V. TRAVAIL DANS LES MINES
Les mineurs sont exposés à deux ordres d'accidents : d'une part, à de redoutables explosions de grisou ou de poussières; l'attention vient d'être appelée sur celles-ci par la terrible catastrophe de Courrières, qui a fait récemment de si nombreuses victimes; d'autre part, à des accidents chroniques, conséquence de l'influence délétère et infectieuse du milieu minier, connus sous le nom cl1 anémie des mineurs, et à la tuberculose, et qui sont étudiés dans une autre partie de cet ouvrage.
1° ACCIDENTS DU GRISOU. — Les analyses du gaz combustible et explosible désigné sous le nom de grisou et qui se dégage fréquemment dans les mines de houille donnent en moyenne les résultats suivants :
Protocarbure d'hydrogène 89,54
Acide carbonique 0,73
Azote 8,87
Oxygène 0,64
Un mélange d'air et de grisou de 6 à 16 p. 100 est inflammable: à 8 p. 100, il est explosible.
Le grisou se dégage lentement par suintement ou brusquement sous forme de jet (souffîard). De nombreuses causes peuvent provoquer l'explosion : insuffisante ventilation, emploi de lampes défectueuses, coups de mine, imprudence de fumeur, surtout lampes à feu nu, ou même lampes à toile métallique de Davy, dont la flamme vient à passer au dehors par suite d'un courant d'air. D'ailleurs, depuis 1817, date de l'invention de Davy, des perfectionnements nombreux ont été apportés à cette lampe. Un modèle très employé est la lampe Mueseler, munie au-dessus du verre d'un diaphragme horizontal en toile métallique par lequel se fait un mélange entre les produits de combustion et l'air frais du dehors : l'inconvénient de cette lampe est qu'elle s'éteint facilement si on l'incline. Un bon modèle est la lampe de Marsant, où un écran métallique entoure le tamis. Les causes ordinaires des accidents sont ou l'ouverture des lampes pour leur donner plus d'éclat, les rallumer ou y allumer une pipe, ou leur fermeture défectueuse, ou leur détérioration. Les lampes électriques sont certainement préférables à toutes autres, et leur usage est à recommander.
Les poussières charbonneuses répandues dans les mines favorisent et aggravent les explosions.
Les lésions dues au grisou sont des brûlures généralement superficielles (le grisou lèche), des lésions par explosion, et enfin de curieux accidents étudiés par Riembault (de Saint-Étienne) survenant de quinze à vingt-quatre heures après l'accident, alors que rien jusque-là
ne s'était manifesté, et marqués par de l'oppression qui peut amener la mort par asphyxie. Probablement ces accidents sont attribuables à l'oxyde de carbone.
2° AUTRES ACCIDENTS. — Le milieu minier est insalubre pour diverses causes, dont les principales sont l'absence de lumière solaire, la chaleur humide qui y règne et qui peut dépasser 30°, augmentant de 1° par 30 mètres de profondeur, la raréfaction de de l'oxygène en même temps que l'excès de gaz toxiques, acide carbonique et oxyde de carbone. Tous ces faits semblaient justifier l'existence chez les mineurs d'un état de déchéance physique; mais, si ces causes nocives peuvent favoriser le développement de 1' « anémie des mineurs », il est bien démontré que la vraie cause en est infectieuse; aussi l'étude de l'ankylostomiase trouve-t-elle mieux sa place à côté des autres infections industrielles.
Le milieu minier amène à la longue des troubles oculaires marqués par du nyslagmus, lequel est caractérisé par des oscillations survenant par accès, surtout dans l'élévation des yeux avec rotation. Souvent il y a aussi du tremblement palpébral, des étourdissements, des vertiges. Les accès durent quelques minutes, mais se reproduisent de douze à vingt fois par jour. Enfin les poussières des mines donnent lieu à des pneumoconioses qui ont été étudiées dans un chapitre spécial.
PROPHYLAXIE DES ACCIDENTS MINIERS. — C'est un problème difficile que la prophylaxie des accidents dus au grisou, qui n'ont pu jusqu'ici être supprimés, comme le témoigne la récente catastrophe si terrible de Courrières. Cette mine semblait en effet une des mieux aménagées, des mieux ventilées, et justement le désastre a été d'autant plus violent que l'explosion s'est propagée à un plus grand nombre de puits communiquants. Il semble aussi que des imprudences ont été commises et que les lampes des mineurs étaient à feu nu; de plus les mines françaises se sont montrées, au point de vue du sauvetage, moins bien outillées que certaines des mines allemandes. A l'Académie des sciences, cette catastrophe a été l'objet d'un débat. Un correspondant allemand a incriminé les poussières charbonneuses et l'absence d'arrosage. D'autre part, Berthelot a rappelé qu'en Belgique et en Westphalie les arrosages avaient favorisé l'ankylostomiase. On se trouve donc là en face d'un double péril ; explosions de poussières ou épidémies d'ankylostome. Pour reconnaître si les poussières sont la cause de la catastrophe, il suffirait de voir si sur les boisages et parois de la mine il y a des dépôts de coke (Michel Lévy).
Pour reconnaître la présence du grisou, on a donné comme signe l'élargissement de la flamme de la lampe, pouvant se manifester dès qu'il y a 3 p. 100 de grisou: on a construit des appareils révélateurs où la combustion du grisou se manifeste par l'incandescence d'un fil