VI. — DIAGNOSTIC ÉTIOLOGIQUE DE L'ANKYLOSTOMIASE
Le diagnostic clinique de l'ankylostomiase n'ayant rien de spécifique, la seule manière d'établir un diagnostic scientifique, c'est de constater les œufs d'ankylostome dans les selles. Cette découverte est due à Grassi (1878).
Il suffit d'un grossissementde 800 diamètres. Ily a plusieurs millions d'œufs dans une seule selle (jusqu'à 20000 par gramme de matière fécale) ; 150 à 180 œufs par centimètre cube indiquent la présence d'un millier de vers.
Calmette et Breton recommandent, pour le transport des matières, de petites boîtes cylindriques en zinc à couvercle glissant à frottement dur, portant un numéro frappé en creux. A l'intérieur du couvercle est soudée une petite pelle en métal qui permet de prélever un peu de matière. L'ébullition suffira ensuite à nettoyer la boîte. A
Saint-Etienne, on a employé le petit pot de porcelaine de 30 grammes qu'on trouve chez tous les pharmaciens, fermé par un fort bouchon de liège armé d'une spatule.
On dépose une parcelle de matière sur une lame porte-objet; on l'étalé avec une aiguille de platine et on la dilue avec un mélange à parties égales d'eau et de glycérine. On couvre avec une lamelle couvre-objet, et on appuie légèrement, en imprimant avec le doigt des mouvements de circumduction pour retenir l'épaisseur de la couche à examiner.
On examine au microscope à 300 ou 400 diamètres.
Les œufs (déjà décrits page 560) se reconnaissent facilement à leur forme ovale, à leur contour régulier et à leur transparence, laissant voir des blastomères en voie de segmentation.
On ne les confondra pas avec ceux de Y Ascaris lombricoïdes (plus foncés, à surface inégale), avec ceux de Y Oxyure (en haricot), avec ceux du Trichocephalus dispar (en forme de citrons avec saillies aux deux extrémités), avec ceux de Y Anguillule (assez semblables, mais plus longs et plus pointus ; larves dans les selles ; aucun effet pathogène), avec ceux du T. solium (coque jaunâtre, striée radialement, accompagnés d'anneaux) ou du T. saginata (coque transparente, striée radialement, accompagnés d'anneaux), avec ceux du Bothriocephalus (beaucoup plus grands, vitellus très épais), du T. nana (accompagnés d'anneaux), avec ceuxdes Trématodes (rares en Europe) . Les œufs de la Bilharzia hœmatobia d'Egypte sont beaucoup plus grands avec un prolongement épineux à un pôle. Nous ne pouvons insister sur ce diagnostic différentiel ; nous renvoyons aux ouvrages spéciaux.
Les œufs qui accompagnent le plus fréquemment ceux de l'ankylostome sont ceux du Trichocéphale, de l'Ascaris et de l'Oxyure.
Si on hésite, on pratiquera l'ensemencement des matières d'après le procédé de Looss. On forme une pâte avec une parcelle de matière, grosse comme un pois, un peu de noir animal et d'eau. On étale en couche mince dans une boîte de Pétri ; on met celle-ci à l'étuve à ~f- 26° ou 30°, à la lumière diffuse ; on arrose tous les jours avec quelques gouttes d'eau. Le quatrième jour, on immerge le tout et on laisse évaporer l'eau. Entre les fissures de la pâte, on trouve en abondance des larves en mouvement, ayant dépassé le stade rhabditoïde, visibles à l'œil nu. Le diagnostic est alors d'une certitude absolue.
Il faut savoir que le plus souvent les matières fécales du mineur renferment plusieurs sortes d'œufs, notamment ceux du Trichocéphale, de l'Ascaris.
Il faut examiner les matières moins de vingt-quatre heures après leur expulsion, sinon les fermentations microbiennes peuvent détruire les œufs. Une solution saturée de chlorure de sodium peut cependant les conserver.