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INDUSTRIE DU MERCURE— HYDRARGYRISME PROFESSIONNEL

LE MERCURE DANS L'INDUSTRIE. — L'intoxication professionnelle par le mercure est loin d'avoir l'importance de l'intoxication saturnine professionnelle, le mercure étant loin d'être d'un usage aussi considérable que le plomb. Aussi les accidents de l'hydrargyrisme professionnel ne sont-ils bien connus que depuis peu d'années ; les travaux de Letulle (2) doivent être particulièrement cités.

PROFESSIONS EXPOSANT A L'HYDRARGYRISME. Gomme pour le plomb, il y a lieu de distinguer les professions qui ont contact avec le mercure métallique et celles où l'on manie ses dérivés.

1° Mercure métallique. — Comme pour le plomb, il faut

(1) Jamcot, Bull, méd., 1906, n° 11.

(2) Letulle, art. « Hydrargyrisme», in Nouveau Traité de médecine et de thérapeutique de MM. Brouardel, Gilbert, Thoinot, fasc. XL

extraire le mercure du sein de la terre, et la métallurgie du mercure fait des victimes comme celle du plomb. C'est surtout en Espagne qu'existent les mines de mercure ; ce sont les mines fameuses d'Almaden ; en Carniole, se trouvent les mines célèbres aussi d'Idria ; il y a enfin quelques mines en Russie (Nikitowka) et aux États- Unis (Californie).

Les conditions du travail dans ces diverses mines sont différentes au point de vue de l'hygiène. A Almaden, l'intoxication est fréquente, bien que les ouvriers ne fassent que quatre heures à quatre heures et demie de travail par jour. A Idria, quoique la durée du travail soit plus longue, l'intoxication est plus rare, sauf si les ouvriers ont à traverser des zones de schistes imprégnés de gouttelettes de mercure et appelés Silberschiefer. A Nikitowka, où le mercure est extrait à l'état de cinabre ou sulfure de mercure, il n'y a pas d'intoxication, d'où on peut conclure qu'à Almaden les accidents sont dus aux particules de mercure. Il est à remarquer qu'à Idria, à rencontre de ce qu'on a vu à Almaden, les habitants étaient incommodés par la diffusion des vapeurs de mercure; les troubles s'étendaient même aux bovidés, qui se cachectisaient et avortaient.

Le travail des mines comporte trois opérations. La première est Yextraction du minerai. La seconde est le travail des fours de sublimation, qui a remplacé, au grand bienfait de l'hygiène, la distillation en vase clos, qui produisait des vapeurs lors de l'enlèvement des résidus. Aujourd'hui, on applique pour le mercure les principes d'hygiène qui ont donné de bons résultats pour la métallurgie du plomb, c'est-à-dire qu'on évite le refoulement des vapeurs grâce à un ventilateur aspirant près de la base de la cheminée d'évacuation. Les fours sont enfermés dans des enveloppes métalliques étanches; les gaz circulent dans des tubes de fonte, puis dans des serpentins en grès arrosés au dehors. Ils sont alors envoyés dans de grandes chambres en bois àjoints étanches. Le mercure et les suies liquides se réunissent dans des bâches en bois revêtu de ciment.

Reste la troisième opération, extraction des suies des chambres de condensation, qu'on fait du dehors avec des racloirs en caoutchouc introduits par des orifices latéraux. Les suies sont mécaniquement malaxées avec de la chaux pour en séparer le mercure. Tels sont les procédés en usage aux mines d'Idria, où l'hygiène est très satisfaisante.

Ce mercure ainsi extrait va être manipulé dans un certain nombre d'industries. Au premier rang des professions exposant àl'hydrargyrisme, il fallait compter Yétamage des glaces ; nous disons, il fallait, parce qu'aujourd'hui on se sert de procédés différents et qui n'exposent plus à l'hydrargyrisme. Voici en quoi consiste l'étamage des glaces au mercure : « La mise au tain s'effectue sur une table de marbre ou de pierre, bien plane et parfaitement polie, sur laquelle

on étend une feuille d'étain. Cette table a été engagée dans un cadre de bois dont un des côtés est libre pour le passage de la glace et dont les trois autres côtés sont munis de rebords. Tout étant préparé, on garnit avec une feuille de papier le bord libre du cadre, et on verse d'abord sur la feuille d'étain une petite quantité de mercure qu'on étend avec un tampon de flanelle pour favoriser l'amalgame ; puis on verse de nouveau du mercure pour former une couche de mercure de plusieurs millimètres. Enfin les impuretés qui surnagent ayant été enlevées, la plaque de verre, bien nettoyée et asséchée avec le plus grand soin, est coulée avec précaution dans le cadre sur la couche mercurielle. Recouverte ensuite d'une pièce de flanelle et de drap, elle est chargée de poids qui favorisent le contact ; le mercure en excès est ainsi expulsé, et on facilite son écoulement en imprimant à la table une légère inclinaison (1). » La diffusibilité des vapeurs mercurielles est extrême, comme l'ont montré les recherches de Merget, qui, au moyen de la réaction avec l'azotate d'argent ammoniacal, a vu que la diffusion se fait, non pas seulement au contact du métal, comme le croyait Faraday, mais dans toute la pièce où séjourne le mercure. Des traits faits sur un papier avec l'azotate d'argent ammoniacal noircissent par l'effet du mercure.

De même que l'étamage des glaces au mercure, la dorure ou 1 "argenture au mercure ne sont guère plus que des procédés historiques. Voici comment on la pratiquait. Tout d'abord on préparait un amalgame d'or ou d'argent dont on enduisait les métaux. Pour cela on versait du mercure sur de minces lames d'or mises dans un creuset porté au rouge, et on brassait. L'amalgame refroidi était appliqué: alors il fallait volatiliser le mercure. Pour cela on portait sur des grils, le mercure s'évaporait, laissant l'autre métal adhérer. La pièce amalgamée était souvent brossée, frottée avec du coton pour égaliser l'amalgame. Il est facile de comprendre combien il se dégage de vapeurs mercurielles : aussi faut-il employer des fourneaux à grand tirage, recouverts d'une hotte munie en avant d'un rideau vitré s'abaissant jusqu'à 15 centimètres du fourneau, ou mieux les ventilateurs de Geneste et Herscher avec un courant en haut pour les vapeurs légères et un en bas pour les vapeurs lourdes; mais ces courants d'air peuvent être gênants pour les ouvriers.

Le lavage des cendres d'orfèvres consiste à griller les balayures des ateliers d'orfèvrerie et de bijouterie et à amalgamer les cendres au mercure, qu'on chasse par distillation pour récupérer l'or.

Il est un emploi du mercure métal qui n'intéresse qu'une population restreinte, c'est la fabrication des baromètres et des thermomètres. Dans le chauffage du mercure des baromètres pour chasser les bulles, il y a émission de quelques vapeurs toxiques. Pour ce qui est des ther-

(1) Poisons industriels, 1901, p. 84.

momètres, on les remplit en plongeant l'extrémité libre dans la cuve à mercure après chauffage du réservoir et du tube pour en chasser l'air. Le mercure peut être ainsi volatilisé, surtout lorsque les tubes se cassent, et l'intoxication est favorisée par les conditions défectueuses d'hygiène où sont ces ouvriers, qui font leur travail à domicile. On éviterait les accidents par une bonne ventilation.

L'industrie toute moderne et de plus en plus importante des lampes à incandescence expose à l'hydrargyrisme. Les ouvriers procèdent ainsi : le vide est fait dans un tube ampullaire, puis ce tube est fermé à la lampe, et la « poire » en est séparée. Ce vide s'obtient avec la pompe pneumatique à mercure. Les accidents sont dus comme ci-dessus au bois des tubes et à la projection du mercure sur le sol.

Le mercure sert aussi à Y extraction de l'argent du minerai lorsque celui-ci est pauvre. On pulvérise le minerai, qu'on jette avec de l'eau au-dessus du mercure; on y mêle du sel de cuisine pour oxyder les métaux et du minerai de cuivre calciné et pulvérisé [magistral). Après quelques jours de repos, des hommes tenant en main un linge plein de mercure le pressent pour en faire des bulles au-dessus de la boue métallique préparée comme il vient d'être dit. Il faut six fois autant de mercure qu'il y a d'argent et de 1 à 7 livres de magistral par livre de mercure. On mélange ces substances. Au bout de quelques mois, on sépare l'amalgame d'argent des impuretés ; puis on isole l'argent par sublimation. Ce sont ces vapeurs de mercure qui peuvent être dangereuses. C'est au Mexique qu'abondent les mines d'argent.

2° Composés mercuriels. — En tête des professions où sont manipulés les composés mercuriels, il faut étudier le sécrétage des poils, dont les usines sont assez nombreuses, surtout à Paris. Avant de devenir feutre, les poils de lapin ou de lièvre subissent diverses manipulations. La première est appelée sécrétage, nom qui vient de ce que la préparation employée ad hoc était tenue secrète ; ce secret fut perdu avec l'émigration des protestants après la révocation de l'Edit de Nantes et ne fut retrouvé qu'en 1747, où il fut rapporté par un ouvrier ayant travaillé en Angleterre. Il y a deux secrets, le jaune •qui contient 20 grammes de mercure métallique pour 100 d'acide nitrique à 40° et le blanc ou pâle qui renferme 32 p. 100 de mercure, et qu'on étend d'eau pour ramener la densité à 9 ou 10°. Le premier teint en jaune les poils, le second n'en altère pas la nuance. Les peaux préparées (triage, nettoyage, lavage pour les peaux de lièvres ; fendage, éjarrage, dégalage pour les peaux de lapins) sont imbibées de solution mercurique, séchées à l'étuve, puis tondues. Pour cela, les peaux passent en différentes mains. C'est d'abord l'ouvrier sécréteur, •qui, après avoir préparé le secret, les brosse avec une brosse chargée de cette solution et les porte à l'étuve, à une température de 50 à 77°, puis au sortir de là les met en paquets, après les avoir un peu

arrosées pour les rendre moins cassantes. Elles restent alors de quelques jours à quelques mois empilées dans des locaux spéciaux. Le sécrétage terminé, les peaux passent à Yéchiqueteuse, qui coupe la queue qu'elle tond aux ciseaux, puis au brosseur, qui brosse à sec en redressant les poils; le brossage se fait à la main ou mécaniquement. Ensuite vient le coupeur, qui coupe mécaniquement la peau en petiteslanières et la tond entièrement. L'éplucheuse divise les poils par qualité ; les monteuses les mettent en paquets. Le brossage et la tonte se font mécaniquement. En sept à huit heures, cinq à six personnes ont à manipuler de 1 100 à 1 200 peaux. Les plus en danger sont les sécréteurs, puis les brosseurs, enfin les coupeurs. Les premiers plongent les mains dans le nitrate de mercure et sont exposés aux vapeurs mercurielles sortant de l'étuve. Il faut enfin noter que les vapeurs nitreuses concourent aussi à l'intoxication. Cependant Letulle, s'attachant à combattre ce qu'il appelle les légendes du mercure, montre que les dangers pour ces ouvriers ne sont pas si grands qu'on croit. L'hôpital Tenon, qui en reçoit beaucoup, en a hospitalisé soixante-dix en dix ans, et il n'y a eu aucun cas de mort. Cette bénignité de l'intoxication tiendrait, selon lui, à trois causes : 1° courte durée de la journée de travail, sept à huit heures par jour au maximum; 2° nombre annuel peu élevé des journées de travail, pas plus de 300; 3° voyage que font ces ouvriers en Auvergne, leur pays natal, pendant le chômage annuel.

Ces feutres ainsi préparés au mercure peuvent provoquer quelques accidents chez les fabricants de chapeaux qui les utilisent. On a trouvé, dans une cloche de feutre, c'est-à-dire un feutre non façonné, mais mis en forme et pesant 73 grammes, une quantité de mercure métallique de 0gr,2072 ; dans une autre du poids de 79 grammes, il y avait 0gl, 3392 de mercure (1). Dans des chapeaux de feutre en usager il y aurait un demi-gramme de mercure, qui, combiné à la kératine des poils, a formé des produits insolubles qui résistent au lavage. Des poussières mercurielles peuvent se dégager au cours des diverses manipulations nécessaires pour transformer le feutre bruten chapeau.

Les ouvriers qui travaillent au bronzage des canons de fusil manient des composés mercuriels. Ils se servent de trois liquides, dont l'un répond à la formule suivante :

Bichlorure de mercure 50 grammes.

Chlorhydrate d'ammoniaque 50 —

Eau 1000 —

On badigeonne le fusil avec ce liquide. En outre, après séchage, on gratte à la brosse l'enduit analogue à de la rouille qui s'est formé sur les fusils, d'où production de poussières. Ce qui atténue l'intoxication,,

(1) Jiwgfleisch, Ann. d'hyg. et de méd. lèg., 3e série, 1892, t. XXVIII, p. 498.

c'est ce fait que l'ouvrier n'est employé à ce travail qu'une demijournée sur trois.

Le damasquinage utilise aussi le sublimé dans l'alcool. Les bronzeurs de figurines manipulent la même substance.

La vulgarisation si grande de la photographie donne de l'intérêt auxaccidents auxquelselle expose. Les photographes ontàmanipuler du bichlorure et du biiodure de mercure, mais il ne parait pas qu'on ait observé chez eux d'accidents de ce chef (Duchène et Michel) (1). Môme remarque pour les chimistes. Le fréquent lavage des mains semble un moyen suffisant de prophylaxie.

Les fabricants du jouet appelé serpent de Pharaon manient aussi sans inconvénient les sulfocyanure et sulfate de mercure. Pour les jouets coloriés, on se sert de rouge de mercure, cinabre, vermillon. Les imprimeurs sur draps, les teinturiers emploient le sublimé comme mordant. Pour les fleurs artificielles aussi, on utilise des composés de mercure (bisulfure, biiodure, bichromate). Le sublimé sert aussi dans les opérations de Yempaillage.

Nous terminerons cette revue de l'emploi industriel des composés du mercure par les professions où on fabrique et où on emploie le fulminate de mercure. Marie et Londe ont publié, en 1884, l'observation de quatre personnes d'un tir forain ayant eu des accidents mercuriels dus aux vapeurs dégagées par la fréquente explosion des capsules au fulminate de mercure. Les accidents furent observés en hiver à cause du défaut de ventilation. Un enfant qui n'était pas dans le tir pendant la journée fut indemne. Les accidents cessèrent en même temps que l'emploi du fulminate : ils furent plus marqués chez les hommes (tremblement accentué) que chez les femmes (stomatite seulement). On constata les mêmes crises de tremblement chez un employé d'un tir à Marseille.

PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE DE L'HYDRARGYRISME PROFESSIONNEL. — Comme nous l'avons vu pour le plomb, le mercure peut pénétrer par plusieurs voies, qui sont la peau, les muqueuses respiratoire ou digestive.

1° Pénétration par la peau. — Le poison peut pénétrer par la peau, quoique cette voie d'absorption ne soit pas la principale. Pour cela, il faut des éraillures, des crevasses, qui sont fréquentes à cause de l'irritation épidermique entretenue par le contact avec des corps aussi irritants que les composés mercuriels, comme par exemple le nitrate acide de mercure.

2° Pénétration par le tube digestif. — L'absorption par le tube digestif est facilitée par le dépôt sous les ongles de crasses mercurielles, et surtout si les ouvriers mangent à l'atelier. Galippe a montré que le mauvais état des gencives favorisait l'intoxication.

(1) Duohêne et Michel, Rev. hyg., 188?, p. 378.

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3° Pénétration par la voie respiratoire. — Il semble qu'ici la voie principale d'absorption soit la voie respiratoire, soit par des poussières mercurielles, soit par les vapeurs émises, qui sont, comme nous Pavons vu, très diffusibles. La volatilisation facile du mercure à la température ordinaire est bien démontrée par le fameux accident du vaisseau le Triumph, où la rupture d'outrés mercurielles amena 200 cas d'hydrargyrisme avec 3 morts; tous les animaux succombèrent. A. Gautier (1) a signalé le cas déjeunes gens qui, pour faire un^malgame d'argent, volatilisèrent dans un espace non clos 200 grammes de mercure. Un d'eux mourut, et on vit qu'il éliminait lKr,78 de mercure par litre d'urine. On conroit qu'à plus forte raison il y aura diffusion de vapeurs à une température élevée. A Idria, en 1803, à la suite d'un incendie, î y eut du tremblement chez 900 individus, et l'influence nocive du mercure s'étendit à plusieurs kilomètres de distance.

4° Localisation du mercure. — Le poison se localise surtout dans le sang, le foie, les muscles, les os, le cœur ; il détermine des lésions de néphrite subaiguè, plutôt parenchymateuse, de la névrite péri-axile (Letulle), de l'atrophie de la myéline dans la moelle (Wising).

5° Elimination du mercure. — Comment s'élimine le mercure ainsi absorbé ? L'élimination se fait par la salive et les sécrétions intestinales, peut-être aussi par l'air expiré (Merget) et par d'autres sécrétions (lait). L'élimination se fait lentement ; Paschkis et Vadja ont trouvé du mercure dans les sécrétions au bout de plusieurs années, rarement au delà d'un an.

SYMPTOMATOLOGIE. — L'intoxication professionnelle est toujours marquée par les accidents qui constituent ïhydrargyrisme chronique. Elle frappe surtout les malingres, les individus placés dans de mauvaises conditions d'hygiène, les alcooliques, les femmes enceintes. Rappelons l'importance de l'étatde la bouche et des dénis. Letulle a signalé l'accoutumance qui peut se faire au poison, fail qui nous explique la prédisposition des jeunes sujets aux accidents; dans certains cas, ceux-ci n'apparaissent qu'après cessation du travail.

On peut ramener la symptomatologie de l'hydrargyrisme professionnel à trois ordres de manifestations : 1° la stomatite qui se montre seule dans les cas légers ; 2° les troubles nerveux, surtout marqués par du tremblement, et qui caractérisent une intoxication plus profonde ; 3° la cachexie, aboutissant de l'hydrargyrisme chronique comme du saturnisme. Mais, avant d'examiner ces manifestations, il faut rappeler les signes avant-coureurs que Letulle a mis en lumière et que le médecin a tant d'intérêt à dépister pour mettre en garde l'ouvrier contre des accidents plus graves.

Ces signes prodromiques sont au nombre de trois principaux : les

(t) A. Gautier, Rapp. au Conseil d'hyg. de la Seine. 16 dcc. 1885.

troubles digestifs marquent souvent le début ici, comme pour l'intoxication par le plomb : l'inappétence amène de l'amaigrissement. Le second de ces signes est le tremblement convulsif des muscles de la face. Enfin il y a des troubles psychiques particuliers, que décrit ainsi Letulle : « Un ouvrier, travailleur excellent et adroit, tout à ses occupations, est subitement pris d'une sorte de timidité hésitante qui le dérange dans son travail. Un mot, une interpellation, une discussion l'utile suffisent à troubler son attention. Il ne peut supporter pendant son travail ni les regards d'un curieux, ni les remarques d'un camarade d'atelier ; il suffit même qu'il se sache regardé. La sensation que quelqu'un, par derrière ou à coté de lui, surveille ses actes manuels le jette dans une angoisse indicible. Cette timidité, cette sensibilité qui touche à la névrose progresse rapidement. Le malade pâlit à la moindre question, et la gène douloureuse qu'il ressent peut aller même jusqu'à la syncope. Les nuits deviennent mauvaises, il y a des hallucinations terrifiantes, mais passagères, souvent professionnelles. »

Troubles digestifs. — Plus tard survient l'ensemble symptomatique dont la stomatite est le premier degré. La stomatite est moins fréquente, au moins sous sa forme aiguë, que dans l'hydrargyrisme aigu et en particulier médicamenteux. Elle peut être considérée comme la conséquence du dépôt sur la muqueuse buccale de fines gouttelettes de mercure condensé. Elleest d'abord marquée par de la gingiviteavecptyalisme,puispardes ulcérations pultacées des joues, plus tard par du gonflement périosto-alvéolaire, des gencives fongueuses, ulcérées au niveau du collet des dents, qui tombent ici successivement comme dans le diabète. Les douleurs, d'abord très vives, se calment souvent après la chute des dents ; la stomatite guérit alors. Cette stomatite est fréquente à Almaden, où les jeunes ouvriers sont édentés de bonne heure. Dans des cas plus malheureux, des infections secondaires pénètrent par les portes d'entrée qui leur sont ainsi offertes. Les maxillaires se nécrosent: des adénites, des périostoses peuvent compliquer cette stomatite grave.

Par contre, chez certains ouvriers, la stomatite à proprement dire fait défaut. On voit en particulier chez les sécréteurs de poils les dents mercurielles, c'est-à-dire des dents noires avec des stries allongées et des dépressions cupuliformes; la dent paraît élimée à son sommet. Le plyalisme chronique auquel sont sujets ces intoxiqués peut donner lieu à un gonflement chronique des glandes salivaires, surtout de la parotide, vrais oreillons mercuriels.

Tremblement. — Mais ce qui caractérise surtout l'intoxication professionnelle, c'est le tremblement, qui peut en être l'unique manifestation. Ce tremblement est sous l'influence des vapeurs mercurielles, surtout prompt à survenir si ces vapeurs sont à hante température. Ce tremblement, dont la symptomatologie a été bien définie par Th. Roussel, Tardieu, Kt'issmaul, G. de Mussy, Fernet, Schoull,

a généralement une lente progression. Il débute par la face, les lèvres, la langue, gagne ensuite les membres supérieurs, puis inférieurs, où il est rapide et à secousses étendues. Peu sensible au repos, il s'exagère à l'occasion des émotions, des mouvements volontaires, de l'attention. Il diminue ou cesse au lit, sauf dans les cas graves; il reparaît en tout cas si on découvre le malade. 11 diminue si le malade est soustrait à l'intoxication ; mais les rechutes sont rapides.

Dans les cas accentués, le malade devient un impotent, incapable même de manger. Dans ces cas, on observe la forme convulsive, où il y a association de calambres, c'est-à-dire de contractures douloureuses portant surtout sur les fléchisseurs des avant-bras. D'après Tardieu, on les observerait chez un dixième des ouvriers d'Almaden. Dans ces cas, heureusement rares aujourd'hui, la mort survenait dans une proportion de moitié des cas, et ceux qui survivaient restaient impropres au travail des mines.

Le tremblement peut être associé à d'autres troubles nerveux, en particulier les paralysies. Ces paralysies, dont les caractères ont été étudiés par Tardieu, Hallopeau, Letulle, sont incomplètes, flasques, sans contracture ; souvent circonscrites, elles n'envahissent que certains groupes musculaires, surtout les extenseurs du membre supérieur; quelquefois elles sont disséminées. On y note la persistance de la réaction faradique et galvanique, la conservation des réflexes qui ne sont qu'un peu diminués, l'absence d'atrophie. Ces paralysies s'accompagnent souvent d'altération de sensibilité; il y a des plaques d'anesthésie ou d'hyperesthésie, des troubles sensoriels, hyperacousic ou diminution de l'ouïe, de l'odorat, amblyopie. Ces phénomènes éveillent l'idée d'hystérie toxique, car, comme le plomb, comme d'autres poisons minéraux ou végétaux, le mercure peut créer l'hystérie. Le tremblement peut même prendre tous les caractères du tremblement hystérique, modifié par la suggestion, l'aimant, etc. Charcot, Letulle ont insisté sur la part considérable qui revient à l'hystérie dans les manifestations nerveuses des intoxiqués par le mercure.

Cachexie psychique. — A une période avancée, sous l'influence des troubles digestifs, et surtout de la diarrhée, le malade s'anémie, maigrit et entre dans la cachexie, à laquelle la néphrite mercuriclle donne un cachet spécial, marqué par la pâleur et la bouffissure du tégument, l'œdème des extrémités. Cet état se complique d'une vraie cachexie psychique avec vertiges, hallucinations, démence, pseudoparalysie générale. « On garde, dit Tardieu, les malades au coin du feu, assujettis sur une chaise comme des enfants en bas âge ; beaucoup d'entre eux ne peuvent ni s'habiller ni manger seuls; leur visage devient stupide en même temps qu'ils n'articulent plus que des sons vagues et confus. » C'est en somme un vrai état de démence paralytique.

La mort vient bientôt terminer ce tableau morbide soit par le fait même de la cachexie, soit surtout par une infection secondaire, érysipèle, pneumonie qui trouve un terrain favorable. En particulier la tuberculose est fréquente chez ces intoxiqués (71 p. 100, d'après Kussmaul à Arlangen).

Une intoxication d'action aussi générale doit nuire au produit de la conception. On a noté pour le mercure des effets analogues à ce que nous avons vu pour le plomb. Kussmaul, Keller, etc., ont signalé les avortements des ouvrières en glaces, et, si l'enfant naît à terme, c'est généralement un débile qui ne tarde pas à succomber.

En France, où d'ailleurs va en diminuant le nombre des industries qui emploient le mercure, on n'observe que les formes atténuées de l'intoxication ; sur 72 malades traités dans les hôpitaux de 1891 à 1901, Josias (1) n'a relevé que deux cas de mort et par autre cause ; nous avons eu aussi l'occasion de dire que, sur 70 intoxiqués traités en dix ans à l'hôpital Tenon (1879-1889), Letulle n'avait pas relevé un cas de mort. Aussi a-t-il pu parler de la légende du mercure. Il n'en est pas de même chez les ouvriers des mines ; ce sont eux qui font ces cas graves ou mortels dont nous avons relaté le tableau, surtout vrai pour les ouvriers d'Almaden.

PROPHYLAXIE . — Au point de vue de l'hygiène professionnelle, c'est à reconnaître les symptômes de début que doit viser le médecin. Il faut dire que ce diagnostic est assez délicat, vu la banalité des signes de début. Il faut ne pas négliger les troubles digestifs et intestinaux et tacher de faire la part souvent difficile à préciser qui peut revenir à d'autres intoxications concomitantes (alcool, arsenic chez les chapeliers, etc.). Les manifestations morbides peuvent même, par une particularité qu'on note dans d'autres intoxications, ne se manifester que quand l'ouvrier a quitté le travail. Dans tous ces cas, on aura recours à la recherche du mercure dans les urines, qui peut se faire par le procédé d'Almen. L'élimination étant lente et intermittente, on trouve du mercure longtemps après la suppression de l'intoxication.

Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on a remarqué ce que peuvent les précautions hygiéniques dans la prophylaxie des méfaits du mercure. En 1721, de Jussieu avait vu qu'à Almaden «les forçats vivant continuellement dans la mine étaient atteints au plus haut degré du tremblement professionnel, tandis que les habitants du bourg, travaillant librement aux mines, prenant soin de ne jamais y manger, de changer de vêtements lorsqu'ils en sortaient, de se laver fréquemment le corps et de faire de l'exercice au dehors, conservaient leur santé et y vivaient comme les autres hommes ». Roussel, en 1848, Raymond en 1886, confirment les dires de De Jussieu. L'hygiéniste a le devoir de protéger les ouvriers contre

(1) Josias, Maladies professionnelles, 1903, p. 26.

les dangers du mercure, car c'est avec raison que Layet (1) dit : « Il ne faudrait pas faire jouer aux manifestations hystériques un rôle trop important et en arriver à nier au tremblement mercuriel son caractère pathognomonique et son origine incontestable. C'est en effet bientôt fait d'établir que toute névropathie d'origine toxique, mercurielle ou saturnine, n'est que le résultat d'une prédisposition; c'est bientôt fait également de déclarer que les tremblements mercuriels sont des tremblements hystériques : il n'en est pas moins vrai que la substance toxique reste l'agoni provocateur de la manifestation morbide professionnelle, les névropathes se montrant ici comme ailleurs susceptibles d'en ressentir les effets. »

Le mercure étant surtout dangereux par ses vapeurs, c'est surtout à les éviter que doit viser la prophylaxie générale à toutes les professions où est manipulé le mercure ou l'un de ses composés. Les ateliers doivent être soigneusement ventilés; en été, on y pulvérisera de l'eau pour éviter une température trop élevée; en hiver, on évitera les appareils de chauffage en fonte, dont les parois s'échauffent trop. Les ouvriers ne doivent pénétrer dans les chambres de condensation que si elles sont refroidies. On a conseillé de vaporiser le mercure sous des hottes surmontées d'un tuyau d'aspiration. D'Arcet avait construit un appareil clos ou lanterne devant lequel travaillaient les doreurs au mercure, en passant les bras sous les bords de la vitrine qui leur descendait au milieu de la poitrine. On a conseillé d'autres mesures prophylactiques, consistant dans le port de masques, tels que ceux à doubles treillis, garnis d'épongés fines recouvertes au dehors de potée d'étain ou de feuilles d'or pour arrêter le mercure au passage en s'amalgamant. On pourrait encore se servir de tissus lâches imprégnés de fleur de soufre (Stokes), ou mouillé avec des solutions de nitrate d'urgent ammoniacal ou de chlorure de palladium (Merget). Layet recommande le masque à double compartiment et avec ouate filtrante imprégnée de cette solution.

On a essayé de diverses façono de neutraliser le mercure. Pour cela, on a utilisé la fleur de soufre (Pappenheim, Stokes, Boussingault), répandue dans les ateliers, et devant sulfurer le métal, soit par terre, soit sous forme de vapeurs. Schrôtter a conseillé l'iode dégagée par une solution d'iodure de potassium saturée d'iode. Mais les expériences de Merget (2) ont montré que les animaux qui inhalent ces poussières de sulfure et d'iodure meurent plus vite que ceux soumis seulement à l'action des vapeurs mercurielles. Il recommande de répandre un peu d'hypochlorite de chaux, qui fait avec les vapeurs mercurielles du protochlorure ou calomel qui lui semble inoffensif ; mais Layet ne se montre pas convaincu de l'innocuité de ce procédé.

(1) Encycl. hyg. induslr., t. VI, p. 483.

(2) Merget, Action toxique physiologique. Thèse de Bordeaux, 1888.

L'ammoniaque a été employée par Meyer (1), qui faisait répandre le soir sur le sol un demi-litre d'ammoniaque; de bons résultats auraient été ainsi obtenus, fait que Merget ne peut expliquer, l'ammoniaque n'ayant pas d'action par ses vapeurs sur celles du mercure. Layet (2) conseille la sciure imprégnée d'ammoniaque ou d'hypochlorite de chaux et répandue sur le sol: aux planchers, il préfère une aire macadamisée ou bitumée, nettoyée avec des rognures d'étain, ou mieux recouverte en permanence de ces rognures ou de potée d'étain.

Stokes a recommandé le frottement à la fleur de soufre ou le trempage dans du sulfure de potassium des longues blouses bien fermées que revêtent les ouvriers pour le travail. Layet propose de soumettre ces vêtements à de faibles fumigations de chlore.

Il va sans dire que ces mesures ne seront efficaces qu'autant que les ouvriers seront soumis à une sévère hygiène corporelle, bains sulfureux, savonnages des parties souillées, lavage de la bouche à l'eau chlorurée, nettoyage des dents. On a conseillé, à litre prophylactique, Yingeslion de divers médicaments : iodure de potassium à petites doses (N. Guillot et Melsens), que Schoull a vu provoquer chez les ouvriers sécréteurs des accidents d'iodisme : fleur de soufre à dose de 1 ou 2 grammes, ou limonade sulfurique (Letulle). Tout ouvrier qui présente les petits signes du début de l'hydrargyrisme doit être traité et éloigné du contact avec le toxique.

Enfin la meilleure prophylaxie consiste dans le remplacement du mercure par une autre substance moins ou pas toxique dans toutes les industries où faire se peut; à ce point de vue, il a été déjà fait de réels progrès. C'est l'étamage des glaces qui constituait le mode classique d'intoxication mercurielle. Keller, Kussmaul, Ardinger en ont montré les funestes conséquences en Bohême et en Bavière: accidents apparaissant dès la première quinzaine du travail, se manifestant surtout chez les femmes (80 p. 100), fréquence chez elles de la phtisie et desavortements, mortalité de 05 p. 100 de leurs enfants dans la première année, fréquence de la cachexie mercurielle, et tout cela bien que le travail n'excédât pas huit heures par jour et qu'il y eût après quinze jours de travail interruption d'une ou deux semaines. Grâce à de sages mesures, on avait diminué ces accidents dans une proportion notable; en France, dès 186*2 et 1863, aux ateliers de Saint-Gobain, Girey, Chauny, on avait réduit le travail de l'étamage à six heures par jour, et à deux ou trois jours par semaine; on étendait le mercure avec des tampons au bout d'un bâton long de lm,20; le mercure était conservé en vases clos ayant un orifice pour recevoir le mercure coulant des tables ; enfin les

(1) Meyer, Acnd. sciences, 1872.

(2) Layet Thérapeutique des vapeurs de mercure. Encycl. hyg. md., t. VI, p. 489.

ïofi COURTOIS-SUFFIT ET LÉYI-SIRUGUE. — HYG. INDUSTRIELLE.

draps à travers lesquels passait le mercure pour se purifier étaient battus par un agitateur en moulin clos.

Aujourd'hui le procédé de V argenture, plus rapide et plus économique, a remplacé l'ancien procédé d'étamage au mercure. Le principe est la réduction d'une solution alcaline de nitrate d'argent par un corps réducteur; à ce titre, on a proposé l'aldéhyde (Liebig), les essences de girofle et thym (Drayton), l'essence de camomille (Wagner), le sucre de lait (Liebig), la glycose, la nitromannite, l'acide tartrique, etc. Le procédé ordinairement usité est le procédé Brossette, où l'on obtient le dépôt d'argent par le chauffage à 40° d'une solution de nitrate d'argent avec de l'acide tartrique, de l'ammoniaque. Apres séchage, on recouvre la couche d'argent d'un vernis protecteur contre les frottements et contre l'action de Thydrogène sulfuré.

A ces glaces ainsi argentées, on peut reprocher la teinte jaune qu'elles communiquent aux images et le noircissement par l'acide sulfhydrique malgré les vernis protecteurs. Pour pallier ces inconvénients, on peut se servir d'un verre légèrement rose ou bleu, ou mieux employer le procédé Lenoir, qui remplace la pellicule d'argent par une couche d'amalgame d'argent préparé non avec le mercure liquide, mais avec une solution mercuri que étendue. La glace argentée est lavée, puis arrosée de solution étendue de cyanure de mercure et de potassium. L'argent se dissout en partie et en partie l'orme un amalgame blanc, donnant des images pures, moins sensible aux émanations gazeuses. Le cyanure en solution étendue ne présente pas de dangers. Ce procédé a été considéré par Wurtz, qui a fait, en 1879, un rapport au Comité consultatif d'hygiène de France, comme supérieur à tout autre au point de vue de l'hygiène, à condition qu'on assure la ventilation et que les ouvriers veillent à leur propreté corporelle.

La dorure et l'argenture au mercure ont été remplacées par le procédé au trempé pour les objets de peu de valeur et par la dorure et l'argenture galvaniques pour les travaux solides.

Dans la fabrication des lampes à incandescence, on a supprimé les dangers par l'emploi des pompes Sprengel, contenant dix fois moins de mercure que les anciennes pompes, et moins fragiles, ou mieux encore par les pompes à vide sans mercure.

Quoique les accidents observés chez les sécréteurs soient en général peu graves et se limitent souvent à la coloration noire des dents et à la diminution de la force, que le tremblement ne survienne guère avant un laps de quinze à trente années de travail, sans que jamais il s'accompagne de ces calambres des mineurs, il y a néanmoins chez tous les vieux ouvriers un état névropalhique créé par l'intoxication lente. Il y aurait donc intérêt à substituer, s'il était possible, au nitrate acide de mercure, une substance moins toxique. Il ne paraît pas que de ce côté on ait obtenu grand résultat,- et Josias a pu dire, dans

son rapport déjà cité, que les ouvriers les plus exposés en France à subir Tintoxication mercurielle sont ceux qui manient le nitrate acide de mercure. Ce n'est pas que des tentatives n'aient été faites pour remplacer ce corps, mais les systèmes proposés, qui tous consistent dans Temploi des vapeurs nitrcuses, n'ont pas fourni des poils aussi feutrants que le procédé au nitrate de mercure. On a essayé sans succès l'acide sulfuriquc, un mélange de soufre d'alicante et de chaux vive (Proust). En 187:2, Hillairet et Delpcch avaient proposé d'enduire les peaux du côté du poil avec une solution de mélasse, puis de laver avec une soin lion étendue d'acide nitrique, qui se décompose en formant de l'acide hypoazotique, amenant la séparation facile des poils. Mais cette méthode a été abandonnée parce qu'elle est trop lente. De même du procédé de Schoull, qui remplace le nitrate de mercure par du sulfure, sulfuré de calcium étendu d'eau légèrement acidulée par l'acide chlorhydrique. Dargelos (d'Aixj a proposé, en 1889, de supprimer à la fois l'influence fâcheuse du mercure et des vapeurs nitreuses par l'emploi d'une solution froide d'eau régale ne dégageant à froid ni chlore, ni acide hypoazotique; la réaction entre les acides chlorhydrique et nitrique ne s'effectue que dans l'étuve à chaud : il n'y a qu'à disposer les peaux sur des séchoirs montés sur rails, qu'on fait glisser dans l'étuve, où l'ouvrier n'entre qu'après aération. Ce procédé, ditLayet (1), donne des feutres parfaits et remplit toutes les conditions d'hygiène, d'efficacité et d'économie voulues. D'autres procédés ont encore été préconisés, voisins des deux que nous venons de décrire, mais ils n'ont pu détrôner le nitrate de mercure. On avait cependant paru recevoir avec faveur un procédé dû à M. Lussigny et basé sur l'emploi de la potasse caustique. Si l'on persiste dans l'emploi du nitrate de mercure, il serait nécessaire que l'étuve ait un tirage énergique, que les peaux puissent y être introduites et en être extraites sans que l'ouvrier ait à y entrer, que les ouvriers particulièrement nerveux fussent exclus.

Il nous reste peu de choses à dire des autres professions où les ouvriers manipulent les composés mercuriels, en raison de la rareté des accidents, de leur faible gravité en général et surtout du rang tout à fait secondaire qu'occupent ces industries.

A la suite des accidents observés dans les tirs, le Conseil d'hygiène de la Seine a adopté les conclusions suivantes : « Il suffira à l'administration, lorsqu'elle sera saisie d'une demande d'ouverture de tir public, d'imposer aux intéressés : 1° une ventilation artificielle suffisamment énergique pour que l'atmosphère des tirs soit renouvelée en une heure au plus, lorsque le tir est installé dans un espace entièrement clos ; 2° l'interdiction absolue aux propriétaires de tir entière-

(1) Layet, loc. cit., p. 490.

ment clos de coucher dans leur établissement ou dans des chambres communiquant directement avec ledit établissement. »

Pour le bronzage et le damasquinage, l'usage de brosses métalliques munies de ventilateurs avec aspiration des poussières diminue les dangers que peut supprimer l'usage des procédés où on n'emploie pas le mercure.

Bien qu'on n'ait pas constaté d'intoxication chez les ouvriers confectionnant les serpents de Pharaon, le Conseil d'hygiène de la Seine a recommandé de n'employer que du sulfocyanure de mercure bien lavé et de faire porter aux ouvriers occupés à préparer les cônes de cyanure un masque de flanelle mouillé, tout cela sans préjudice naturellement des mesures préventives ordinaires.

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