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PÉTROLE

PROFESSIONS EXPOSANT A L'INTOXICATION PAR LE PÉTROLE. — Les accidents causés par le pétrole sont surtout observés à l'Étranger, dans l'exploitation des gisements de pétrole; en France, où on ne pratique que le raffinage du pétrole, on peut voir cependant quelques troubles dus au pétrolisme professionnel.

Le premier travail consiste dans X extraction du pétrole des gisements. Cette opération se fait au moyen de puits; si le naphte s'échappe spontanément, on dit que le puits est en fontaine, autrement on a recours au vidage. A Bakou, comme dit le DrBerthenson (1), où l'on ne peut utiliser les pompes aspirantes et foulantes, en raison du sable que le pétrole renferme, le vidage se fait au moyen d'une longue tarière. Au congrès de Moscou, le D1* Berthenson (de Saint- Pétersbourg), a fait de l'état sanitaire de ces ouvriers un assez triste tableau. En 1895, pour 8465 ouvriers, il y a eu : 1 216 maladies de peau,

(1) Dr Berthenson, Rev. d'hyg., 1897, p. 780.

676 brûlures, 1 475 affections des voies respiratoires, 607 cas de surmenage physique. Le travail le plus dangereux, celui des fontaines, étant fait par des Tartares ou des Perses qui disparaissent sans que personne ne s'en inquiète, ces chiffres sont au-dessous de la réalité.

La deuxième opération est la distillation du pétrole, qui se fait en chauffant le naphte dans des chaudières ou cornues, munies de tubes abducteurs qui conduisent les vapeurs dans des réfrigérants, où elles redeviennent liquides et sont recueillies dans des récipients. La température s'élève graduellement : de 45 à 70°, on obtient Véther de pétrole ; de 75 à 120°, Vessence minérale; de 120 à 180°, le kérogène ou photogène, huile d'éclairage ; de 180 à 400°, les huiles lourdes et la paraffine.

Seuls sont incommodés les ouvriers nettoyant les réservoirs ou les canalisations, travaillant dans un local fermé.

La dernière opération est le raffinage, peu nocif en général dans les usines bien tenues, où les canaux et réservoirs sont étanches, et où on se sert de pompes fixes étanches lorsqu'il y a à transvaser des wagons ou des bateaux-citernes. Ce sont les ouvriers de « salles de réception » où il y a abondant dégagement de gaz qui sont incommodés, même si la ventilation est bonne.

PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE. — Les pétroles légers seraient plus dangereux (Sharp). D'après les expériences de Jûdell (1876), Lewin (1879), Schroff (1881), l'éther de pétrole, c'est-à-dire la portion la plus légère, agirait sur le sang en mettant en liberté l'hémoglobine.

Le pétrole est absorbé par contact ou par l'inhalation des vapeurs, d'où de la congestion pulmonaire et rénale chez des cobayes et des chiens.

SYMPTOMATOLOGIE. — Le pétrolisme professionnel se présente sous deux formes, aiguë et chronique.

Forme aiguë. — Dans la forme aiguë, qui peut être mortelle, il y a un état spécial, qu'on a appelé ivresse pétrolique. Tout d'abord, le sujet ressent de la légèreté de la poitrine, une liberté plus grande des respirations; mais bientôt il titube ou saute, gambade, se fait des écorchures aux jambes, puis tombe dans un profond sommeil et, à son réveil, n'a plus conscience de ce qu'il a fait avant (1). On a vu même un état syncopal durer une semaine et la convalescence ne se faire qu'au bout de trois semaines. Petkerwitch (2) dit que certains ouvriers s'exposent volontairement à la jouissance que leur procure cette ivresse pétrolique. Il y a quelquefois au contraire des phénomènes de dépression, vertiges, évanouissements, accidents

(1) Rev. d'hyg., 1896, p. 201.

(2) Petkerwitch, Rev. d'hyg., 1897, p. 786.

qui peuvent être suivis de mort. On peut voir l'asphyxie rapide lorsque l'ouvrier pénètre imprudemment dans un réservoir non ventilé. Wemberger, cité par Hirt, a signalé ainsi deux cas d'intoxication aiguë; aussi devra-t-on toujours munir les ouvriers d'une corde de secours. Enfin les accidents aigus peuvent se manifester par de l'irritation pulmonaire, qui peut être mortelle. Korjenswsky a vu un individu robuste qui, après avoir travaillé une journée dans, une « fontaine », est pris d'hémoptysies abondantes, d'hématémèses, de melsena, de délire, et meurt le lendemain (1).

Forme chronique. — Dans la forme chronique, ce qui domine, c'est l'anémie avec vertiges. Il y a des affections chroniques des voies respiratoires, de la conjonctivite souvent suppurée, de l'irritation de la peau, se manifestant par des ulcérations suppurant abondamment, ou, chez les raffineurs de pétrole, par une éruption spéciale appelée papillome des raffineurs. Cette éruption est assez rare au moins en France, puisque, sur 300 ouvriers, le Dr Brémond n'en a vu qu'un cas ; cette absence d'éruption semble due à la propreté des ouvriers, les patrons mettant à leur disposition eau chaude et savon (2). On note enfin dans ces formes des troubles nerveux que Wielczyk, qui a observé les ouvriers des mines de pétrole des Carpathes, décrit ainsi : « Les conséquences d'un séjour prolongé clans un pareil milieu sont des bruits et du tintement dans les oreilles, des cercles lumineux devant les yeux, de l'accélération des battements des artères (coups de marteau dans la tête), de la perte de conscience, des syncopes, des hallucinations. Ces dernières sont fréquentes; un ouvrier entend des voix lui ordonnant de rester au fond du puits ; un autre ramasse des pierres qu'il prend pour de l'or, etc. L'action de ces vapeurs ressemble quelquefois à celle des opiacés; un ouvrier dort seize heures au fond du puits et est fâché d'être réveillé d'un sommeil si agréable. »

PROPHYLAXIE . — Les préceptes prophylactiques devront être les suivants : il faudra des canalisations, des réservoirs et des pompes étanches, de bons appareils à distillation; on assurera la combustion des produits gazeux qui échappent au réfrigérant ; les ouvriers devront avoir à leur disposition des bains, ou au moins de l'eau chaude et du savon.

Dans son rapport au Congrès de Moscou, que nous avons déjà cité, Berthenson exprimait les desiderata suivants (3) :

1° Le forage à la tige doit être remplacé par le forage à la corde, chaque fois que ce sera possible; dans les cas contraires, ce forage à la tige doit être garanti par toutes sortes de dispositions destinées à prévenir les accidents ;

2° Le travail de vidage doit être limité à huit heures au maximum;

^1) Korjenswsky, Rev. dhyg., 1897, p. 783.

(2) Dr Brémond, Soc. méd. pu/)/., 23 janv. 1895.

(3) Berthenson, Poisons industriels, p. 176

3° Le port de vêtements protecteurs doit être rigoureusement obligatoire (blouses à manches hermétiquement fermées, mitaines) ;

4° Il devra être fourni aux ouvriers de l'eau et les appareils nécessaires aux ablutions partielles ou totales. Il faudra, outre des baignoires, des piscines d'eau courante ;

5° Dans les salles de réception, il faudra assurer la ventilation.

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