VAPEURS SULFUREUSES
PROFESSIONS EXPOSANT AUX VAPEURS SULFU- REUSES. — Dans un bon nombre d'industries, il y a dégagement de vapeurs sulfureuses. Tout d'abord, il y a à citer les divers travaux deVextractionel de la distillation du soufre. Le soufre est extrait soit dans les solfatares, soit par distillationdes pyrites. Dans les solfatares, les ouvriers employés au travail des meules, les chauffeurs et grilleurs de soufre, retenus des mois près du minerai de soufre en combustion, sont surtout exposés au moment de la destruction des meules. Dans la distillation des pyrites, le danger survient lors du nettoyage des cornues et de l'enlèvement des scories. Ces pyrites étant généralement arsenicales, il s'ajoute les dangers de l'arsenicisme.
Dans les raffineries de soufre, il y a de nombreuses causes de dégagement des vapeurs sulfureuses qui ont été bien détaillées par Layet. « Les vapeurs sulfureuses qui se répandent dans les ateliers, dit-il, proviennent le plus communément des parois des fourneaux, de leurs ouvertures mal lutées, le soufre ayant, au moment de la sublimation, la propriété de pénétrer et de s'incruster dans la maçonnerie avec la plus grande facilité ; de telle sorte que, lorsque celle-ci est surchauffée et très vieille, elle répand une odeur sulfureuse, plus ou moins prononcée. Les émanations sulfureuses se dégagent encore, et cela d'une façon particulièrement nuisible pour les ouvriers, au moment de l'ouverture de la cornue et de l'extraction des crasses. D'autres fois, c'est au moment où la soupape est soulevée par la pression intérieure des gaz contenus dans la chambre de condensation, ou bien lorsqu'on ouvre volontairement cette soupape ainsi que la porte de la chambre pour donner entrée à l'air extérieur et abaisser la température, que les gaz acides se répandent dans l'atmosphère de l'atelier et la rendent insalubre. Il est une autre cause importante de production de vapeurs acides, c'est la libre communication avec l'air des creusets, des réservoirs ou des rigoles dans lesquelles coule le soufre. Pour maintenir ce soufre à la température de fusion et le faire arriver dans les moules, on chauffe les
parois de ces conduits à feu nu, ce qui amène l'inflammation fréquente du liquide, d'où formation abondante de gaz sulfureux. Enfin une cause sérieuse d'accidents graves, c'est la pénétration imprudente des ouvriers dans les chambres de condensation avant qu'elles aient été complètement aérées (1). »
Les professions où on se sert de soufroirs pour blanchir les tissus de provenance animale exposent à l'inhalation de vapeurs sulfureuses. Nous citerons, dans ce groupe, les ouvriers qui blanchissent la laine, la. soie, les plumes, les duvets, les soies de porc, de sanglier pour la fabrication des brosses, les crins à pêcher, qui travaillent les balais, les cordes harmoniques, les boyaux, la baudruche, la colle de poisson, les fils de laine, les chapeaux de paille, ceux qui travaillent au décreusage de la soie. Ces produits sont passés au soufroir pour être blanchis et désinfectés.
A ces professions, il faut ajouter la fabrication des allumettes soufrées, des mèches soufrées, le soufrage des tonneaux et des foudres, Y affinage des métaux, la vulcanisation du caoutchouc, la fabrication du bleu d'outre-mer, celle de la glace par l acide sulfureux, le grillage des sulfures métalliques, la fabrication du sulfate de sodium, le traitement des marcs de soude, d'où on extrait le soufre, la désinfection au soufre.
PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE— Les vapeurs sulfureuses ont une action à la fois irritante et toxique. Cependant cette action n'est pas très intense; d'après Hirt, une atmosphère renfermant jusqu'à 7 p. 100 d'acide sulfureux ne produirait pas de troubles respiratoires, mais simplement de l'alanguissement de la digestion. Il semble cependant que ce soit là une bien forte proportion, une dose de 7 p. 100 donnant 2 520 litres dans une chambre de 4Qlx 3mx3m. Pour Eulenberg, le danger de l'acide sulfureux serait dû à son mélange avec des vapeurs arsenicales ou nitreuses.
Par quel mécanisme agissent les vapeurs sulfureuses? Les expériences d'Eulenberg et Hirt tendent à faire admettre une paralysie des rameaux pulmonaires du pneumogastrique ; les centres respiratoires, d'abord excités, se paralyseraientensuite. Pour Hirt, les centres moteurs excités, si le gaz est peu concentré, se paralyseraient à une forte concentration. D'après eux, il ne semblerait pas y avoir de lésions sanguines ; mais Layet pense que, à cause de l'avidité de l'acide sulfureux pour l'oxygène dans un milieu humide, il est logique d'admettre une modification chimique du sang. C'est l'opinion du médecin japonais Ogata, qui admet que l'acide sulfureux se transforme en acide sulfurique aux dépens de l'oxygène des globules. Les poumons seraient ratatinés, desséchés (Fourcroy).
SYMPTOMATOLOGIE. — Lasymptomatologïe des troubles pro-
(1) Layet, loc. cit., p. 341.
Traité d'hygiène. VII. — 33
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voquéspar les vapeurs sulfureuses est surtout marquée par des signes d'irritation des voies respiratoires. Il y a des troubles variant selon le degré de concentration, depuis la toux spasmodique pénible jusqu'à l'asphyxie. Les symptômes ordinairement observés sont la céphalée, la toux quinteuse, des hémoptysies, de l'emphysème à la longue avec catarrhe chronique des bronches et tendance aux bronchopneumonies à répétition, de l'anorexie, des angines, des signes de dyspepsie gastro-intestinale douloureuse, des ophtalmies. Certains ouvriers échappent par l'accoutumance à ces accidents. Ces troubles traduisent l'irritation locale des muqueuses, l'irritation réflexe du nerf vague, la transformation chimique des tissus et du sang en présence de l'acide sulfureux qui tend à s'oxyder.
2° VAPEURS NITREUSES.
Les vapeurs nitreuses qui se dégagent au cours de certaines opérations industrielles sont un mélange complexe d'acides azoteux, hypoazotique et de divers bioxydes d'azote.
PROFESSIONS EXPOSANT AUX VAPEURS NITREUSES. — Il est un assez grand nombre de professions exposées à ces vapeurs nitreuses. Dans la préparation d'un certain nombre de substances chimiques, il y a dégagement de composés nitreux. Il en est ainsi dans Impréparation en grand de l acide arsénique, lorsqu'on chauffe l'acide arsénieux et l'acide azotique; dans celle de Varsèniate de soude, où on fait fondre de l'acide arsénieux avec du nitrate de soude et de la soude caustique: surtout dans celle de la nitrobenzine, lorsqu'on fait bouillir la benzine et l'acide nitrique; dans la fabrication de r acide sulfurique, où Tardieu a vu plusieurs ouvriers empoisonnés en nettoyant une chambre de plomb remplie de vapeurs nitreuses; enfin dans celle des acides oxalique et picrique, comme c'est le cas pour ce dernier dans les poudreries.
On a incriminé aussi, dans les raffineries de sucre, la cuisson du jus de betteraves, s'il renferme du nitrate d'ammoniaque; la fabrication des fausses perles, lorsque l'ouvrier les plonge dans l'acide nitrique pour dissoudre la tige centrale en cuivre; les opérations en bijouterie et orfèvrerie du décrochage, décapage, ravivage où on donne au cuivre, avec l'acide nitrique, l'aspect de l'or ; le clamasquinage de canons de fusils, épées, etc., Y affinage des métaux, Yétamage, Y essayage de commerce à la monnaie, la gravure à Veau-forte, la fabrication des chapeaux de feutre, où on emploie pour le sécrétage le nitrate acide de mercure, qui expose les ouvriers à une double intoxication, mercurielle et nitreuse ; il faut encore citer comme particulièrement dangereuse la préparation du noir pour cirage ou teinture, où on plonge du fer ou du sulfate de fer dans un mélange d'acides nitrique et chlorhydrique, ou dans ce
premier acide seul pour obtenir un persel de fer : cest ainsi que Tardieu et Roussin ont cité un cas de mort, au cours de cette Opération chez un maroquinier (1). La teinture des cheveux en noir par ce procédé peut donner les mêmes accidents. Les manipulations chimiques ont caus ; quelquefois des cas de mort; ainsi on cite le cas de Haywood, chimiste à Sheffîeld, qui transvasait un mélange d'acides nitrique et sulfurique : le vase s'étant brisé, il y eut dégagement de vapeurs, qui amena, onze heures après, la mort du chimiste. Orfila a rapporté des cas mortels survenus dans les mêmes conditions. A cette liste, il faut ajouter ïimpression sur étoffes, lateinturerie, letravail desouvriers chromateurs, qui font calciner du fer, du chrome, du nitrate de potasse, la fabrication du celluloïd, où on plonge la cellulose dans un mélange d'acides nitrique et sulfurique ; l'emploi en télégraphie de batteries alimentées par l'acide nitrique (Eulenberg)< PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE. — La formation du bioxijde d'azote précède celle des vapeurs nitreuses;or Hoppe-Seylera montré que ce gaz forme avec l'oxygène du sang un composé plus stable que l'oxyde de carbone : il peut même chasser ce dernier gaz et prendre sa place. Nysten a tué des chiens en leur injectant du bioxyde d'azote, et on constatait chez ces animaux les signes suivants : toux, dyspnée, pouls petit, faiblesse, refroidissement.
Quant à l'action de Yacide hypoazotique, elle a été fixée par les recherches de Eulenberg(2) chez des chats et lapins. On constate, au bout de quelques minutes, que l'animal ressent de l'irritation nasale, se frotte le museau; il salive très abondamment, puis s'agite ; sa respiration est anxieuse, il se plaint; surviennent du tremblement, des convulsions, l'animal tombe sur le côté; il est en asphyxie et meurt en un temps variant de trois à vingt minutes. A l'autopsie, les méninges et le cerveau sont hyperémiés; les poumons ont une odeur nitreuse, ils sont congestionnés ; le cœur droit est distendu de sang noir, couleur chocolat. Ces expériences ont été confirmées par Poincaré. Il y a donc dans l'action de cet acide d'abord irritation de la muqueuse respiratoire, puis action néfaste sur le sang. Pour Bley (1830), cette action était même primitive; secondairement il y aurait asystolie. La couleur spéciale du sang semble montrer qu'il n'y a pas là une teinte asphyxique ordinaire, mais une action particulière.
Dans une autopsie faite par Tardieu et Roussin chez un ouvrier maroquinier qui préparait du noir, nous voyons que les poumons étaient détruits, transformés en une espèce de gelée ; ils avaient une forte réaction acide, une odeur nitreuse. Les auteurs y trouvèrent de l'acide azotique libre. L'acide hypoazotique avait dû, aux dépens de l'oxygène du sang, se transformer en acide azotique.
(1) Cité par Layet, loc. cit.
(2) EULENBERG, 771 LaYET, loc. Cit., p. 337.
SYMPTOMATOLOGIE. — On observe en clinique ces accidents sous deux formes, aiguë ou chronique.
La forme aiguë elle-même est légère ou grave. Elle a été bien étudiée, dans la thèse de Montagne (l),qui en a réuni trente-huit observations. Il y a de la rougeur de la peau, de la toux avec gêne à la gorge, dyspnée, douleurs à la poitrine, du pyrosis, des coliques.
Dans les formesplus graves, labronchite estintense; il y aune vraie suffocation, avec exophtalmie, cyanose, extrémités froides; les vomissements, le délire, les convulsions complètent ce tableau, qui se termine par la mort souvent en pleine connaissance avec tous les signes d'une bronchite capillaire grave. Sur les trente-huit cas de Montagne, il y eut dix-neuf cas de mort.
Dans la forme chronique, il y a de la toux, de l'expectoration, de la dyspnée d'effort avec cyanose, vertiges.
3° VAPEURS CHLOREUSES.