DES PALPITATIONS NERVEUSES DU COEUR
§ I. Idée générale.
On donne le nom de palpitations nerveuses à ces mouvements tumultueux, forts et fréquents, dont le cœur est quelquefois agité , chez des sujets qui ne sont atteints d'aucune lésion matérielle appréciable de cet organe. C4es mouvements peuvent ne durer que quelques instants, ou bien, au contraire , persister pendant long-temps. Us sont sentis par les personnes chez lesquelles ils existent, tandis que les battements ordinaires du cœur ne le sont pas , au moins chez l'immense majorité des hommes.
Les bruits du cœur augmentent de force pendant les palpitations , et c'est particulièrement alors que le médecin les entend à distance, et que les malades les entendent eux-mêmes, surtout lorsqu'ils restent couchés sur le côté gauche. Les palpitations sont quelquefois accompagnées d'un léger bruit de souffle, qui disparaît aussitôt que le cœur est revenu à son état de calme. Ces palpitations sont assez souvent accompagnées aussi d'un sentiment de malaise et d'anxiété difficile à caractériser, et dont on rapporte le siège à la région précordiale ; quelquefois même il y a une tendance très marquée aux défaillances et à la syncope.
§ II. Causes des palpitations nerveuses.
Les palpitations dites nerveuses se rencontrent dans une foule de cas très différents les uns des autres et qu'il nous importe de faire brièvement connaître.
Commençons par établir d'abord que le tempérament nerveux constitue une prédisposition très réelle aux palpitations dont il s'agit , comme en général à toute autre maladie nerveuse. Cette prédisposition étant donnée, voyons maintenant quelles sont les diverses conditions propres
DES JMKVKOSES. 6oÔ
à déterminer les palpitations de l'espèce qui nous occupe
i" Les affections vives de l'àme, la joie, la frayeur, la colère, provoquent souvent des palpitations. îl est des affections moins vives, qui, par la continuité de leur action, amènent également à leur suite des palpitations : telles sont la tristesse, la mélancolie, la nostalgie. C'est à celte catégorie qu'il faut rapporter ces palpitations si communes chez les étudiants, qu'elles ont reçu à Edimbourg la dénomination de maladie du cœur des étudiants. Les excès d'étude et les veilles, etc., favorisent singulièrement le développement de ce genre de palpitations.
2° L'abus des boissons spiritueuses , du régime excitant en général , suffit quelquefois pour donner naissance aux palpitations. Il en est de même de l'excès des plaisirs vénériens, et de l'onanisme en particulier.
5° Des palpitations qui n'avaient pas encore été suffisamment étudiées, et qui rentrent indirectement dans la classe des palpitations nerveuses, sont celles qui apparaissent chez les individus anémiques elchlorotiques. On sait d'ailleurs combien sont nombreuses les causes de l'anémie et de la chlorose; mais que ces états morbides soientle résultat d'abondantes hémorrhagies ou de quelque lésion viscérale qui porte une atteinte profonde à l'hématose et à la nutrition, il est démontré par l'expérience qu'il suffit de la plus légère cause pour faire éclater alors des palpitations.
Les palpitations clilorotiques et anémiques ont été de notre part l'objet d'une étude d'autant plus attentive, qu'elles sont journellement confondues avec celles qui accompagnent certaines maladies organiques du cœur. L'erreur est, il paraît, très facile à commettre par les médecins qui ne se sont pas assez familiarisés avec le sujet dont il s'agit ; car, depuis six à sept années, j'ai vu, sans exagération, des centaines de malades chez lesquels celte erreur avait été commise par des praticiens dont plusieurs occupaient justement un rang des
6o6 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
plus distingués parmi leurs confrères. Cette erreur provient de ce que les personnes chlorotiques ou anémiques, comme les personnes affectées de certaines lésions organiques du cœur, éprouvent des palpitations, de la dyspnée et de l'étouffement au moindre exercice, après avoir monté un escalier, etc., symptômes à double sens, sur lesquels les praticiens vulgaires fondentmalheureusement leur diagnostic. Il fut une époque où nous manquions nous-mêmedes éléments propres à nous faire toujours bien distinguer ces deux genres de cas les uns des autres. Il n'en est plus de même aujourd'hui , et quiconque aura lu attentivement cet ouvrage , et aura observé pendant quelque temps les maladies dont il traite , saura se préserver d'une erreur de diagnostic d'autant plus grave, que le traitement de la chlorose pure et simple ou de l'anémie est diamétralement opposé à celui que réclament les maladies organiques du cœur avec lesquelles on pourrait les confondre.
Les palpitations chlorotiques ou anémiques sont souvent, mais pas toujours , accompagnées d'un bruit de soufflet du cœur bien caractérisé, doux et en quelque sorte moelleux. Constamment, dans l'état chlorotique bien décidé, les artères d'un grand calibre , et spécialement les carotides et les crurales , font entendre ces bruits variés qui tantôt imitent le ronflement de ce jouet connu sous le nom de diable, le sifflement ou le gémissement du vent qui traverse une serrure ou une fente étroite , le bourdonnement de certains insectes, le roucoulementplaintif de quelques oiseaux, etc. Depuis huit ans, j'ai rencontré cent et cent fois le phénomène dont il s'agit chez les chlorotiques et les anémiques. C'est incontestablement un des caractères les plus constants à la fois et les plus curieux de la chlorose confirmée et de l'anémie (1).
4° Il est des palpitations d'une autre espèce, que les au-
(1) Nous avons rapporté plusieurs cas de palpitations chlorotiques et ané