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NITROBENZINE ET ANILINE

La nitrobenzine a une utilité propre; d'autre part elle sert à obtenir l'aniline.

Pour préparer la nitrobenzine, on fait agir sur la benzine un mélange d'acides sulfurique et azotique dans des récipients en fonte munis d'un agitateur et fermés avec soin. On soutire la liqueur acide qui sert à produire de l'acide nitrique par réaction sur le nitrate de soude. On lave par décantation la nitrobenzine, et on distille avec soin.

Cette nitrobenzine ou essence de mirbane a une odeur d'amandes amères, delà son emploi en parfumerie et même quelquefois dans la confiserie et la cuisine. Mais surtout la nitrobenzine va servir à préparer Vaniline. Pour cela, on met en présence 100 parties de nitrobenzine, 60 d'acide acétique, 150 de tournure de fer. Cette opération dite réduction dure trente-six à quarante-huit heures. La matière pâteuse obtenue fournit, une fois distillée, un mélange d'aniline et d'eau. Si on ajoute du chlorure de sodium, l'aniline surnage, on peut décanter (Poincaré).

PROFESSIONS EXPOSANT A L'INTOXICATION PAR LA NITROBENZINE ET L'ANILINE. — Les accidents s'observent surtout dans les fabriques d'aniline, et surtout chez les ouvriers qui

nettoient les chaudières. Haussermann et W. Schmidt ont vu un cas de mort chez un ouvrier qui était resté une demi-heure dans une chaudière renfermant plusieurs quintaux d'aniline additionnée d'hydrate d'oxyde de fer. Moins souvent on observe l'anilisme chez les teinturiers, dans les fabriques de couleurs d'aniline, dans les fabriques de pilou ou velours de coton imprimé au chlorhydrate d'aniline (Layet).

PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE. — Les effets toxiques de la nitrobenzine sont nettement établis aujourd'hui. Les faits publiés en 1865 à l'Académie de médecine par Bergeron, les observations de Bergmann qui a même vu un cas mortel, les expériences de Poincaré ( 1 ) qui a intoxiqué des cobayes et des lapins, tout en renouvelant l'air respiré par ces animaux, ont nettement démontré la toxicité de ce corps.

C'est par la voie respiratoire que la nitrobenzine exerce son action toxique. Poincaré a pensé que, comme le sulfure de carbone et la térébenthine, les vapeurs de nitrobenzine absorbées par les capillaires du poumon tendraient à repassera l'état liquide par suite de la pression à laquelle elles sont soumises dans l'appareil circulatoire et formeraient ainsi des gouttes jouant le rôle d'embolies. Il semble, d'après Haussermann et W. Schmidt, que la toxicité soit différente selon qu'on considère l'action de la nitrobenzine pure avec laquelle on produit l'aniline pure et le bleu d'aniline ou la nitrobenzine ordinaire, qui sert pour l'aniline ordinaire et la fuchsine. La première est plus toxique, étant très volatile. Dans les fabriques d'aniline, les accidents sont en effet différents, suivant qu'il s'agit de nitrobenzine pure, bouillant à 213°, ou de nitrobenzine ordinaire, mélange de nitrobenzine et de nitrotoluène, bouillant entre 225 et 240°. La nitrobenzine est d'autant plus toxique que son point d'ébullition est plus bas. Même froide, la nitrobenzine pure est plus toxique (Haussermann et Schmidt). L'aniline a une toxicité propre bien démiontrée par Ollivier, Bergeron, Layet.

L'aniline pénètre soit par la voie respiratoire, soit par la peau, lorsque les ouvriers transportent à la main ou au bras des seaux d'aniline et qu'il vient à en couler sur les vêtements. Le chimiste d'une usine d'Alsace ayant brisé un flacon de 1 litre d'aniline, ce liquide se répandit sur les vêtements. Il se déshabilla aussitôt, se lava avec soin et, rentré chez lui, se mit au lit; mais l'absorption avait été suffisante pour qu'il restât deux jours indisposé.

SYMPTOMATOLOGIE. — Les accidents dus à la nitrobenzine sont, au moins au début, essentiellement passagers. Ils consistent en céphalée, étourdissements, perte de connaissance. Chez les intoxiqués chroniques, on note les mêmes accidents et en plus de la cyanose de la face. Quelquefois il y a seulement des picotements de la

(1) Poincaré, Académie des sciences, 1879, p. 221.

gorge, de la langue, de la gêne respiratoire. Le coma ne se voit guère que chez des ouvriers ayant gardé longtemps des vêtements imprégnés de nitrobenzine liquide ; cependant les intoxiqués chroniques présentent une tendance au coma durant une heure ou plus, coma laissant à sa suite une grande fatigue. Fritz a signalé chez ces ouvriers la perte des fonctions génésiques. A la longue, il y a de l'anémie en même temps que de la cyanose. Levvin a montré que le sang mélangé avec de la nitrobenzine donne, à la température de 40°, une bande d'absorption dans le rouge du spectre. C'est là l'indice d'hématine. Les symptômes de l'anilisme sont analogues à ceux qu'ont observés Landouzy et G. Brouardel (1) par le port de chaussures jaunes teintes en noir à l'aniline. De même que ces accidents furent observés dans les grandes chaleurs, c'est aussi surtout dans les temps chauds et humides, et particulièrement pendant les orages, que se produisent les accidents professionnels (Le Roy des Barres).

L'anilisme professionnel se présente sous plusieurs formes.

Forme légère. — La forme légère, surtout observée chez des ouvriers non encore accoutumés, ou à la suite d'un travail plus prolongé que d'ordinaire, est marquée par des douleurs sus-orbitaires, avec nausées ou vomissements.

Forme grave. — La forme grave se présente sous l'aspect d'un profond coma ou d'attaques épileptiformes, spasmes de la nuque, délire, tremblement général. La respiration est irrégulière, la peau froide, insensible, le visage pâle, les extrémités sont cyanosées, les pupilles se dilatent, le cœur bat violemment.

L'évolution de ces accidents est surtout caractérisée par l'extrême brusquerie du début et leur durée relativement longue. Quand l'action du poison paraît épuisée, elle se réveille quelquefois au bout d'une heure ou deux, même plus tard; aussi est-il nécessaire, pour écarter tout danger, de tenir ces malades à l'état de veille et de lutter contre le sommeil, car, pendant le sommeil, on voit les symptômes qui avaient disparu reprendre de l'acuité ; il en est ainsi de la cyanose de la face, de la langue, des extrémités. Il arrive qu'un ouvrier parti de l'usine avec des troubles si légers qu'il a pu dîner n'est pris que dans la nuit ou le lendemain matin d'accidents assez sérieux pour inspirer les plus vives inquiétudes.

Généralement ces accidents s'amendent, mais il en reste une grande fatigue avec céphalée. C'est ainsi, par exemple, qu'un ouvrier qui travaillait à préparer des indulines dans une fabrique des environs de ParisT ayant déchargé son alambic avant refroidissement complet, tombe comme une masse inerte, cyanose, grelottant. Après l'avoir

(1) Landouzy et G. Brouardel, Empoisonnements non professionnel Ann. d'hyg. publ. et méd. leg., 3° série, 1900, t. xliv.

s par l'aniline.

réchauffé, on lui donne un bain acidulé d'acide acétique, et on le promène à Tair pendant le reste de la journée, mais il fallut qu'il fût soutenu sous les épaules par deux camarades. Dans des cas heureusement rares, la mort peut même survenir; Haussermann et Schmidt ont signalé un cas mortel chez un ouvrier ayant séjourné une demiheure dans une chaudière renfermant plusieurs quintaux d'aniline additionnée d'oxyde de fer. Dans ce cas, comme le fait s'observe quelquefois, en particulier avec l'acide sulfhydrique, les accidents mortels ne survinrent qu'une heure après que l'ouvrier eut quitté la chaudière. Ces accidents sont plus graves et surtout plus tenaces que ceux que cause la nitrobenzine.

Forme chronique. — H y a enfin une forme chronique marquée par des accidents gastro-intestinaux, de la diarrhée, des nausées, des vomissements; à la longue, l'ouvrier s'anémie, il y a de la dégénérescence graisseuse du foie. La cyanose, observée au début aux lèvres, aux ongles, serait due à l'oxydation partielle de l'aniline déposée à la surface du corps et disparaît rapidement (J. Bergeron). L'hématurie était un accident fréquent autrefois, mais qui a disparu depuis qu'on soustrait l'ouvrier aux vapeurs d'aniline, en changeant les procédés de rectification des corps.

Il fautdire qu'heureusement aujourd'hui les intoxications par l'aniline sont plus rares et plus bénignes. Le travail manuel, comme le port de brocs pleins d'aniline, a été en grande partie remplacé par le travail mécanique. Les ateliers couverts ne sont pas clos entièrement ; on a soin d'éviter les heures brûlantes de l'été ; le personnel est bien choisi, et on lui donne du café noir additionné d'acétate d'ammoniaque.

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