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Tinette mobile Hermann Franken vidange et nettoyage

Malheureusement, l'emploi de ces tinettes, qui est fort simple, en Allemagne, en France, à Carmaux, étant données les grandes dimensions des tunnels où les mineurs peuvent se mouvoir à Taise, est presque impossible dans nos charbonnages du Nord. Dans ceux-ci,

en effet, les veines sont peu épaisses ; les mineurs travaillent couchés, très éloignés les uns des autres; il leur faudrait parfois faire des kilomètres pour rejoindre des tinettes, placées cependant à raison de une par cinquante ouviers.

D'ailleurs, ces précautions seront moins importantes si on se

décide à ne pas laisser descendre au fond des mineurs infectés.

y. Des bains-douches, des vestiaires, des lavoirs. — On assure ainsi la propreté générale du mineur, au moment où il remonte à la surface. Ceci est moins important, puisque ses matières rejetées à la surface ne sont pas dangereuses; les familles restent indemnes. Ces installations sont obligatoires en Allemagne depuis 1900. Elles existent dans certains charbonnages belges; elles sont très rares en France (fîg. 81). Chez nous, l'ouvrier mineur rentre chez lui aussitôt son travail fini et trouve le baquet d'eau chaude préparé d'avance par sa femme.

3° Protection du mineur indemne. — Les mesures précédentes sont des moyens prophylactiques nécessaires, mais de second ordre. Il n'y a qu'une seule manière de lutter socialement contre l'ankylostomiase, c'est-à-dire de protéger le mineur indemne, c'est de connaître tous les mineurs infectés et de leur interdire jusqu'à guérison l'entrée de la mine. Cela parait, au premier abord, une utopie. Cela a été fait très complètement en Allemagne (Voy. plus loin), assez complètement en Belgique.

C'est pour en arriver à ce résultat qu'on a fait les enquêtes dont nous avons parlé plus haut. II faut connaître scientifiquement toute l'étendue du mal, afin de le combattre efficacement. Il faut donc, pour chaque puits, examiner les matières fécales de 20 p. 100 du personnel; on s'arrête là, si aucun mineur n'est porteur du ver; on examine tous les mineurs si un seul des examinés a présenté des œufs dans ses selles. Comme on le voit, on ne s'inquiète pas seulement des malades (Wurmkranken), mais de tous les mineurs pour découvrir les simples porteurs de vers (Wurmtrdger). Sans cette suite d'opérations, longues et coûteuses, il faut renoncer à combattre l'ankylostomiase.

a. Supposons la mine indemne. — Il faut qu'aucun ouvrier nouveau ne puisse être embauché sans un certificat affirmant que trois examens de ses matières, pratiqués trois jours de suite, ont été négatifs. Ce certificat devra être délivré par un médecin de la Compagnie, spécialement éduqué à ce travail. Il faut que l'ouvrier ne soit descendu dans aucune mine depuis la date du certificat.

Ces sages mesures ont été adoptées dans la plupart des charbonnages, en Allemagne, en Angleterre, en Autriche, en Belgique. L'inconvénient est la perte, pour le mineur, de trois journées de travail. Seule l'Allemagne, grâce à ses lois d'assurance, a pu résoudre pratiquement le problème.

La Société d'assurance mutuelle des mineurs de Bochum ou Knappschaftverein, à laquelle tout mineur est obligatoirement affilié, commissionne des médecins spéciaux, ayant fait un stage au laboratoire de Gelsenkirchen, qui, moyennant 2 marks, examinent les postulants mineurs. Les infectés vont immédiatement se faire traiter à l'hôpital, aux frais du Knappschaftverein. Ceux que le

traitement a débarrassés reçoivent leur certificat ; les autres ne peuvent travailler « qu'au jour », c'est-à dire à la surface, jusqu'à guérison. Pendant toute la durée du chômage nécessité par le traitement, la société, outre les frais ci-dessus mentionnés, verse au mineur (conformément à la loi allemande de l'assurance-maladie) une indemnité de 2 marks (2 fr. 50) par jour. En vue de la lutte contre rankylostomiase, le charbonnage verse une autre somme complémentaire de 2 marks. Le mineur reçoit donc son salaire intégral (5 francs). Gomment s'étonner que, dans ces conditions, la lutte sociale soit possible et efficace? Pour faire de l'hygiène, il faut de l'argent. Pour avoir de l'argent, il faut l'assurance obligatoire de l'ouvrier.

L'ordonnance du 13 juillet 1903 interdit à tout charbonnage allemand de recevoir pour ce travail du fond un ouvrier qui ne serait pas porteur d'un certificat datant de moins de deux semaines et attestant sa non-infection. En plus, un nouvel examen des selles doit être fait au bout de six semaines par un médecin commissionné.

En Belgique, les mineurs qui veulent être embauchés sont examinés et traités si besoin dans des dispensaires spéciaux. Ils reçoivent, pendant ce temps, les indemnités de leurs sociétés de secours mutuels et un subside de 1 fr. 50 par jour, voté par la province de Liège .

En France, tout est à faire.

(3. Supposons maintenant la mine infectée. — On a trouvé des œufs d'ankylostomiase dans les selles de un ou de plusieurs mineurs du 20 p. 100 examiné. Même si l'infection est légère, on sait, par l'exemple de la Westphalie, qu'elle peut prendre brusquement une grande extension épidémique. Quel que soit le degré de l'infection, les mesures à prendre sont donc identiques. Elles se résument ainsi : examiner tous les mineurs et interdire l'accès de la mine à tous les infectés, jusqu'à guérison; en un mot, agir comme si lamine était indemne et que tous les mineurs soient des postulants à l'embauchage.

L'Allemagne Ta fait résolument (ordonnance du 13 juillet 1903) : examen obligatoire des selles (tous les deux ou trois mois tant qu'on rencontre un seul ouvrier porteur du ver) ; traitement obligatoire de l'infecté s'il veut redescendre dans la mine.

La cure à domicile ne présentant aucune garantie, il fallut construire des lazarets spéciaux auprès des charbonnages infectés [baraques démontables, système Dœcker (fig. 82, 83 et 84), coûtant chacune environ 8000 marks].

Le Knappschaftverein paye les baraques, les honoraires des médecins (200 à 300 marks par mois), les frais de traitement et l'indemnité au mineur de 2 marks (2 fr. 50) par jour. Comme la loi allemande n'assure cette indemnité de demi-salaire qu'après

quatre jours de chômage, le charbonnage paye ces quatre premiers jours crindemnité en salaire intégral, avec secours à la famille, si elle est nombreuse.

On a vu plus haut les résultats des enquêtes allemandes (17 161 porteurs de vers sur 188 730 mineurs, examinés par 150 médecins) ; on verra plus loin les résultats. Le Knappschaftverein a dépensé, en quatorze mois, de ce chef, 3 000000 de marks, la cure de chaque mineur coûtant environ 80 marks.

En Belgique, l'obligation n'existe pas; on favorise le traitement en promettant 1 fr. 50 par jour (allocation de la province) à tout mineur qui accepte de le subir.

En France, rien encore n'a été fait.

4° Éducation du mineur. — Dispensaires d'hygiène sociale. — Calmette et Breton ont écrit quelques belles pages sur la mentalité du mineur français et sur l'inefficacité de tous les règlements tant que son éducation ne sera pas faite. C'est le but auquel il faut tendre en France, puisque nous n'avons pas Yobligation allemande.

Le mineur français est indépendant, libre à partir de deux heures de l'après-midi; il louche un salaire élevé et passe le reste de la journée au cabaret; il est fort ignorant de tout ce qui ne se rapporte pas à son métier; comptant sur la retraite et l'initiative des compagnies, il ne possède aucune épargne ; il n'est jamais aux prises avec les difficultés de l'existence de l'ouvrier des villes ou du paysan. Son éducation est complètement à faire.

Pour cela, Calmette propose la méthode qui lui a si bien réussi pour la lutte antituberculeuse, par le dispensaire, c'est-à-dire Y éducation à deux degrés. Il faut créer, parmi les mineurs, des moniteurs d'hygiène* choisis parmi eux, qui, une fois éduqués et bien convaincus, seront de véritables apôtres auprès de leurs camarades. Ceux-ci croiront leurs semblables ; ils écouteraient difficilement des médecins ou des personnes représentant les compagnies.

Il faudrait créer des dispensaires d'hygiène sociale.

En Belgique, l'Union des charbonnages de Liège a créé, en 1903, sur la proposition de Malvoz, des dispensaires spéciaux pour la lutte contre l'ankylostomiase. En 1904, Malvoz et Lambinet ont examiné 7000 mineurs (900 soignés et guéris) et n'ont dépensé que 16000 francs. Aussi nombre de dispensaires belges ont été créés sur ce modèle. Ce sont souvent des baraques transportables avec huit ou dix lits et un laboratoire, créées par Malvoz (10000 francs).

En France, Calmette propose, sous le nom de dispensaires d'hygiène sociale, un organisme plus complet, groupant ensemble : l'ambulance, la consultation de nourrissons, le laboratoire, le dispensaire antituberculeux, etc., pour protéger le mineur contre toutes les maladies, par : Y éducation hygiénique du mineur et de sa famille, la surveillance sanitaire de son logement, Y assistance des malades. Cela

peut se faire avec un petit local et peu d'argent. Il suffit de quelques bonnes volontés. A ce sujet, le service médical des mines devrait être profondément

Fig. 82. — Baraquement Dœcker (Mines de Silésie).

modifié. Les conditions d'existence et de travail du médecin des mines (au moins dans le No"rd) sont déplorables. Ce sont les caisses de secours mutuels qui les choisissent (article 7 des lois des 29 juin et 19 décembre 1894), c'est-à-dire un conseil composé de deux tiers

Fig. 83 et 84. — Dortoirs des baraquements.

d'ouvriers. Les médecins sont obligés de voir jusqu'à 100 ouvriers par jour, souvent au cabaret; ils n'ont aucune influence morale sur le mineur. Il faudrait qu'ils offrent des garanties de savoir, de compétence, de moralité, et surtout d'indépendance, qui ne sont compatibles qu'avec un salaire plus élevé et un autre mode de nomination.

Calmette propose la création, dans chaque région houillère, d'un

conseil sanitaire des charbonnages, qui dresserait une liste des médecins compétents et, auprès de l'administration de chaque compagnie, une direction médicale responsable. Nous ne pouvons que l'approuver.

B. Résultats obtenus. — Nous ne parlerons pas de la France. Rien encore n'a été fait. Le mal est d'ailleurs encore peu étendu.

En Allemagne (1), ou plutôt en Westphalie, l'enquête de Lôbker, en 1892-1895, n'ayant porté que sur les malades, ne donna aucun résultat. La véritable lutte ne date que du jour où on s'inquiéta des Wurmtràger. Dès 1896, des bains, des vestiaires, des water-closets sont imposés à quelques mines. Le 12 mars 1900, une ordonnance de police généralise ces mesures. Dès la fin de 1902, les enquêtes commencent (Voy. plus haut) ; elles causent une vraie panique en montrant toute rétendue du mal. Apparaît l'ordonnance du 13 juillet 1903, dont nous avons parlé, et la prophylaxie étudiée plus haut commence.

Les résultats furent les suivants : en 1903, sur 188 730 mineurs examinés, 17 161 (9,09 p. 100) étaient porteurs du ver. En octobre 1904, la proportion n'était plus que de 7,4 p. 100. Six mois plus tard, elle était tombée à 1,5 p. 100 (2 500 mineurs infectés au lieu de 18000). A la fin de 1905, la Westphalie a été à peu près complètement débarrassée de l'ankylostomiase. Inutile d'ajouter de commentaires. Qui veut la fin veut les moyens.

En Belgique, quelque imparfaite que soit la législation protectrice de l'ouvrier, grâce aux efforts de Malvoz, on peut escompter, à très bref délai, la disparition totale de l'ankylostomiase dans le bassin de Liège.

Le charbon est une infection commune à l'homme et à certains animaux, due à un bacille qui a reçu successivement les noms de Bactéridie charbonneuse et de Bacillus anthracis. Nous ne dirons du bacille que l'indispensable à la compréhension du charbon professionnel.

I. BACILLUS ANTHRACIS. — Il a été découvert par Davaine (1850) et Rayer (1863); mais Pasteur, Koch (1877), Chauveau, Toussaint (1880), en ont commencé l'étude systématique. En raison de sa découverte à l'aurore de la bactériologie, en raison de la facilité avec laquelle il se prête à l'expérimentation, mais en raison aussi du grand intérêt écono-

(1) Lire les Étapes de la lutte contre l'ankylostomiase en Allemagne, par E. Fusteu, in Calmette et Breton, Ankylostomiase (Voy. plus haut), p. 175-203.

mique qui s'attachait à la connaissance du charbon, le B. anthracis a été pendant longtemps le microbe favori des laboratoires.

C'est un aérobie qui végète entre + 14° -f- 43° dans tous les milieux de laboratoire, se colore très bien par toutes les couleurs basiques d'aniline, prend le Gram.

On le trouve en abondance dans le sang des infectés ; il y prend la forme de bâtonnets de 5 à 10 p.

sur là 1 u., 5 parfois rapprochés en chaînettes de deux ou trois articles (fîg. 85).

Dans l'œdème charbonneux, les bacilles sont un peu plus

longs.

mm

Fig. 85. — Sang d'une souris charbonneuse. Les extrémités sont coupées carrément.

86. — Culture en humeur aqueuse datant de quarante-huit heures.

Dans les cultures, surtout liquides, le B. anthracis peut prendre la forme de filaments très longs et enchevêtrés (fîg. 86).

Les spores ont été découvertes par Koch, en 1876. Elles n'existent jamais dans le corps vivant de Tanimal charbonneux.

Elles sont au contraire rapidement très abondantes dans les cadavres charbonneux, dans les cultures. Chaque article du filament donne naissance à une spore (fig. 87).

Pour la formation des spores, l'oxygène et une température de + 18°

à + 41°, 5 sont indispensables. Aussi, un cadavre soigneusement conservé intact, sans hémorragies, et enfoui, ne contiendrait-il

Traité d'hygiène. VIT. — 37

Fig. 87. — Préparation d'une vieille culture en bouillon avec spores (Macé).

pas de spores; mais il y a presque toujours hémorragies spontanées ou provoquées (saignée), commencement de dépeçage, etc.

Ces spores ont une vitalité extraordinaire ; on les a constatées vivantes après un séjour de dix-huit ans dans un laboratoire. Elles se conservent plus longtemps peut-être encore dans les cadavres charbonneux, dans les champs maudits (Voy. plus loin) d'où Pasteur les a extraites en inoculant au cobaye la terre broyée (diluée, décantée et chauffée quinze à vingtminutes à -|- 85°, pour éliminer les pyogènes). La connaissance de ces spores est capitale pour l'hygiéniste, puisqu'elles peuvent contaminer pour longtemps les peaux, crins, laines, etc., qui seront utilisés dans diverses industries et que, le plus souvent, une stérilisation efficace avant le travail est commercialement impossible.

Le B. anthracis sans spores est très fragile. Un chauffage de trente minutes à + 51° stérilise le sang charbonneux ; le manque d'oxygène, l'air comprimé le iuent. Les spores sont au contraire très résistantes. Humides, elles survivent à un chauffage de cinq minutes à -)- 85°. Desséchées, elles ne sont pas tuées par un chauffage à + 100°, par les rayons solaires, par l'oxygène comprimé, etc. On verra que ces moyens de destruction sont le plus souvent inutilisables dans l'industrie.

Les animaux les plus sensibles à l'inoculation sont : le mouton (surtout français), les bovidés, les équidés, le cobaye (réactif pour le diagnostic), le lapin, la souris. Par contre, le rat, le chien, le chat, le porc, les oiseaux sont plus ou moins réfractaires.

Le diagnostic est facile. Il suffit de se rappeler les règles suivantes.

Le bacille ne passe dans le sang chez l'homme qu'à la dernière période ; il existe au contraire de façpn très précoce dans celui des vaches ou des moutons. Le diagnostic bactériologique de la pustule maligne humaine se fera donc par la recherche du bacille dans la sérosité des vésicules péri-pustuleuses ou dans un morceau excisé de la pustule. Le diagnostic du charbon animal se fera par l'examen du sang; on s'adressera au sang périphérique pendant la vie, au sang du cœur, de la rate, ou mieux aux ganglions, à l'autopsie. Il est cependant des cas certains de charbon chez les bovidés où le sang, pendant la vie, contient assez peu de bacilles pour qu'ils puissent passer inaperçus.

Les méthodes sont : l'examen microscopique direct, les cultures ou, mieux, l'inoculation sous la peau de la cuisse du cobaye (œdème blanc local, bacilles dans le sang, mort rapide). On ne confondra pas l'infection par le vibrion septique (qui envahit rapidement les cadavres en été) avec l'infection charbonneuse. Le séro-diagnostic n'a pas donné de résultats.

Telles sont les notions élémentaires indispensables à connaître pour la suite de cette étude.

IL VACCINATION. — TRAITEMENT. -- Il importe également que l'hygiéniste connaisse bien les méthodes de vaccination et de traitement du charbon, ainsi que les résultats obtenus dans la pratique. Le charbon doit, en effet, disparaître dans tout pays civilisé, absolument comme la variole.

1° Vaccination. — Le problème de la vaccination anticharbonneuse s'est posé à l'aurore de la bactériologie. Il avait à la fois un intérêt économique (vacciner les troupeaux) et un intérêt scientifique de premier ordre (on ne connaissait encore que les cultures atténuées du choléra des poules).

On savait que le charbon ne récidive pas chez l'homme; Pasteur avait remarqué que les vaches ayant guéri du charbon étaient devenues réfractaires, que des moutons ayant résisté à une première inoculation étaient également réfractaires. La possibilité de la vaccination s'imposait.

C'est au lyonnais Toussaint que revient l'honneur d'avoir, le premier, réalisé la vaccination charbonneuse (12 juillet 1880). Il filtrait du sang charbonneux sur plusieurs doubles de papier, le chauffait à + 55° et obtenait ainsi un liquide vaccinal. Que les microbes aient été ou non détruits par les opérations, que la vaccination ait été le fait de microbes atténués ou de produits solubles, peu importe au point de vue spécial de l'histoire de la vaccination charbonneuse. La même année, Chauveau montrait qu'on pouvait obtenir la vaccination par inoculation d'un petit nombre de bacilles, et que les agneaux nés de mères charbonneuses étaient réfractaires au B. anthracis. En 1881, Pasteur, Chamberland et |Roux (28 février et 21 mars) publiaient tla découverte d'un vaccin charbonneux constitué par des cultures ayant une atténuation permanente, transmissible, qu'on pouvait donc manier comme des vaccins. En 1882 et 1883, Chauveau faisait connaître ses vaccins obtenus soit par le chauffage, soit par l'emploi de 'J'oxygène comprimé. La valeur de la vaccination par cultures atténuées a été consacrée par la fameuse expérience de Pouilly-le-Fort, où 25 moutons vaccinés résistèrent à l'inoculation qui tua les 25 témoins.

Ajoutons que Voldridge aurait vacciné avec des cultures filtrées obtenues en bouillon de thymus et de testicule de veau. Rappelons que l'albumose de Marmier peut immuniser. Hankin disait aussi avoir immunisé avec sa toxine. Ce sont là les seuls exemples (après l'expérience de Toussaint) de vaccinations chimiques.

a. Vaccins obtenus par cultures à des températures dysgénésiques. — Ce sont les vaccins Pasteur. Le principe est d'avoir des cultures sans spores. Les spores ne se forment pas au-dessus de 41°, 5. Il suffit donc de cultiver à + 42°, 5. Cette culture atténuée, inoculée au mouton, lui donne une maladie légère qui lui confère l'immunité. Cette culture, réensemencée à + 37°, donne une culture

à spores ; mais ces spores donnent naissance à une race de même virulence, c'est-à-dire atténuée. La race est fixée. On peut rendre au bacille sa virulence, en se basant sur ce fait que les jeunes animaux sont plus sensibles que les adultes. Tel vaccin qui est inoffensif pour le cobaye adulte tuera le cobaye d'un jour ou de deux jours, etc.; si bien que Faction pathogène sur le cobaye de un, deux, trois ou quatre jours, est une véritable mesure de virulence. On inoculera donc des cobayes ou des souris très jeunes, et, avec leur sang, des animaux un peu plus âgés, et ainsi de suite. On arrivera ainsi à rendre la virulence aux vaccins.

En pratique, on opère sur les moutons de la façon suivante. On a deux vaccins (délivrés à l'Institut Pasteur en tubes de 100 doses). Le premier est très faible : il tue la souris, mais ne tue ni le lapin, ni le mouton. Le second est plus fort; il peut tuer la souris, le cobaye et même parfois le lapin. On inocule, à la face interne d'une cuisse, le premier vaccin (vache = 1/4 de centimètre cube ; mouton = 1/8 de centimètre cube). On attend douze jours. On inocule le second vaccin, aux mêmes doses, à Tautre cuisse. L'opération est faite avec du vaccin pur et frais et avec une seringue stérilisée. L'immunité est acquise douze jours après la seconde inoculation. Cette pratique a presque supprimé le charbon dans les contrées où il était endémique. On vaccine, chaque année, en France, plus de 300000 moutons et de 50 000 bovidés.

La vaccination des petits animaux de laboratoire (cobaye, lapin) est difficile à obtenir en raison de leur sensibilité ; ils sont presque toujours tués par les vaccins. Il faut commencer par un troisième vaccin, encore plus atténué que le second. Marchoux est arrivé à vacciner le lapin avec les vaccins ordinaires, en injectant d'abord des doses faibles du premier vaccin cultivé et âgé de vingt-quatre

heures.

6. Vaccins obtenus par le chauffage. — Ce sont les vaccins de Toussaint, puis de Chauveau. Chauveau chauffe à + 47° des cultures sans spores obtenues à + 42°,5. Pour obtenir des races définitivement atténuées, il opère de la façon suivante : 1° cultiver à + 42°, 5 pendant vingt-quatre heures; 2° chauffer trois heures à -h 47°; 3o semer et placer cinq à sept jours à + 37° (culture sporulée) ; 4° chauffer pendant une heure à une heure et demie à + 84° ou + 82°. Ces spores fournissent un vaccin à virulence fixe, qui ne peut tuer le mouton. Le premier vaccin a été chauffé à + 84°; le second

Ces vaccins conservent leur virulence atténuée plus longtemps que les vaccins Pasteur; par contre, leur activité disparaît en quelques mois.

Pour Chauveau, l'influence de l'oxygène est nulle dans son procédé.

On peut employer ces vaccins comme ceux de l'Institut Pasteur.

c. Autres vaccins. — Toussaint avait atténué le sang charbonneux avec des antiseptiques. Chamberland et Roux l'ont imité. Chauveau a fabriqué d'excellents vaccins en employant l'oxygène comprimé. Arloing a utilisé la lumière solaire.

Paladino-Blandini (1903) a cherché sans succès à retirer du corps des microbes et des spores une substance chimique vaccinante. Ces vaccins ne sont pas entrés dans la pratique.

2° Sérothérapie. — Behring avait montré que le sérum des rats blancs jouit de propriétés bactéricides vis-à-vis du B. anthracis. Ce sérum n'est cependant ni préventif ni curateur. Il faut qu'il soit mélangé à la culture pour en atténuer les effets. Injecté séparément, il ne préserve pas (Metchnikoff et Roux).

Marchoux (1895) aurait obtenu un sérum thérapeutique en vaccinant des animaux comme il a été dit plus haut. Les moutons reçoivent progressivement des doses énormes de cultures virulentes et à de nombreuses reprises. On saigne quinze et vingt jours après la dernière inoculation.

Ce sérum est actif à 1 p. 2 000; il préserve le lapin, et, si onl'injecte vingt-quatre heures avant la culture virulente (1 centimètre cube pour un lapin de 2 kilogrammes contre un quart de centimètre cube de culture virulente inoculée sous la peau). Il faut donc des doses vingt fois plus fortes de sérum si l'inoculation virulente est intraveineuse. Ce sérum ne préserve pas le cobaye.

Injecté en même temps que la culture, il préserve inconstamment le lapin, même à de fortes doses. Injecté après l'inoculation, il peut encore guérir le lapin, si l'œdème n'a pas encore apparu.

Ce sérum n'a jamais été appliqué ni en médecine ni en vétérinaire.

Sclavo (1895) a préconisé un sérum anticharbonneux, qui a été recommandé par nombre d'auteurs contre la pustule maligne de l'homme.

Mendez (1900) aurait obtenu un sérum assez actif pour guérir le mouton et le bœuf à la dose de un demi-centimètre cube, et l'aurait appliqué au traitement de l'homme et des animaux.

Jourgueliounass (1902) a immunisé la chèvre et la brebis avec des cultures. Leur sérum est doué de propriétés préventives pour le cobaye. Le B. anthracis se développe mieux que dans le bouillon, dans ce sérum.

San Felice (1903) immunise le chien; le sérum est préventif et curateur, mais pas bactéricide. Des lapins, un cas humain ont été ainsi heureusement traités.

En 1903, Sclavo a rassemblé 164 cas traités par son sérum : il y a eu 10 morts, soit 6,09 p. 100, au lieu de 24 p. 100 qui est le taux de mortalité en Italie. Le sérum de Sclavo est couramment employé dans les manufactures de peau et de crin en Italie.

III. LE CHARBON ANIMAL. — Nous l'avons dit, le charbon est une maladie commune à l'homme et à un grand nombre d'animaux. Elle est donc contagieuse de l'animal à l'homme, soit directement, soit par les produits animaux travaillés ensuite industriellement. La préface de ce chapitre d'hygiène industrielle contient donc naturellement un aperçu du charbon animal, c'est-à-dire du charbon agricole.

Les bovidés et les moutons sont les animaux les plus intéressants à ce point de vue; le cheval est également assez fréquemment atteint de charbon.

Le charbon n'a été distingué des autres épizooties lui ressemblant plus ou moins qu'à la fin du xvme siècle par Chabert (1780).

Voici un résumé très succinct des symptômes chez les bovidés : maladie très rapide; l'animal est souvent trouvé mort, alors que la veille rien n'avait attiré l'attention ; il est ballonné, les naseaux sont remplis de spumosites sanguinolentes. Les cas les plus lents ne dépassent guère dix-huit heures. Les symptômes se montrent dans l'ordre suivant ; arrêt de la rumination, frissons, sensibilité des parois thoraciques, agitation, mugissements, diarrhée fétide et sanguinolente; l'animal tombe, se ballonne, s'agite et meurt.

Chez le mouton, la maladie est plus habituellement nommée sang de rate. La marche est très rapide; l'animal tombe foudroyé en marche, au pâturage, presque sans symptôme; l'urine est sanguinolente.

Chez le cheval, la marche est plus lente : prostration avec coliques , titubation, poils secs, crins s'arrachant avec la plus grande facilité, frisson, irritation, pouls vite, filant, température élevée (41°, 42°), sang noirâtre se coagulant mal, muqueuses violacées. La maladie dure vingt-quatre heures environ.

Telle est la fièvre charbonneuse des animaux domestiques.

Les localisations externes sont tout à fait rares: l'origine est interne (voies digestives).

Au point de vue anatomique : sang noir, poisseux, se coagulant lentement, organes congestionnés, rate énorme, noire, ecchymoses de la muqueuse intestinale, parfois ulcérées (charbons internes), matières sanguinolentes, infiltration gélatineuse du tissu cellulaire (surtout chez le cheval), urines sanglantes, putréfaction rapide.

Un mot sur la distribution géographique du charbon, ce qui nous indiquera les régions dangereuses au point de vue des peaux, des crins, des laines.

Le charbon règne (ou régnait) à l'état enzootique en Beauce, en Brie, en Champagne, en Bourgogne, etc., avec, à certains moments, une extension épizootique. Il sévit dans le sud de l'Allemagene, en Hongrie, mais surtout en Russie (peste de Sibérie). De 1867 à 1870, 50 000 têtes de bétail, et 528 hommes succombèrent au charbon dans

le seul gouvernement de Novgorod. En Asie (Indes, Chine) en Australie, en Amérique, le charbon est très fréquent.

L'origine tellurique du charbon, anciennement défendue, s'explique très bien. Les champs maudits sont ceux où on a enfoui sans précautions des cadavres charbonneux; les vers de terre ramènent les spores (1) à la surface (Pasteur); les animaux qui viennent paître sur ces champs contractent le charbon interne. L'ancienne spontanéité est une véritable inoculation alimentaire par le tube digestif (surtout la bouche et le pharynx) à la faveur des érosions produites par les corps durs mêlés aux fourrages.

En somme, le charbon animal, avant la vaccination, était une affection très meurtrière, très répandue dans certaines régions de la France (la Beauce notamment), tuant jusqu'à 10 p. 100 des troupeaux et occasionnant ainsi chaque année des pertes colossales à l'agriculteur.

Depuis la vaccination (Voy. plus haut), la maladie est devenue excessivement rare dans les pays d'élevage où les pratiques pastoriennes sont en honneur, en France notamment. Cela est important à constater, puisque les peaux des pays où la vaccination est pratiquée donnent rarement le charbon à l'homme. Il en est tout différemment de la Russie, de la Chine, de l'Amérique, qui fournissent des matières premières dangereuses.

Il est difficile de donner des chiffres sur la fréquence du charbon animal. En 1903, on a signalé : en Russie d'Europe, 47300 cas; en Allemagne, 4 626 ; en Italie, 3959 ; en Angleterre, 1 143. En 1904, on a noté en Allemagne : 5959 animaux charbonneux avec 123 cas de transmission à l'homme (vétérinaires, bouchers, équarisseurs, etc.).

En France, en 1863, avant la vaccination, on comptait, dans un seul département (l'Aisne), 1 306 moutons, 107 bovins, 14 chevaux et 58 hommes agriculteurs atteints de charbon. Actuellement la proportion est infime.

IV. LE CHARBON HUMAIN. — La connaissance des portes d'entrée du charbon humain et, conséquemment, des principales formes cliniques, est nécessaire à l'hygiéniste. Esquissons-les rapidement.

L'homme n'est pas très sensible au charbon. En outre, l'inoculation est le plus souvent externe (écorchure, piqûre de mouche) et donne naissance à des accidents externes (pustule maligne). Enfin la guérison est fréquente par excision de la pustule. L'apparition des bacilles dans le sang, ne se manifestant qu'à la dernière période, est d'un pronostic très sombre.

Il faut distinguer trois formes de la maladie :

(1) Voy. plus haut la question des spores dans les cadavres. Il faut de l'oxygène. 11 suffit d'une hémorragie naturelle ou provoquée (saignée), d'un commencement de dépeçage pour que les spores se forment.

1° Charbon externe. — a. Pustule maligne. — C'est le cas le plus fréquent (charbon externe). Une tache maculeuse, rouge comme une piqûre de puce (quelquefois papuleuse), apparaît avec prurit. Une vésicule lui succède. Celle-ci crevée, une petite escarre commence, allant du jaune au jaune brun et enfin au noir (charbon). La base est indurée et entourée d'une zone œdémateuse que surmonte une couronne de vésicules satellites contenant un liquide brunâtre. La douleur est nulle dès la vésiculation. On a même donné cette insensibilité à l'épingle de la simple vésicule comme un signe de diagnostic précoce. La région environnante s'œdématie. Cela dure de un à quatre jours.

Puis la fièvre s'allume (39 à 40°) avec frissons, céphalalgie, phénomènes intestinaux, syncopes; l'œdème augmente; la mort survient vers le neuvième ou dixième jour avec hypothermie.

La guérison peut être spontanée, ou mieux être due à l'excision ou à la cautérisation de la pustule. En somme, la gravité n'est pas extrême : on peut la comparer à celle du charbon inoculé périphériquement aux bovidés. La lésion locale a permis à l'organisme de se défendre. Il y a même des cas de pustules malignes tellement bénignes qu'elles passent inaperçues.

Dans 90 p. 100 des cas, la pustule maligne siège aux régions découvertes (face, cou, main, etc.).

Voici la statistique de Koch, portant sur 923 cas :

Têle et face 447

Cou 45

Membre supérieur 370

— inférieur 26

Tronc 35

Au point de vue pronostique, la gravité dépend beaucoup de la localisation de la pustule. 40 p. 100 des pustules de la paupière sont mortelles; cette proportion tombe à 30 p. 100 pour le cou, 22 p. 100 pour les joues, 14 p. 100 pour le front, 4 p. 100 pour le poignet et Tavant-bras; au total environ un cinquième de mortalité, taux qui diminuerait avec un traitement hâtif.

6. Œdème malin. — Il faut rapprocher de la pustule maligne une autre forme de charbon externe, Y œdème malin, observé surtout sur les paupières, où la pustule n'existe pour ainsi dire pas pour faire place immédiatement à l'œdème. La marche est beaucoup plus rapide et la forme plus grave. La guérison est cependant fréquente. Le Roy des Barres, sur 72 cas de charbon externe, n'avait observé que 5 cas d'œdème malin.

2° Charbon interne. — Dans ce cas, l'inoculation n'est plus périphérique, mais interne, pulmonaire ou digestive. On sait quelle importance prend actuellement en pathologie infectieuse la porte d'entrée intestinale, même pour les affections pulmonaires. Peut-être

CHARBON. -î— 585

V infection est-elle toujours intestinale, quelle que soit la forme clinique du charbon interne.

a. Charbon broncho-pulmonaire. — Le malade a inhalé des poussières chargées de spores charbonneuses. On verra plus loin dans quelles professions. C'est en 1878 qu'on étudia pour la première fois cette forme sur les chiffonniers de Vienne. Ensuite, la maladie fut bien observée chez les trieurs de laine de Bradford.

Début par des symptômes généraux (vertiges, somnolence, nausées) avec douleurs constrictives très vives de la poitrine et dyspnée (impossibilité de faire une longue inspiration ; les malades ne sentent pas leur poitrine) ; signes de congestion et d'œdème pulmonaire (toux sèche, fréquente ; crachats spumeux avec bacilles) ; pleurésie bilatérale ; foyers de bronchopneumonie ; fièvre modérée ou nulle ; cyanose ; mort dans le collapsus et l'hypothermie. Il y a des formes foudroyantes; certains cas durent quatre ou cinq jours quelquefois avec des rémissions. Le diagnostic est fort difficile, si l'attention n'est pas attirée par la profession. Les guérisons sont rares (4 sur 23 chez les trieurs de laine) et à convalescence longue. Les rechutes sont possibles après trois mois. A l'autopsie : épanchement abondant dans les deux plèvres, infiltration gélatiniforme du médiastin et du tissu conjonctif sous-pleural du cou, tuméfaction hémorragique des ganglions bronchiques, extravasations sanguines dans le poumon.

b. Charbon intestinal. — C'est la forme comparable à la fièvre charbonneuse des animaux; l'inoculation se fait par les voies digestives. Début brusque par prostration, courbature, frisson. Puis vomissements, coliques, diarrhée, ballonnement du ventre. Ensuite, gêne respiratoire, petitesse du pouls, cyanose, aspect cholérique, refroidissement. Mort dans le collapsus en deux à cinq jours.

Les lésions gastro-intestinales sont les suivantes : saillies pustuleuses, hémorragiques, à sommet gangreneux, sur la muqueuse de l'estomac et de l'intestin grêle; œdème gélatineux et hémorragique du tissu rétro-péritonéal ; tuméfaction des ganglions mésentériques;. rate molle.

Il est possible que des cas de charbon intestinal aient été suivis de guérison, sans avoir été diagnostiqués. Il est certain qu'un nombre peut-être assez considérable de cas mortels de charbon interne ne sont pas diagnostiqués.

Pour toutes ces formes de charbon interne, seul le diagnostic bactériologique peut donner la certitude (Voy. plus haut).

La conclusion à tirer de cette étude est qu'il n'y a aucune comparaison à établir entre la gravité du charbon externe, qui guérit le plus souvent, et celle du charbon interne, qui est presque fatalement mortel. Les professions favorisant l'inoculation interne seront donc spécialement dangereuses.

Voici quelques chiffres. En Allemagne, de 1894 à 1903, on a noté

901 cas de charbon humain avec 128 décès. Il s'agissait surtout d'agriculteurs ou d'équarrisseurs, bouchers, etc.

V. LE CHARBON PROFESSIONNEL. — Le charbon humain est une maladie exclusivement professionnelle : sauf de rares exceptions, elle n'atteint que les personnes qui, par leur profession, approchent des animaux charbonneux ou manipulent des produits venant d'animaux charbonneux.

1° Charbon des campagnes. — La première catégorie (bergers, agriculteurs, bouchers, vétérinaires) est peu importante en France, la vaccination anticharbonneuse (Voy. plus haut) ayant à peu près fait disparaître le charbon sur le bétail indigène. Çà et là, cependant, on rencontre encore à la campagne des cas de charbon, dans une région où le charbon vient de faire inopinément sa réapparition sur le bétail. Il s'agit alors d'une blessure quelconque, d'une érosion qui se sera infectée au contact des débris ou du sang de l'animal charbonneux au moment où on le saigne, où on l'enfouit, etc., ou d'une piqûre d'insecte (Proust, Heim), inoculant la spore puisée sur le cadavre charbonneux. Cette catégorie est, d'ailleurs, relativement peu dangereuse, se manifestant presque toujours par la pustule maligne, l'accident le plus curable du charbon.

La prophylaxie de ce « charbon des campagnes » est simple : étendre de plus en plus la vaccination animale anticharbonneuse, prescrire la destruction ignée ou l'enfouissement à de très grandes profondeurs avec addition de chaux vive des cadavres charbonneux; recommander dans les régions suspectes le traitement aussi rapide que possible de la moindre éruption rappelant la pustule maligne. Cela est facile à réaliser dans les régions autrefois infestées de charbon, comme la Beauce ; cela est plus difficile dans les régions où le charbon est rare (par exemple dans le sud-est) et où de petites épidémies locales de charbon se manifestent néanmoins çà et là, souvent méconnues ; l'agriculteur de ces régions se laisse difficilement persuader de l'efficacité de la vaccination et de la nécessité de détruire les cadavres charbonneux. L'épidémie disparaît de l'étable pour un temps et reparaît au bout de quelques années.

2° Charbon industriel. — La seconde catégorie comprend le charbon industriel, celui auquel sont exposés les ouvriers qui manipulent des matières provenant d'animaux morts du charbon. Elle est beaucoup plus importante que la précédente, à tous les points de vue. Les cas sont nombreux, disséminés dans un grand nombre de professions souvent difficiles à dépister et très dangereux en raison des localisations gastro-intestinales etbroncho-pulmonaires, difficiles à éviter en raison de la presque impossibilité d'empêcher l'introduction des matières dangereuses d'origine étrangère et de les stériliser sans leur enlevé leur valeur marchande, en raison des précautions minutieuses à prendre pour l'hygiène de ces ateliers, etc. Aussi le

problème de la prophylaxie du charbon industriel est-il des plus intéressants.

Un grand principe qu'il faut poser tout d'abord est que le charbon professionnel est presque toujours causé par des produits bruts de provenance étrangère (Russie, Perse, Amérique du Sud, colonie du Cap). Dans l'Europe occidentale (en France, en Angleterre, en Allemagne, etc.), le charbon animal est assez rare, et les mesures vétérinaires sanitaires sont assez bien prises pour que les produits indigènes ne soient que très rarement dangereux. Il faut bien ajouter que les produits étrangers dominent fatalement dans les usines que ne pourraient alimenter les produits indigènes. Disons de suite aussi qu'il est souvent fort difficile de savoir de quel pays viennent les laines, crins, etc., centralisés qu'ils sont dans les grands ports par des commissionnaires en gros.

Il y a déjà longtemps que le charbon professionnel est connu. Dès 1777, les Mémoires de V Académie de médecine contiennent des remarques sur la pustule maligne des ouvriers en suif et des criniers, surtout lorsque les crins proviennent de Russie : « Ces accidents ne sont pas rares chez les criniers. » En 1860, Vernois (1) consacre un article au charbon des criniers; de môme Tardieu (2). La maladie était donc connue, même au point de vue étiologique, depuis fort longtemps. Les découvertes de Davaine, Pasteur, Koch permiren d'introduire un peu plus de précision dans la recherche e la description des formes internes. De l'époque pastorienne date seulement celle des travaux scientifiques et pratiques sur la question.

Les industries dangereuses sont celles qui utilisent les peaux (tanneurs, mégissiers, etc.), les laines, les crins, les cornes. Nous les étudierons en particulier. Voyons d'abord la fréquence relative du charbon dans chacune d'elles.

Pour se faire une idée de l'importance et de la répartition du charbon professionnel, il suffit de parcourir le remarquable rapport de Legge (3) sur le charbon industriel en Angleterre. Il est impossible d'avoir, chez nous, un travail analogue. Depuis 1901 (article 73 de la loi de 1901, succédant à l'article 29 de la loi de 1895), le médecin anglais est tenu de déclarer les cas de charbon qu'il observe au chef inspecteur des fabriques, de même le patron à l'Inspecteur du district; une enquête suit cette déclaration. On connaît donc assez bien, en Angleterre, l'étendue du charbon professionnel. Tandis qu'en 1896, 1897, 1898, on ne connaissait annuellement que 13, 23,

(1) Vernois, Traité prat. d'hygiène industrielle, 1860.

(2) Tardieu, Dictionnaire d'hygiène, 1860, art. Criniers.

(3) Legge, Industrial Anthrax ( The Lancet), 1905, p. 689 et 765. — Analyse et commentaire d'un rapport précédent par Gallard, dans le Bulletin de l'Inspection du travail, 1904, p. 446.

28 cas; en six ans, de 1899 à 1904 (trois ans seulement de déclaration obligatoire), 261 cas ont été déclarés. En voici le tableau :

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