériel, est circonscrite par une ligne sinueuse, ressemblant à une cicatrice; ; dans l'aire circonscrite par la ligne indiquée , la membrane interne paraît ; manquer complètement. On trouve aussi trois ou quatre taches rouges, pro- j duites par du sang épanché au-desssus de la membrane interne. Partout ! aillcur- , ce'l<? membrane est d'un blanc jaunâtre.

seur ce qu'elles perdent en longueur et en largeur, à peu près comme il arrive pour les parois de l'estomac et de la vessie, lorsque ces organes sont rétractés ou revenus sur eux-mêmes.

Au reste , il est des cas d'atrophie du cœur où les parois ventriculaires perdent de leur épaisseur. Par exemple, dans l'observation placée en tête de ce chapitre (i 65), elle n'était que de 5 lignes (7 mill.) pour le ventricule gauche , de 1 ligne 1/2 (5 mill.) pour le ventricule droit, et cependant la cavité de ces deux ventricules avait notablement perdu de sa capacité normale.

Mesurée chez, un seul sujet, l'épaisseuT des parois des oreilleltes était de 1 ligne (2 mill.) pour la gauche et do 1/2 ligne (1 mill.) pour la droite.

Notée dans quatre des sept cas dont nous rappelons le résumé, la capacité des ventricules était moindre qu'à l'état normal. Dans un cas, la cavité du ventricule gauche pouvait à peine contenir le doigt. Dans un autre, le ventricule gauche aurait pu contenir à peine un œuf de pigeon (le ventricule droit était un peu moins étroit).

Mesurée dans deux cas , la circonférence de l'orifice auriculo-ventriculaire gauche avait pour étendue moyenne 5 pouces 4 lignes (91 mill.), (celle de l'orifice auricuïovenlriculaire droit n'ayant été prise que dans des cas de lésion de cet orifice, nous ne l'indiquerons pas); celle de l'orifice ventriculo-aorlique, 2 pouces 4 lignes 1/2 (66 mill.); celle de l'orifice ventricule-pulmonaire, 2 pouces 4 lignes (65 mill.).

L'épaisseur des valvules ne fut notée que dans un seul des sept cas indiqués. Toutes étaient d'une extrême minceur, à l'exception de la tricuspide , qui était anormalement épaissie, boursouflée.

Les comparaisons suivantes compléteront ce que nous avions à dire du volume du cœur à l'état d'atrophie. Dans notre observation 1 65e, le volume du cœur n'excédait pas

celui d'un enfant de 12 ans (le sujet de cette observation était une femme de 61 ans) ; il en était de même chez une femme dont l'observation a été recueillie par Laënnec et que nous avons citée h l'article du traitement de l'hypertrophie du cœur (cette femme était âgée de 57 ans et d'une taille de 5 pieds 3 pouces ou de 1 met. 78 cent.). Chez un homme d'environ 5o ans et fortement constitué , le cœur avait un volume qui ne dépassait pas celui du cœur d'un enfant très jeune. Dans un cas recueilli par Burns, le cœur d'un adulte n'excédait pas en volume celui d'un enfant nouveau-né ; dans un autre cas recueilli par le même observateur, le cœur d'une fille de 2G ans était aussi petit que celui d'un enfant de 6 ans.

Lorsque le cœur est ainsi émacié , rapetissé , il paraît comme ridé , flétri , et c'est avec beaucoup de justesse que Laënnec l'a comparé, dans un cas de ce genre, à une pomme ridée.

En somme , il résulte de nos observations que , selon ses différents degrés , l'atrophie du cœur peut faire perdre à cet organe le quart, le tiers , et même la moitié de son poids et de son volume normaux. Mais n'oublions pas de faire remarquer que le poids et le volume du cœur ne diminuent pas toujours de concert ou dans les mêmes proportions , ce qui dépend surtout de ce que les cavités de cet organe a l'état d'atrophie , loin de perdre toujours de leur capacité, en augmentent quelquefois. Sous ce point de vue même, nous croyons devoir établir diverses espèces ou formes d'atrophie du cœur.

\™ forme. Les parois d'une ou de plusieurs des cavités du cœur sont amincies , sans changement notable de leur capacité , de telle sorte que le volume du cœur est peu diminué. On pourrait donner le nom d'atrophie simple à cette première forme.

%e forme. Les parois d'une ou de plusieurs des cavités du cœur sont amincies en même temps que leur capacité

HISTOIRE GENERA.LE DE l'aTROPHIE. 699

est augmentée (i). Cette forme d'atrophie correspond à l'hypertrophie excentrique ou anévrismale . Quand elle existe, le volume du cœur peut être plus considérable qu'à l'état normal.

3e forme. Les parois d'une ou de plusieurs des cavités du cœur ont une épaisseur égale ou même supérieure à celle qui constitue l'état normal, mais la capacité de ces cavités est diminuée. Cette forme d'atrophie correspond à l'hypertrophie concentrique ou centripète.

Dans cette forme d'atrophie, qui est la plus commune, tandis que c'est la forme inverse d'hypertrophie qu'on rencontre le plus fréquemment, les parois du cœur ne conservent ou ne dépassent la mesure de leur épaisseur normale qu'en raison de leur retrait sur elles-mêmes. Elles perdent en longueur et en largeur, plus qu'elles ne gagnent en épaisseur, de telle sorte que , malgré cette fausse hypertrophie dans le sens de l'épaisseur, le poids du cœur est d'un quart, d'un tiers, ou même d'une moitié au-dessous de l'état normal.

ARTICLE DEUXIEME

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