GOUDRON
PROFESSIONS EXPOSANT A L'INTOXICATION PAR LE GOUDRON. — Un certain nombre d'industries exposent les ouvriers qu'elles emploient à l'intoxication par le goudron. Ce sont les ouvriers qui distillent le goudron minéral, ceux qui travaillent le brai sec, qui est un des résidus de cette opération, les goudronneurs de boulons et fondeurs de bitume, enfin les ouvriers qui travaillent à l'obtention de corps dérivés du goudron : agglomérés, paraffine, acide phénique.
Autrefois l'industrie des agglomérés de houille était assez malsaine. Ces agglomérés étaient obtenus avec le poussier de houille et de brai sec additionné d'huile lourde de houille. Le brai chaud se refroidissait à l'air, et les ouvriers qui devaient le remuer en respiraient les vapeurs ; ensuite le brai solidifié était exposé au soleil, puis il fallait le broyer dans des caves, et les ouvriers en absorbaient la poussière par les poumons et le tube digestif. Ceux mêmes qui chargeaient sur les wagons les briquettes respiraient des vapeurs irritantes. Aujourd'hui, aux mines d'Anzin, grâce auxconseils du Dr Manouvriez, l'hygiène des ouvriers s'est notablement améliorée. Une grande part du travail se fait mécaniquement; le broyage s'opère dans des broyeurs clos. « Un système automatique chasse le brai pulvérulent et le poussier de charbon dans le mélangeur, où la masse devient homogène, delà dans le four à feu nu, puis dans la presse, d'où les briquettes sont chargées jusque dans les wagons sans que l'ouvrier intervienne directement ; une série d'engins divers : élévateurs à chaînes munies de godets, élévateurs à courroies, conduites à glissières, suffisent à produire ce résultat. La condition d'ouvriers d'agglomérés, concluait en 1876 le Dr Manouvriez (de Valenciennes), est aujourd'hui rentrée dans la moyenne hygiénique des autres professions industrielles » (1).
La fabrication du charbon de Paris est analogue ; c'est un aggloméré dont le menu charbon est un poussier de bois ou de tourbe. Au point de vue de l'hygiène, les ouvriers sont dans les mêmes conditions que ceux qui fabriquent les autres agglomérés.
Outre le brai sec, dont nous venons devoir l'emploi, la distillation du goudron fournit aussi des huiles légères, qu'on obtient entre 100
(1) Dr Manouvriez, Ann. dhyg. pub. et de mêd. lég., 2e série, mai 1876.
et 200°, que l'on rectifie par brassage alternatif avec l'acide sulfurique et la soude, suivi de redistillation; la benzine s'obtient avec ces huiles légères. Quant aux huiles lourdes qui proviennent aussi de la distillation du goudron, elles servent à fabriquer la paraffine, dont le contact et les vapeurs exposent les ouvriers à quelques accidents.
Enfin la fabrication de l'acide phénique se fait soit en traitant directement le goudron par un lait de chaux et en décomposant le phénate calcique par un acide, soit en distillant les huiles lourdes entre 150 et 200° et en traitant le produit distillé successivement par un alcali et un acide, soit à l'aide des acides sulfoconjugués.
SYMPTOMATOLOGIE . — Les symptômes que Ton constate chez les ouvriers qui sont en contact avec les dérivésdu goudron devraient, d'après le Dr Manouvriez, être rapprochés de ceux que provoquent les émanations de la houille ou de ses dérivés. Cet auteur a admis une altération sanguine créant un état analogue à l'anémie des houilleurs, due d'après lui à des intoxications complexes par les dérivés de la houille (amylène, hexylène, benzine, phénol,, aniline, etc.). Mais il faut aujourd'hui, dans ces accidents qui constituent l'anémie des mineurs d'Anzin faire aussi la part étiologiquequi peut revenir à Tankylostome.
C'est tout d'abord par de l'irritation locale que se traduit l'action du goudron. On note la tendance aux conjonctivites, coryzas, angines, bronchites spasmodiques, dyspepsies, diarrhée ; il y a en outre des signes généraux, courbature, céphalée, alternatives d'excitation et de prostration (Poincaré), hyperesthésie, fourmillements, crampes, parésies, troubles sensoriels. A côté de ces troubles nerveux, d'autres traduisent l'anémie : bourdonnements d'oreilles, palpitations, vertiges, nausées ; on peut noter une teinte cyanique de la peau (Layet).
Autrefois les émanations du braidonnaientlieu à une teinte bronzée, du cancroïde des bourses et de la face analogue au cancer des ramoneurs, des troubles visuels, des ulcérations nasales, des otites suppurées, de la bronchite, du melaena, une couleur anormale des urines. Aujourd'hui ces accidents ont à peu près disparu depuis les améliorations que nous avons signalées.
Dans les fabriques de paraffine, on peut voir aussi un cancer comme celui des ramoneurs (3 cas de Wohlmann, 2 de Bell). On a aussi une éruption avec prurit que les ouvriers appellent gale du goudron, du psoriasis et de l'ichtyose. Chevalier fils et Périer (1856) ont vu les vapeurs de paraffine causer de la lassitude, des sueurs froides, étourdissements, céphalée, anorexie, nausées. Mitschell (1888) a vu survenir, au bout de quelques jours de travail, de la gastralgie, des douleurs intestinales, de la gêne thoracique, puis de la diarrhée, des vomissements (1).
(1) Mitschell, Med. New., 11 août 1888.
L'acide phénique expose à des brûlures et à des signes généraux analogues à ceux que nous avons mentionnés plus haut, et il y a quelquefois même un état stertoreux avec congestion pulmonaire.
PROPHYLAXIE. — La prophylaxie de ces accidents est possible grâce aux mesures prises à Anzin et que nous avons énumérées plus haut.