‹ Traitâe d'hygiáeneChapitre 132 sur 160 · V. — PATHOGÉNIE DE L'ANKYLOSTOMIASE · texte numérisé non relu

V. — PATHOGÉNIE DE L'ANKYLOSTOMIASE

Comment se fait l'infection ? Il semble, au premier abord, naturel d'admettre qu'elle a lieu par ingestion des larves ayant souillé les mains de l'ouvrier mineur ou son eau potable. Ce mode de propagation existe certainement. Cependant n'oublions pas que les larves se déposent rapidement au fond de l'eau, dans la vase, et que l'eau claire n'en contient presque jamais; n'oublions pas qu'un ouvrier porteur du ver ne contamine presque jamais sa famille, que les ouvriers du jour ne sont presque jamais atteints ; que les larves desséchées périssent rapidement.

On a parlé des pousières transportant des larves sèches, maisrevivifîables dans les voies respiratoires; c'est certainement exceptionnel.

La voie normale d'introduction est la voie cutanée. C'est la théorie de Looss(du Caire). Looss avait observé sur ses aides de laboratoire et sur lui-même que, malgré toutes les précautions pour éviter l'ingestion des larves, la contamination se produisait facilement. Ayant laissé, en 1898, tomber sur ses mains, dans un espace interdigital, du liquide larvifère, il vit la peau rougir, être le siège de violentes démangeaisons. Quelques semaines après, ses selles renfermaient des œufs. Ce fut un trait de lumière. Il répéta l'expérience sur plusieurs personnes, toujours avec succès ; de même sur des chiens avec l'ankylostome humain et canin. Il montra qu'une plaie cutanée n'est pas nécessaire. Les larves pénètrent par les follicules pileux, passent dans le derme et tombent dans un vaisseau lymphatique ou sanguin et arrivent ainsi dans les capillaires sanguins du

poumon. Là, elles sont arrêtées par leur volume (tandis que les larves de trichine, par exemple, peuvent passer). Elles ressortent des capillaires sanguins, tombent dans les alvéoles, remontent en rampant le long des parois jusqu'au larynx et redescendent dans l'œsophage et l'estomac, puis l'intestin. Plus les animaux sont jeunes, plus le processus migrateur est rapide.

En 1901, Looss recommence ses expériences avec Sandwith, toujours avec succès. Les larves se débarrassent de leur gaine avant d'entrer dans la peau (?) ; sept à huit minutes suffisent pour que l'infection soit consommée. Au bout de vingt-quatre heures, les poumons sont largement infectés.

Un jeune garçon qui allait être amputé reçoit sur la peau du liquide larvifère ; l'amputation a lieu une heure après ; tous les follicules pileux étaient infectés ; les glandes sébacées ou sudoripares étaient indemnes (Sandwith).

Schaudinn (1904) a confirmé, en expérimentant sur des singes. Lambinet (1905) a infecté le chien, en lui injectant les larves sous la peau. Herman s'est infecté lui-même comme Looss.

On explique ainsi les lésions cutanées (Voy. p. 551) qui ne sont que les témoins de la porte d'entrée du parasite (Perroncito au Saint- Gothard, Bozzolo chez les briquetiers, Manouvriez chez les mineurs, Manson chez les coolies indiens, etc.).

En somme, l'ankylostome pénètre surtout par la peau, même saine, en suivant les follicules pileux ; l'infection buccale paraît exceptionnelle. Ce n'est pas là un des points les moins curieux de l'histoire de l'ankylostomiase. Certaines habitudes locales, telles que la chique, que le mineur dépose fréquemment à terre et reprend ensuite, comme à Saint-Étienne, peuvent favoriser l'infection buccale.

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