VIII. - PROPHYLAXIE-DE L'ANKYLOSTOMIASE
Étant données létiologie et la pathogénie de l'ankylostomiase, on peut déduire facilement sa prophylaxie. Au point de vue pratique, on se souviendra du grand nombre de mineurs porteurs de vers (Wurmtriiger), sans présenter de symptômes; ils sont, au point de vue hygiénique, bien plus dangereux que les malades. On se souviendra aussi que seuls les mineurs du fond peuvent propager la maladie. On étudiera les moyens de lutte employés en Allemagne et en Belgique. La lutte doit être sociale contre une maladie sociale.
A. Plan de la lutte contre l'ankylostomiase. — Certaines mesures intéressent la mine, d'autres les mineurs.
1° Assainissement des mines. — Une mine qui serait sèche et peu chaude (au-dessous de 18°) ne pourrait être infectée, même par des mineurs ankylostomés. Cela explique en partie la différence d'infection des mines. En Allemagne, on est obligé de pulvériser continuellement de l'eau pour abattre les poussières ; la mine est humide et chaude ; la stagnation de l'eau est impossible à éviter. En France, cet inconvénient n'existe pas.
On sait aussi que l'eau salée n'est pas favorable au développement des larves; certaines mines recevant des poches d'eau salée sont indemnes.
Comme il est absolument impossible de désinfecter une mine (aucun désinfectant ne pouvant attaquer les œufs ou les larves), il faut seulement demander :
a. Leur assèchement ; l'eau devra s'écouler aussi rapidement que possible et ne pas rester stagnante; c'est affaire à l'ingénieur; cela dépend aussi de la nature de la mine : de plus, si l'eau est courante, sa température reste basse, et les œufs ne pourront s'y développer; l'assèchement de la mine est le meilleur moyen prophylactique ; il est possible en France où l'arrosage est inutile;
[3. Leur ventilation, pour diminuer la température.
2° Installations hygiéniques pour préserver les mines. — Il faut empêcher, autant que possible, le mineur de se soulager dans la mine. Pour cela, il est indispensable qu'une mine possède :
a. Des water-closets à la surface. — Pour être efficaces, ceux-ci devraient être bien installés et assez nombreux pour que les ouvriers puissent se soulager, tous ensemble, avant de descendre, sans perdre de temps, au lieu d'être obligés de faire queue et d'attendre leur tour ; il serait alors possible de faire l'éducation du mineur à ce point de vue. Dans les endroits où la chasse d'eau est impossible, on peut installer des appareils à projection automatique de tourbe ou de terre sèche, avec siège inviolable (appareils Lambert).
p. Des tinettes mobiles au fond de la mine. — On pourra ainsi obliger le mineur à ne pas se soulager sur le sol de la mine, ou tout au
J. COURMONT
moins pour faciliter sa bonne volonté. Elles sont obligatoires en Allemagne, dans le district de Dortmund, depuis le V2 mars 1900; en Belgique, dans le bassin de Liège, depuis le 4 novembre 1904; en
Fig. 79. — Tinette mobile Hermann Franken (fermée et ouverte).
Autriche, depuis 1900. Ces tinettes doivent être commodes, étanches, aussi nombreuses que possible, soigneusement et régulièrement
enlevées et désinfectées. En Allemagne (à Erin) , ce sont des récipients cylindriques, en fer galvanisé, avec couvercle métallique à charnière (fig. 79), renfermant du lait de chaux. Ils sont remontés chaque jour, vidés dans une citerne spéciale (fig. 80) et stérilisés à la vapeur. Ces tinettes sont placées de telle sorte que les ouvriers n'ont jamais plus de 200 mètres en terrain platet58 mètres en plan incliné pour s'y rendre. Le mineur allemand qui ne les utilise pas encourt une pénalité de 10 à 50 marks (interdiction de déposer des déjections au fond de ta mine).
Fig.