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III. — L'ANKYLOSTOME DUODÉNAL

Vankylostome (àyxuXbç, courbe; axo^a, bouche) duoclénal est un ver de Tordre des Nématodes (famille des Strongylidés).

Il a le corps allongé, avec six papilles buccales, dont quatre médianes, saillantes et coniques. La bouche est entièrement chitineuse et située dans Taxe du corps. L'œsophage se dilate en estomac.

Le mâle a une bourse caudale en éventail avec deux spicules complètement isolés et égaux ; la femelle a deux ovaires, une vulve voisine de l'anus.

Les œufs se segmentent en partie avant la ponte ; parfois même l'embryon est formé au moment de celle-ci.

Lankylostome duodénal appartient au genre Uncinaria (incurvation dorsale de la portion antérieure, capsule buccale cornée avec deux dents tranchantes sur la paroi ventrale et crochets de chaque côté de la ligne médiane).

Il existe deux ankylostomes duodénaux : 1° Y Uncinaria duodenalis, lankylostome d'Egypte et d'Europe, découvert par Dubini en 1838, étudiépar Perroncito, RaiWiet (188b);2°YUncinaria americana, décrit, en 1902, par Stiles en Amérique, très voisin du précédent et que von Linstow a retrouvé dans l'intestin d'un chimpanzé de l'Afrique occidentale.

Pour certains, l'ankylostomiase des chiens de meute, décrite par Megnin, serait due à une espèce voisine et non identique, VAnkylostoma caninum . Au Sénégal, 75 p . 100 des chiens errants seraient porteurs d'ankylostomes (Thiroux et Teppoz).

1° Le ver adulte. — Vankylostome européen est petit (fig. 71). Le mâle a 8 à 10 millimètres sur 2 à 3 ; la femelle a 10a 18millimètres sur 3 environ. Le ver (cylindrique) est blanc, Fig. 71 -- Uncinaria duo- maig devient vite grjsâtre après sa mort ; les denahs. Grandeur natu- ° l

relie (Schulthess). deux tiers postérieurs sont bruns ou rouges,

a, b, c, femelles ; d, e, lorsqu'il est gorgé de sang. Le corps est strié

/", mâles. en travers. La bouche a deux paires de crochets

incurvés vers la face ventrale (fig. 72) ; deux

petites dents tranchantes, destinées à inciser les tissus, occupent le

bord dorsal. La bouche est une véritable ventouse, large, tournée vers

la face dorsale ; elle est très solide en raison de son armure de chitine. Deux glandes céphaliques s'ouvrent dans la bouche (fig. 73). L'œso-

Fig. 72

Uncinaria duodenali

Capsule buccale (Guiart).

v, crochets ventraux; d, dent dorsale ; l, lame pharyngienne.

Fig. 73. — Uncinaria duudenalis. Extrémité céphalique dune femelle vue par la face dorsale (Schulthess).

a, Crochet interne; b, crochet externe; e, dent conique dorsale; d, échancrure du bord dorsal; i, orifice buccal; o, œsophage.

pliage se dilate bientôt en estomac musculeux, court, qui est séparé de l'intestin par une valvule. L'anus est latéral.

L'ankylostome perfore la muqueuse intestinale et produit une ecchymose grosse comme une lentille ; il peut même pénétrer jusque dans les capillaires et s'enkyster dans la sous-muqueuse.

Les tubes séminifères du mâle font suite à des canaux déférents contournés qui aboutissent aux deux spicules.

VUncinaria americana a une capsule buccale, muniededeux paires (ventrale et dorsale) de lèvres proéminantes et semilunaires. L'arête est unique, médiane et dorsale. Il y a deux dents dorsales et deux dents ventrales.

Le mâle a 7 à 9 millimètres avec un appendice caudal en trois lobes (fig. 75).

Ces ankylostomes habitent le duodénum et le jéjunum, exceptionnellement le gros intestin.' Il y a seulement un mâle pour trois femelles, ou même moins (Patrick-Manson, Trossat). Le traitement peut faire expulser en une seule fois plusieurs centaines de vers.

L'accouplement s'opère .dans l'intestin grêle. La vulve étant au tiers postérieur (fig. 76), les Vers en copulation forment un Y (fig. 74), Dès le lendemain de l'accouplement, la ponte commence.

Fig. 7^

Uncinaria

duodenalis. Accouplement (Guiart).

2° L'œuf. — Les œufs sont ovoïdes, à coque très mince, très transparente ; ils ont 0mm,052 sur 0mm,032 environ.

Fig. 75. — Uncinaria duodenalis mâle (Schulthess). Fig. 76. — Uncinariaduo-

denalis femelle (Guiart).

Leur segmentation commence dès la fécondation, dans les conduite

utérins. Dans le canal intestinal, ilsrestentindéfinimentstationnaires, en raison du manque d'oxygène. L'intestin humain ne peut contenir plus de vers qu'il n'a reçu de larves.

Une fois rejetés avec les fèces, ils germent s'ils trouvent des conditions favorables, indispensables à bien connaître pour établir la prophylaxie de rankylostomiase. Ces conditions sont : un milieu humide, bien aéré, assez chaud (+ 18° à + 28° G.). Si elles ne sont pas remplies, l'œuf ne germe pas. A + 15°, les œufs germent très lentement et donnent des larves qui ne s'enkystent pas et meurent rapidement. A -f- 5°, les œufs meurent.

Dans les matières fécales non étalées, les œufs de la profondeur, privés d'oxygène, ne germent pas.

La résistance des œufs aux agents chimiques est énorme, comme celle des œufs d'ascaris.

Au moment de la ponte, l'œuf contient

77. — Uncinaria duodenalis. Développement de l'œuf (d'après Grassi et Parona).

a à d, dans les matières fécales; e à h, en culture ■h, larve rhabditi forme sortant de l'œuf.

Fig. 78. — Uncinaria duodenalis. Larve enkystée (Perroncito).

deux ou quatre blastomères, ayant chacun un noyau, ou même présente l'aspect d'une morula, ces blastomères s'étant à leur tour segmentés (fig. 77). S'il trouve les conditions ci-dessus énoncées, il donne naissance, en quelques heures, à un embryon. En un à deux jours, ou plus (suivant les conditions plus ou moins favorables), la larve est mise en liberté.

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3° L'embryon, la larve. — L'embryon a reçu le nom d'embryon rhabditoïde (ressemblance avec le ver rhabditis). Perroncito Fa bien étudié. Il mesure 0mm,210 sur 0mm,044 : il est très mobile dans l'œuf. L'œsophage est représenté par une portion renflée, séparée par un rétrécissement du bulbe globuleux et chitine à trois rayons (comme tous les embryons des Strongylidés). L'embryon brise l'œuf vers un des pôles et sort en une heure environ ; il est devenu la larve. Celle-ci croît rapidement: elle mesure 0mm,300 dès le lendemain. Elle est très mobile et très vorace. Son enveloppe musculo-dermique est épaisse, jaunâtre, réfracte fortement la lumière. Vers le cinquième jour, les dimensions sont déjà de 0mm,480 sur 0mm,030.

Alors commence Yenkijstement. Le tube digestif devient d'égal diamètre sur tout son parcours, la cavité buccale s'ébauche, une matière chitineuse est sécrétée au niveau de l'enveloppe pour former une capsule vitrée, transparente, qui enferme la larve vivante. En quatre ou cinq jours, la larve est complètement incluse ; les papilles deviennent plus visibles, le rudiment génital apparaît (fig. 76).

La larve, ainsi constituée, est homogène, jaune clair; elle est, grâce à son enveloppe, très résistante aux causes de destruction. Elle se conserve bien dans l'eau, dans les boues à 4- 20° à -j- 30° ; elle peut résister deux à quatre jours à la dessiccation, mais pas davantage.

Pendant ces deux ou trois jours, ces capsules desséchées peuvent être transportées vivantes par les poussières (Perroncito, Stiles, Tenholt). Tel est le second stade de transformation (transformation réelle et non mue). Dans le milieu extérieur, la larve ne peut se transformer davantage, mais elle peut vivre ainsi près d'un an.

4° Transformation de la larve en ver. — Le stade suivant (la transformation de la larve en ver, troisième stade) ne peut s'effectuer que dans l'organisme (Voy. Etiologie : mode de pénétration). Les larves atteignent 0mm,6 à 0mm,7 sur 0m,027 : l'intestin se compose de quinze rangées de cellules bout à bout. La paroi kystique, attaquée par le suc gastrique (quinze heures environ), se désagrège. Arrivée dans l'intestin grêle, la larve croît lentement ; vers le huitième jour, la capsule buccale provisoire fait son apparition.

Au quatrième stade, les larves ont 0mm,66; la capsule buccale est formée, et la bouche s'incurve sur la face dorsale ; les dents deviennent visibles, les sexes se différencient.

Le cinquième stade de l'évolution de la larve est l'état adulte définitif. Il a fallu cinq à six semaines depuis l'infection.

5° Biologie de l'ankylostome duodénal. — Le ver peut habiter, outre l'intestin grêle de l'homme, celui de quelques singes (anthropoïdes, macaques) (Springer, vonLinstow) et desjeunes chiens courants (Megnin, Looss, Schaudinn, 1904). Il ne semble pas que le ver du cheval des mines soit un ankylostome. Calmette et Breton

n'ont pas réussi expérimentalement à infecter les rats, les lapins, les cobayes, les souris, les chiens des rues. En somme, c'est un parasite presque exclusif à l'homme. Celui du chien n'est peut-être pas identique à celui de l'homme (A. caninum).

On n'est pas parvenu à transformer, en milieux de culture, la larve en ver adulte (Manson, Calmette).

Toutes les races humaines sont sensibles. Les sexes, les âges sont sans importance. Toute cause débilitante favorise.

L'ankylostome vit souvent dans l'intestin en compagnie du Bothriocephalus latus, du Tricocéphale, de Y Oxyure, etc., rarement avec V Ascaris.

Si de nouvelles infections ne se produisent pas, les œufs ne pouvant germer dans l'intestin, les vers finissent par mourir (guérison spontanée) ; mais il faut cinq ou six mois pour cela (Stockmann).

Le ver se nourrit de globules sanguins, de plasma, de chyme, par d'innombrables et successives saignées. Pour Patrick-Manson, seul le plasma serait utilisé ; les globules rouges ne feraient que traverser l'intestin du ver.

Nous avons vu que l'œuf et la larve ont besoin de chaleur et d'humidité. Les rayons solaires tuent assez vite les larves, qui peuvent cependant vivre à la surface du sol dans les pays chauds; il est probable que, dans ce cas, un grand nombre meurent et quelques-unes résistent, plus ou moins abritées.

Les œufs ne se développent pas dans Veau: ils exigent de la boue (Voy. plus loin la méthode de culture de Looss). Par contre, les larves vivent trois et quatre mois dans l'eau pure si elles sont à l'abri de la lumière.

L'oxygène est indispensable au développement de l'œuf et de la larve : c'est pour cela que ce dernier n'a pas lieu dans l'intestin (Leichtenstern, Lambinet) et dans les mines grisouteuses (Haldane).

Les œufs et les larves sont très résistants, même au suc gastrique (Lambinet) ; la capsule chitineuse est seulement ramollie dans l'estomac. Il en est de même des sucs pancréatique et intestinal (Calmette et Breton). Les antiseptiques sont sans aucune action (Perroncito, Malvoz, Lambinet, H. Bruns, Calmette) : il faut donc renoncer à stériliser les matières infectées.

Il faut trois quarts d'heure à l'acide sulfurique à 50 p. 1000 pour tuer les larves ! Les vapeurs de formol n'ont aucune action ; le chloroforme à saturation ne les tue qu'au bout de vingt-quatre heures. Cela n'a rien d'étonnant, étant donnée l'enveloppe chitineuse de la larve.

Une dernière question : L'ankylostome engendre-t-il l'anémie spécifique simplement par les saignées qu'il provoque ? Sécrète-t-il une toxine, une hémolysine qui serait en grande partie la cause de la maladie (Lussana, Leichstenstern, Caporali, 1905)? Les expériences de

Herman, de Galmette et Breton ont montré que les extraits d'ankylostomes sont liémolysants pour le sang humain (1). C'est aussi la conclusion de Malvoz.

Lucatello a même préparé une antitoxine contre l'hémolysine de l'ankylostome. Il injecte des brebis avec du sang d'ankylostomiasé . Leur sérum injecté aux anémiques aurait de bons effets.

Le séro-diagnosticavec le sang des ankylostomiasés n'a pas donné de résultats (Herman).

En somme : l'ankylostome agit mécaniquement par saignées et toxiquement par une hémolysine.

La meilleure méthode de coloration des larves (mais bien imparfaite) est le picro-carmin de Ranvier.

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