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INDUSTRIE DE L'ARSENIC. - ARSENICISME PROFESSIONNEL

L'arsenic métallique est dénué de loxicilé, mais l'acide arsénieux, son produit d'oxydation, est hautement toxique ainsi que les sels que fournit cet acide, arsénites ou arséniates, dont les principaux sont le vert de Scheele, ou arsénitede cuivre, et le vert de Schweinfurth, ou mélange d'arsénite et acétate de cuivre; citons encore le réalgar ou bisulfure d'arsenic, et l'orpiment ou trisulfure. Enfin l'hydrogène arsénié est particulièrement toxique. C'est ce produit, qui n'existe dans l'industrie qu'à titre d'impureté, qui est la cause de la plupart des intoxications pulmonaires.

PROFESSIONS EXPOSANT A L' ARSENICISME. — Ces intoxications, dont la cause peut facilement échapper, n'en sont que plus redoutables : le zinc impur, l'acide sulfurique impur contiennent de notables proportions d'arsenic. Il y a donc lieu de distinguer, dans les professions exposant à larsenicisme, celles où il y a un contact direct avecl'arsenic et cellesoù l'arsenic intervient à titre d'impureté.

Professions où il y a contact avec l'arsenic. — Parmi ces professions, les unes consistent à préparer l'arsenic et ses composés, les autres à les employer dans leurs applications industrielles.

1° Préparation de l'arsenic et de ses composés. — L'arsenic est surtout extrait du minerai appelé mispickel, qui est un sulfoarséniure de fer, et de l'arséniure appelé lôllingite, moins répandu. Les différents arséniures (sulfo-arséniure de fer ou mispickel, de nickel, de cobalt) sont peu actifs: par contre, les arséniates, l'arsenic métallique et surtout l'acide arsénieux, qui sont rares, mais peuvent exister dans les zones superficielles, sont capables de produire des accidents.

a. Préparation de l'acide arsénieux et de l'arsenic. — Pour obtenir l'acide arsénieux, on fait griller les arsénio-sulfures sur la sole d'un four à réverbère. Les opérations les plus dangereuses des mines du Harz et de Cornouailles consistent à retirer la poudre arsenicale de la

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galerie horizontale, où elle s'est déposée après calcination du mispickel ; cette farine blanche arsenicale est recueillie et sublimée dans des fours (arsenic en fleurs) ou refondue (arsenic vitreux). Ces deux opérations sont dangereuses. Dans la préparation de l'acide arsénieux, on peut éviter par un bon tirage le refoulement des fumées arsenicales. Le nettoyage des chambres nécessite un bon aménagement. L'acide arsénieux obtenu par grillage est soumis à une deuxième, puis une troisième volatilisation à plus basse température. Dans les chambres éloignées du four, on a de l'acide arsénieux assez pur. Il peut se faire de l'hydrogène arsénié, si l'acide arsénieux vient à tomber sur des charbons incandescents.

L'arsenic métallique s'obtient en chauffant l'acide arsénieux avec parties égales de charbon en poudre dans les appareils de seconde sublimation.

b. Préparation des autres composés arsenicaux. — Pour obtenir Yacicle arsénique, on traite l'acide arsénieux soit par l'acide nitrique, soit par l'acide chlorhydrique et le chlore. Avec de bons appareils, ces opérations sont sans danger. On pourrait encore l'obtenir par récupération après fabrication de la fuchsine, mais c'est un procédé coûteux.

Les différents arsénites s'obtiennent en saturant l'acide arsénieux par les bases. Les deux arsénites les plus importants dans l'industrie sont les arsénites métalliques, vert de Scheele ou arsénite de cuivre et vert deSchweinfurth, ou mélange d'arsénite et acétate de cuivre.

Le vert de Scheele s'obtient en précipitant les sels de cuivre par une solution d'acide arsénieux neutralisée par de l'ammoniaque, de la potasse ou de la soude. Les seuls dangers sont ici la manipulation de l'acide arsénieux, le séchage et l'empaquetage du produit.

Le vert de Sehweinfurth est obtenu par le mélange d'une solution bouillante d'acétate de cuivre et d'acide arsénieux. Pendant l'ébullition, les cuves doivent être bien fermées. Le séchage du produit se fait soit dans les séchoirs où on fait évaporer de l'acide acétique, soit à la vapeur, en mettant le précipité sur des tables en métal où circule un courant de vapeur et en agitant; on comprend les dangers d'inhalation arsenicale que présente cette opération, ainsi d'ailleurs que le tamisage et l'embarrillage.

hesarséniates peuvent être obtenus à bas prix par le traitement des résidus de fabrication de l'aniline et de la fuchsine. Autrefois on les obtenait soit par calcination d'acide arsénique avec les bases et sublimation, puis refroidissement, soit par précipitation d'un sel avec de l'arséniatede potasse. C'est ainsi que l'arséniate de potasse s'obtenait en chauffant l'acide arsénique avec du salpêtre (nitrate de potasse), l'arséniate de soude en chauffant l'acide arsénique avec du salpêtre du Chili (nitrate de soude), l'arséniate de chaux en traitant l'arséniate de soude par du sulfure de calcium. Toutes ces opérations,

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qui demandent à être faites dans de bonnes conditions de dégagement des vapeurs, exposent aux accidents cutanés arsenicaux. De même que l'arséniate de chaux, le bisulfure ou réalgar, et le tiisulfure ou orpiment, existent à l'état naturel. Industriellement on peut obtenir ces corps, le réalgar en chauffant l'arsenic avec des pyrites et en sublimant, l'orpiment en mélangeant l'acide arsénieux et du soufre. Enfin le pentasulfure d'arsenic est obtenu en dissolvant l'orpiment dans une solution de polysulfure de calcium.

c. Préparation des couleurs d'aniline, de la fuchsine. — C'est la rosaniline arséniale'e qui en est la base; pour l'obtenir, on mélange de l'huile d'aniline (aniline brute) et de l'acide arsénique à 200°. En ajoutant de l'acide chlorhydrique, on obtient la fuchsine. Aujourd'hui on peut obtenir la fuchsine sans arsenic et, même avec l'emploi de l'arsenic, on a pu presque supprimer les accidents.

Dans les fabriques de produits chimiques, où on traite les résidus arsenicaux qoi proviennent de la préparation des couleurs d'aniline, on a vu des accidents dus au dégagement d'hydrogène arsénié.

2° Utilisation industrielle des composés arsenicaux. — Deux ordres d'industries utilisent en grand les composés arsenicaux ; ce sont celles qui les emploient à titre de matières coloranles : ce sont, d'autre part, celles qui utilisent les propriétés conservatrices de l'arsenic sur les produits organiques.

a. Emploi des produits arsenicaux à titre de colorants. — Les marchands de couleurs manient des produits fortement arsenicaux ; dans des crayons verts, on a trouvé 1,72 p. 100 d'acide arsénieux (Cameron) ; dans un pain de peinture de couleur verte, il a été trouvé 20 p. 100 d'arsenic.

Les peintres en bâtiments peuvent s'intoxiquer en grattant les vieilles peintures arsenicales, ou en collant avec de la colle corrompue des papiers arsenicaux, qui donnent lieu à un dégagement d'arséniure d'hydrogène gazeux.

Les ouvriers des fabriques de papiers peints sont amenés à manier les composés arsenicaux, arséniates de cobalt (bleu), d'alumine (rouge), sulfure d'arsenic (couleur cuir), verts de Scheele, de Schwcinfurth, pour faire le fonçage, qui consiste à obtenir la coloration unilorme du fond. Le salinage est dangereux, parce que, se faisant avec une brosse dure, il dégage des poussières : quant au veloutage, il se fait en saupoudrant le papier enduitd'un mordant avec des tontisses arsenicales, s'il s'agit de \ apiers verts. Pour dorer, on se sert, au lieu des tontisses, de poudres métalliques. Parmi les ouvriers qui travaillent à fabriquer les papiers, les plus exposés seraient les broyeurs de couleurs, satineurs, velouleurs, qui manient des produits pulvérulents: ces ouvriers seraient plus exposés que les imprimeurs, tireurs, fonceurs, nettoyeurs de pinceaux, qui manient des solutions ou des pâtes.

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Citons encore comme maniant les couleurs arsenicales les fabricants d'abat-jour verts, de caries à jouer, de cartonnages, tes confectionneurs de capsules en papier pour pharmacies.

La teinturerie se sert des sel ; arsenicaux, arsénites et arséniates, pour le mordançage, plus rarement pour la teinture môme. Les apprêleurs de toile destinée à la fabrication des feuilles artificielles manient à tous les temps de leur travail les produits arsenicaux. En effet ils commencent par mélanger avec les mains le vert de Schweinfurth à l'acide picrique, puis ils prennent avec les doigts de la pâte ainsi obtenue et en recouvrent la toile, puis la battent à travers un torchon épais. Ensuite ils sèchent les pièces sur des cadres garnis de pointes contre lesquelles il leur arrive souvent de se piquer, d'où inoculation du toxique par la peau dénudée. Il faut dire qu'aujourd'hui les procédés mécaniques tendent à se généraliser. Pour colorer les herbes, feuillages, graminées, on les trempe dans le bain arsenical, on les saupoudre de la poudre arsenicale et on les monte en bouquet. Pour obtenir les fleurs artificielles, il y a successivement à découper, gaufrer, dédoubler les étoffes enduites de couleur, enfin à les monter. Le remplacement des couleurs minérales par des couleurs d'aniline ne supprime pas les accidents arsenicaux, car la fuchsine est souvent arsenicale. Des robes en tarlatane verte pourraient contenirun tiers de leur poids de teinture arsenicale; on comprend la possibilité d'accidents chez les couturières maniant ces étoffes. Enfin on a vu des accidents chez des femmes chargées, au Trésor de Washington, de compter les banknotes, qui sont teintes en vert arsenical. Les doigts mouillés s'imprègnent de cette teinture.

/>. Emploi des produits arsenicaux à titre de substance conservatrice et tinctoriale des peaux. — Chez les empailleurs, on a vu (Delpech) des accidents dus au savon de Bécœur, composé d'arsenic, de savon de Marseille, eau, carbonate de potassium, chaux vive, camphre.

Les corroyeurs, tanneurs, mégissiers, teinturiers en peaux (1) se servent surtout d'orpiment pour teindre les cuirs, pour ébourrer les peaux; si la laine a plus de valeur que la peau, on l'enlève par l'échauffé à l'étuve à 70°. Si c'est la peau, on épile à la chaux additionnée d'orpiment. L'importation des peaux conservées avec l'arsenic, chose assez rare d'ailleurs en France, a été reconnue comme dépourvue de danger.

Les chapeliers dans le sécrétage et l'éjarrage des peaux sont exposés aux accidents toxiques arsenicaux.

c. Autres industries employant l'arsenic. — Nous signalerons encore la fabrication des fausses pierres, fausses malachites, qui met en contact avec l'arsénite de cuivre.

(1) Lhuillier, Thèse de Paris, 1901.

La fabrication du verre et du cristal se fait en mettant dans les récipients une partie d'acide arsénieux pour 1 000 de masse vitrifiable. Les quatre cinquièmes de l'arsenic se volatilisent, d'où danger d'intoxication dans le ramonage des fours.

3° Industries où l'arsenic intervient à titre d'impureté. — Nombreuses sont dans l'industrie les conditions où des ouvriers maniant des métaux impurs par le mélange d'arsenic sont exposés à une intoxication arsenicale qu'il faut savoir dépister. C'est généralement l'hydrogène arsénié qui est l'agent toxique dans ces cas.

a. Impuretés du zinc. — Le zinc est un des métaux le plus souvent chargé d'arsenic, et Layet, A. Chevallier, etc., ont montré que les accidents observés chez les ouvriers qui manipulent le zinc sont les accidents arsenicaux. Des analyses chimiques faites par Schaeuffele ont établi la présence en proportions appréciables d'arsenic dans le zinc de diverses provenances. Les fondeurs, tréfileurs de zinc sont exposés à farsenicisme. Chevallier (l)a relaté des cas d'intoxication par l'hydrogène arsénié chez des ouvriers d'une fabrique de blanc de zinc à Marseille ; l'un d'eux, travaillant aux terrines où se faisait la réaction, mourut au bout de quelques jours d'intoxication arsenicale.

Dans le traitement des plombs argentifères, on a vu des accidents

I rés graves. Dans une mine, à Stollberg, près d'Aix-la-Chapelle, on fit fondre le plomb avec du zinc pour déplacer l'argent sur le zinc. Ce zinc fut traité par l'acide chlorhydrique pour en extraire l'argent.

II y eut un tel dégagement d'hydrogène arsénié que les neuf personnes qui firent l'opération furent malades et trois en moururent. On trouva l'arsenic dans les organes.

Le gonflement des ballons par ï hydrogène est une importante cause d'intoxication par l'hydrogène arsénié ; en effet, cet hydrogène est impur par suite des impuretés du zinc employé. Qu'il s'agisse d'aérostats ou des petits ballons d'enfant, les accidents s'observent de même. Vœchter (d'Altona) a vu, chez quatre marchands de petits ballons, des accidents graves et même mortels pour l'un d'eux ; ils avaient fait de l'hydrogène avec du zinc et de l'acide sulfurique et l'avaient préparé dans les plus mauvaises conditions de ventilation. Oulmont a vu deux cas mortels, dus au gaz ayant servi au gonflement d'aérostats. Dans un cas, il s'agissait d'un jeune homme qui prenait part à l'ascension et qui respirait le gaz s'échappant par la soupape. Le second cas était celui d'un paysan qui, aidant à l'atlerrissement d'un ballon, est pris dessous et respire le gaz qui s'en échappe. A ces cas, il faut ajouter ceux plus récents de Maljean (2) et de Crone (3).

(1) Ghevallieh, Ann. dliyg. publ. et de méd.lég., 2e série, 1878.

(2) Maljean, Arch. méd. et pharm. milit., 1900.

(3) CnoNE, Deutsche militârârzll, Zeilschr., 1900, n° 3.

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Les chimistes sont exposés à ces accidents dus aux impuretés du zinc. Aux cas connus de nombreux chimistes de toutes nationalités qui en ont été victimes (Gehlen, Schindler, Britton, Bietani, Von Artcn), Layet ajoute celui d'un professeur de la Faculté de Bordeaux qui s'intoxiqua en répétant les expériences de Gréhant pour déterminer la capacité respiratoire par l'inhalation d'hydrogène. Eitner cite le cas d'un professeur de physique qui s'empoisonna avec trois élèves en refaisant l'expérience de Tyndall, qui étudie les modifications de la voix dans un milieu moins dense que l'air, comme l'hydrogène. Enfin les experts qui opèrent avec l'appareil de Marsh sans hotte de ventilation peuvent être empoisonnés par l'hydrogène arsénié.

Les accidents observés dans les fabriques de couleurs d'aniline, surtout de rosaniline, peuvent être dus à l'hydrogène arsénié, venant du mauvais entretien des récipients.

b. Impuretés de l'acide sulfurique. — L'acide sulfurique obtenu avec des pyrites contient de l'arsenic ; il n'est pur que préparé avec le soufre de Sicile. L'acide fabriqué dans les Vosges avec les pyrites de Westphalie en renferme 45 centigrammes et même lgr,40 par kilogramme.

Gromier (de Lyon) a cité des empoisonnements par suite de Yemoloi en espace confiné, comme aux mines de Saint-Etienne, de la pile au bichromate.

La fabrication du sulfate de fer par traitement de la vieille ferraille avec l'acide sulfurique peut dégager de l'hydrogène arsénié (Layet). Mêmes accidents dus à la même cause dans la préparation de Y acide chlorhydrique, dans celle de V acide azotique.

Le décapage des métaux avec des acides impurs est encore une cause d'intoxication des bijoutiers. Enfin il convient de signaler la préparation de la soude artificielle et delà glycose; pour la première, on traite par l'acide sulfurique les lessives de soude ; pour la seconde, on saccharifie la fécule avec l'acide sulfurique.

c. Impuretés du cobalt. — Le cobalt est souvent associé à l'arsenic. Hessea vu, chez les mineurs de Schneeberg, en Saxe, qui extraient un minerai de cobalt, nickel et bismuth, une affection chronique du poumon, localement désignée sous le nom de cancer, et entraînant la mort de 3 à 4 p. 100 des ouvriers par an.

Le grillage des minerais de cobalt (cobalt arsenical, arsénine et cobalt gris, sulfoarsénine) et leur traitement par l'acide nitrique et le sous-phosphate de soude pour obtenir le bleu de cobalt, bleu Thénarcl, bleu d'azur, exposent à l'absorption arsenicale. Pour le bleu de cobalt, on se sert aussi quelquefois d'acide arsénique.

d. Impuretés des houilles. — Les houilles renferment des pyrites de fer souvent arsenicales, d'où des accidents dans le nettoyage des fours et des hauts fourneaux.

De même les ouvriers des fabriques d'agglomérés et de bitumes

artificiels sont exposés à un arsenicisme dû aux impuretés de la houille.

e. Impuretés du cuivre blanc. — Le minerai renferme des arséniurcs et de l'acide arsénieux, qui exposent les fondeurs de cuivre blanc employés aux l'ours de fusion à inhaler des poussières et des vapeurs toxiques.

PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE. — Les voies d'absorption sont variées, mais la principale est la voie respiratoire; le plus souvent il s'agit d'inhalations de poussières arsenicales, assez souvent d'inhalations d'hydrogène arsénié, dont nous verrons l'action funeste sur l'économie. L'intoxication peut se faire aussi par la j)eau à la faveur des excoriations facilitées par les propriétés escarrotiques de l'arsenic et de ses composés. Il y a alors des lésions locales assez graves, tandis que, dans le cas précédent, c'est à une intoxication générale qu'on a affaire.

La voie digeslive, qui est la voie ordinaire des intoxications arsenicales non professionnelles, est ici exceptionnelle. Il faut pour cela que les aliments aient été souillés par l'arsenic ou que l'eau de boisson provienne d'un puits contaminé.

La malpropreté favorise les accidents digestifs et cutanés et l'alcoolisme les troubles nerveux.

L'arsenic provoque deux ordres principaux de lésions, d'une pari des irritations locales sur la peau et les muqueuses, d'autre part des troubles nerveux, et surtout des paralysies. Il s'accumule en effet dans le système nerveux.

L'hydrogène arsénié agit comme poison du sang. D'après Eulenberg, une atmosphère qui en renferme 25 p. 10 000 est mortelle pour les chats, qu'il a vu présenter des vomissements, une marche vacillante, de l'hématurie, de la dyspnée, de l'asphyxie. Le sang est noir d'encre par l'altération des globules. Chez les animaux, l'hydrogène arsénié présente, comme on voit, des accidents analogues à ce qu'on observe chez l'homme. L'hydrogène arsénié, selon Gorup-Besanez, ferait passer l'hémoglobine des globules dans le sérum.

Elimination de l'arsenic. — L'élimination se fait par la peau et les autres émonctoires. Le lait en élimine, d'où danger d'intoxication des enfants de nourrices maniant des produits arsenicaux; il faudrait quarante jours à l'organisme pour éliminer l'arsenic (Brouardel).

SYMPTOMATOLOGIE DE L'ARSENICISME PROFESSION- NEL. — L 'arsenicisme professionnel revêt diverses formes selon que le toxique agit à dose massive, comme c'est le cas pour l'hydrogène arsénié, qui donne lieu à une forme suraiguë, le plus souvent mortelle. Au contraire, l'inhalation répétée des poussières arsenicales donne lieu à une forme chronique et à des accidents locaux.

Forme suraignë. — La forme suraiguë, due à l'action hémolysante de l'hydrogène arsénié, est marquée par du malaise, de la prostra-

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tion, du tremblement, delà céphalée, des étourdissements, des nausées et des vomissements, de la dyspnée sine materia, une soif vive, des douleurs épigastriques, de la petitesse du pouls. Dans l'urine, on trouve du sang; en même temps, il y a de l'ictère, quelquefois des exanthèmes orties, des pétéchies; il y a du melsena. La mort arrive au bout de quelques heures ou quelques jours par arrêt du cœur. Tels furent les phénomènes observés chez les malades de Wœchter, d'Oulmont. Cette symptomatologie est bien pathognomonique, comme le dit Layet(l); l'hémoglobinurie est particulièrement caractéristique. Les faits observés concordent donc bien avec le résultat des expériences que nous avons rappelées plus haut. La lésion globulaire se traduit par une forte diminution du nombre des globules, qui de 4000000 peuvent tomber à 920000 par millimètre cube.

Forme chronique. — La forme chronique, due à l'inhalation ou à l'ingestion de poussières toxiques et quelquefois à ces deux modes d'intoxication réunis, a une symptomatologie très analogue à celle que l'on voit dans l'intoxication criminelle, accidentelle ou médicamenteuse par l'acide arsénieux ou ses dérivés. Les symptômes de l'intoxication chronique à manifestations générales peuvent se ramener à trois groupes : les troubles nerveux, les signes d'irritation des muqueuses internes, enfin des troubles des organes d'élimination. Les troubles nerveux sont surtout des troubles généraux : céphalée frontale et temporale tenace, quelquefois l'unique symptôme, douleurs, vertiges, anorexie, affaiblissement allant à la cachexie; il peut y avoir des douleurs lancinantes des extrémités, surtout violentes au lit, et revêtant la forme d'acrodynie. Les paralysies, rares dans l'intoxication professionnelle, parce que l'ouvrier cesse généralement le travail avant leur survenue [G. Brouardel(2)], ont un début lent ; elles débutent par les extrémités, frappent les membres symétriques, sont surtout fréquentes aux membres inférieurs. Elles donnent lieu d'abord à du steppage suivi d'impotence ; le pied est tombant, les orteils sont en flexion ; ces paralysies portent sur les groupes extenseurs ; on note des troubles de la contractilité faradique, peu de la galvanique. Les réflexes sont abolis; il peut enfin y avoir une démarche ataxique. Ces paralysies peuvent durer des années et ne guérir qu'incomplètement.

Les troubles psychiques se marquent par un état de confusion mentale ou plutôt de perte de la mémoire des temps et des lieux.

Uirritation des muqueuses respiratoires se traduit par des signes de coryza purulent, de laryngo-bronchite ; celle de la muqueuse digestive donne lieu à de la gingivite, qui est fréquente, à des troubles digestifs : nausées, vomissements, diarrhée (Lolliot).

Les troubles des organes cV élimination portent sur le rein et se tra-

(1) Layet, loc. cit., p. 495.

(2) G. Brouardel, Thèse de Paris, 1897.

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duisent par de Eoligurie sans albuminurie, comme Gaucher el Barbe Font vu chez un ouvrier travaillant dans le vert de Schweinfurth. Ils portent surtout sur la peau, où on note des modifications diverses de cause interne, à distinguer des lésions locales que nous étudierons tout à l'heure, bien qu'à vrai dire le départ soit difficile entre les deux.

Ces troubles sont du purpura, de la mélanodermie, qui montre sur un fond brun rosé des taches foncées, des sueurs à odeur alliacée, des troubles trophiques des ongles, de la kératose, des érythèmes, des éruptions papuleuses, orliées, vésiculeuses, à forme de zona, des œdèmes.

Ces différents troubles cutanés semblent, dans certains cas, relever plutôt de Yaction locale du toxique, comme le démontre la comparaison avec les éruptions locales dues au port d'objets, de vêtements colorés par des couleurs arsenicales. Gaucher et Barbe ont vu chez un ouvrier de soixante-dix ans travaillant dans le vert de Schweinfurth, à côté d'ulcérations des doigts et du nez, un aspect sclérodactylique des doigts, de la kératose à la face palmaire des doigts, de la kératose au talon. Horst a signalé chez un ouvrier tamisant de l'arsenic un œdème surtout de la face et un peu du scrotum et des membres inférieurs; Chavet a vu aussi un œdème des bourses et des membres inférieurs chez un ouvrier travaillant dans la fuchsine.

Bazin a observé chez un ouvrier en fleurs une plaque papuloérythémateuse du front; Fordyce (1) a relaté le cas d'un ouvrier déchargeant de l'arsenic et porteur d'éruptions papuleuses de la face, du tronc, des cuisses, avec un œdème du pénis, du scrotum et des troubles digestifs.

Lesmanifestationsprofessionnelleslesplusimportantesducôtédela peau sont les lésions ulcéro-pushileuses. Elles peuvent être strictement localisées au point de contact de la substance nocive, ou, quoique dues à une action locale, se présenter à distance : il en est ainsi des lésions de la face, du dos du pied, des organes génitaux externes chez l'homme ; il faut alors incriminer le transport du toxique par les mains ou les vêtements. Aux mains, elles sont fréquentes chez les tanneurs, les mégissiers, chez qui l'on observe le rossignol, le choléra des doigts, constitué par des ulcérations digitales produites par l'orpiment. Si les lésions siègent au front, aux organes génitaux, elles simulent la syphilis en raison de leur siège et de leur aspect. Elles sont en effet taillées à pic, indurées, circulaires, mais leur fond grisâtre ne sécrète que peu de liquide mellicérique, qui se dessèche en croûtes verdâtres. L'induration de ces lésions n'est pas élastique. Elles peuvent ressembler à des plaques muqueuses si elles sont peu profondes et pultacées.

(1) Fordyce, New-York dermat. Soc, 24 avril 1894.

Aux muqueuses externes, on observe des lésions ulcéreuses. La rhinite peut s'accompagner de destruction de la cloison et des os du nez.

La conjonctivite a été observée chez des ouvriers, soit pour avoir broyé de l'arsenic (Rayer), soit pour avoir gratté des murs peints au vert de Schweinl'urth ou arraché des papiers teints avec ce vert (Rollet, Basedow).

PROPHYLAXIE. — Sobriété et propreté résument les mesures de prophylaxie que doit prendre l'ouvrier pour se préserver. L'alcoolisme doit être soigeusement évité comme prédisposant à toute intoxication. La propreté de la bouche doit être méticuleuse. Pour la peau, vêtements de travail spéciaux, bains fréquents compris comme cela est pratiqué avec succès à la fabrique d'aniline d'Hœchslsur-Mein dans les heures de travail ; brossage des dents comme des mains avant les repas, qui ne se feront jamais dans les lieux de travail.

Comme antidote, on a préconisé la magnésie hydratée ou l'hydrate de peroxyde de fer et la tisane albumineuse sucrée (Brémond).

Tout individu ayant les mains excoriées devra être tenu à l'écart du contact avec l'arsenic ; s'il est possible, on fera frotter les mains de l'ouvrier avec du talc, ou mieux porter des gants pour les substances particulièrement caustiques.

L'hydrogène arsénié est le corps dangereux par excellence de l'arsenicisme professionnel. On pourra en éviter la production en rejetant, comme on l'a fait aux fabriques de zinc de la Vieille- Montagne, l'emploi des minerais impurs. Il faudra en tout cas éviter la diffusion de ce gaz par une bonne aspiration et une bonne ventilation.

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