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LE ZINC

Il y a moins encore de griefs d'accusation contre le zinc que contre le cuivre. Tous les auteurs qui ont étudié la question s'accordent à reconnaître la non-toxicité du zinc et à attribuer les accidents qui peuvent survenir chez les ouvriers qui le manient aux corps auxquels il est mélangé dans la nature, cadmium, plomb, arsenic, antimoine, ou aux acides sulfureux et carbonique, ainsi qu'à l'oxyde de carbone, dégagés dans les ateliers pendant le grillage, ou à des influences thermiques (fièvre des fondeurs).

Les auteurs qui ont écrit sur l'hygiène industrielle, Napias, Layel, Proust, ne signalent pas d'accidents toxiques dus au zinc. Les expérimentateurs sont arrivés aux mêmes conclusions. Lehmann a donné à des chiens, pendant des mois, des sels de zinc sans accident ; Laborde a étudié comparativement chez de petits animaux lacéruse et le blanc de zinc, et, tandis que la première les tuait, le second ne les incommodait pas.

Il n'y aurait donc rien qui relève d'une intoxication parle zinc dans les accidents qu'on a signalés dans la métallurgie du zinc, dans les fabriques de blanc de zinc (Poincaré), dans le torelage des fils de fer galvanisés (Landouzy et Maumené), dans l'emploi des fils et bandes de fer galvanisé par les tonneliers (Layet) ; si accident il y a, il en faut en accuser le plomb ou l'arsenic.

Tel n'est pas cependant l'avis du Dr Julius Sigel (1), qui a étudié avec beaucoup de soin les accidents professionnels, désignés du nom de fièvre des fondeurs. Il a résumé les résultats de ses recherches et de ses observations sous la forme des propositions suivantes :

(1) Vierteljahrschr. fur gerichtl. Med., 1906, fasc. IV.

1° La fièvre dos fondeurs doit être considérée comme l'expression d'un empoisonnement aigu par le zinc;

2° Les symptômes apparaissent, le plus souvent, quelques heures après que les intéressés se sont livrés à leur travail : ce sont : des démangeaisons au niveau du cou, de la toux et une irritation dans la gorge, une saveur sucrée ou métallique dans la bouche, de rabattement, des douleurs musculaires et des crampes, de l'anorexie, une sensation d'étranglement, plus rarement des vomissements, des manifestations asmatiques, une sensation d'oppression, des frissonnements allant jusqu'au frisson, des battements de cœur, des sueurs profuses affectant le caractère critique. Avec cela, les malades ont de la fièvre; celle-ci ne dure que quelques heures, et elle est généralement modérée (38-39°), ou elle peut faire défaut. Sont particulièrement caractéristiques l'apnée, les frissonnements et le frisson, ainsi que les sueurs revêtant un caractère d'extrême profusion. La durée de la maladie oscille entre cinq et vingt heures : rarement elle dure davantage ;

3° La fièvre des fondeurs s'observe presque exclusivement dans les fabriques de laiton, où l'on fond soit du zinc pur, soit du zinc allié à d'autres métaux. Dans le premier cas, les accidents qui caractérisent la fièvre des fondeurs ne s'observent qu'autant que le zinc est porté jusqu'à la température d'ébullition. Ces accidents ne se rencontrent jamais chez les fondeurs de fer, de cuivre, etc.;

4° En admettant qu'il existe une immunité congénitale contre la fièvre des fondeurs, elle est très rare ;

5° Une accoutumance à l'action nocive des vapeurs de zinc s'observe chez 70 à 75 p. 100 des ouvriers ; 20 à 25 p. 100 de ceux-ci subissent des atteintes ultérieures, mais moins fortes que la première. C'est seulement dans des cas rares que les accidents continuent de se reproduire avec une violence toujours égale, de telle sorte que les intéressés sont obligés de changer de profession ;

6° La nature de l'alliage à manipuler par les ouvriers a une influence considérable sur le développement éventuel de la fièvre des fondeurs ; plus cet alliage est riche en zinc, plus sont grandes les chances de voir éclater les accidents susdits. La fonte d'échantillons de laiton, dont la composition est inconnue, doit être considérée comme une manipulation dangereuse ;

7° Par les temps mauvais et froids, principalement en hiver, la fièvre des fondeurs est d'observation plus fréquente qu'en été et par le beau temps ;

8° Les excès in Venere et in Baccho favorisent le développement de la fièvre des fondeurs, à laquelle sont particulièrement enclins les sujets jeunes et débiles ;

9° Dans les vastes ateliers, bien ventilés, la fièvre des fondeurs est plus rare que dans les petits réduits mal aérés. Certaines mesures

de précaution, l'emploi d'épongés, d'appareils respiratoires, ont une incontestable utilité: mais, d'une façon générale, les ouvriers y recourent peu et de mauvais gré:

10° Une atteinte isolée n'est pas dangereuse par elle même : toutefois la répétition des accès n'est pas sans avoir des conséquences fâcheuses pour l'organisme (désordres pulmonaires et digestifs chroniques, affections des reins) :

11° On ne connaît pas encore de médical ion spécifique à opposer à la fièvre des fondeurs ; le bicarbonate de soude, le lait agissent favorablement, dans certains cas;

12° Pour arriver à combattre efficacement la fièvre des fondeurs, il faudra : a. faire surveiller l'exploitation technique des fonderies par des inspecteurs du travail assistés d'un médecin; b. soumettre à un contrôle, institué éventuellement par voie législative, les mesures de préservation personnelle, imposées aux ouvriers qui travaillent dans des fonderies ; c. surveiller les organisations d'hygiène générale, qui fonctionnent dans les ateliers de fonderies, notamment pour ce qui concerne la ventilation.

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